Réindustrialisation : l'énergie dissuasive

Par Fabrice Gliszczynski  |   |  581  mots
(Crédits : Reuters)
ÉDITO- Bercy travaille sur de nouvelles mesures pour favoriser la réindustrialisation du pays. Mais, entre les menaces de coupures de gaz et d'électricité pour les industriels qui seront les premiers concernés par des mesures de rationnement et une politique d'aide davantage tournée vers les particuliers que vers les entreprises, le contexte actuel est pour le moins dissuasif.

Après quarante ans de désindustrialisation et de délocalisations à marche forcée, tous les gouvernements européens, la France en tête, font de la réindustrialisation leur priorité. Pour Bruno Le Maire, elle est même la mère de toutes les batailles. La France doit impérativement retrouver sa souveraineté industrielle et se libérer de la dépendance massive à l'égard de certains pays comme la Chine ou la Russie mise en lumière par la crise du Covid-19 et les conséquences de la guerre en Ukraine. L'heure est donc à la sécurisation des chaînes d'approvisionnement éclatées aux quatre coins du monde et à leur rapprochement des centres de consommation : le « near shoring » en anglais. Or rien de mieux pour les « dévulnérabiliser » que de produire chez soi ou en Europe. D'autant plus quand les coûts du transport explosent.

De nouvelles mesures pour favoriser la réindustrialisation

Estimant qu'un tel mouvement favorise le pouvoir d'achat des Français (il y a évidemment débat), le locataire de Bercy entend donc donner un coup d'accélérateur à une politique, qui, il faut le reconnaître, a connu un certain succès ces derniers mois puisqu'elle s'est traduite par une forte augmentation des ouvertures de sites industriels dans l'Hexagone. Toute une série de mesures sont dans les cartons pour faciliter l'implantation des usines, à commencer par une nouvelle diminution des impôts de production.

Il ne faudra pas manquer d'imagination. Car si l'ambition est louable, elle semble difficilement compatible avec le contexte énergétique tricolore actuel et la communication du gouvernement qui l'accompagne. Pas sûr en effet que les menaces de coupures de gaz aux industriels cet hiver ou la multiplication des arrêts de production en raison de l'explosion des prix de l'électricité donnent envie aux industriels de revenir en France.

Environnement défavorable

Si la crainte d'un retour des gilets jaunes pousse l'Etat à aider davantage les ménages que les entreprises, le gouvernement français serait bien inspiré néanmoins de regarder de l'autre côté des Pyrénées les mesures de soutien prises par l'Espagne et le Portugal. Madrid par exemple a diminué la TVA sur le gaz et a plafonné le prix de celui-ci pour la génération de l'électricité. Une mesure qui permet de baisser le prix de gros de l'électricité à 200 euros le mégawattheure quand il s'élève à plus de 400 euros en France. L'avantage compétitif est énorme. D'autant plus quand il s'ajoute à un coût du travail plus favorable.

Aussi, à part certains pays qui profitent des rares départs d'entreprise de Chine, comme le Vietnam, la Turquie, l'Espagne, le Portugal, la Pologne et le Mexique, les choses risquent de peu bouger pour la France. Du moins, tant que cette pression énergétique ne sera pas résolue, ce qui peut durer pas mal de temps encore. D'où le coup de pression d'Elisabeth Borne sur EDF pour qu'il remette en service d'ici à la fin de l'année un certain nombre de réacteurs nucléaires aujourd'hui à l'arrêt afin de faire baisser, sur les marchés, cette prime à la rareté qui contribue aujourd'hui à la flambée des prix de l'électricité française.