Et si « le monde d’après » ne venait jamais ?

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Abdelmalek Alaoui, Editorialiste.
Abdelmalek Alaoui, Editorialiste. (Crédits : Guepard/LTA)
Rupture(s). Depuis 400 jours, politiciens, économistes et experts multiplient les analyses et conjectures sur le monde post-pandémie, qu’ils envisagent tous moins fracturé socialement, plus juste sur le plan économique, et plus « vert » au niveau environnemental. Toutefois, la résurgence violente du virus dans certains grands pays, combinée à la probable nécessité de se refaire vacciner dans quelques mois, éloigne de plus en plus cette perspective. De fait, le « monde d’après » sera-t-il plutôt « le monde d’avec » ?

16 avril 2021. Un communiqué laconique d'un géant de la pharma vient confirmer ce que beaucoup craignaient. Selon Albert Bourla, PDG de Pfizer, une troisième dose de son vaccin sera « probablement » nécessaire, d'ici six à douze mois. Enfonçant le clou, l'emblématique patron grec du géant américain, fils de survivants de la Shoah, affirme qu'il faudra vraisemblablement se faire vacciner chaque année. Les mots sont pesés au trébuchet, comme cela est de rigueur pour la communication souvent millimétrée des multinationales du médicament. Mais personne n'est dupe. Derrière les précautions de langage, le message est clair : le vaccin développé contre le coronavirus ne dispense l'immunité que pendant un temps limité, ce qui signifie qu'il faudra à nouveau se faire administrer le sérum de manière périodique pour être protégé.

Dans un contexte où la compétition mondiale pour l'accès au vaccin s'est intensifiée, contribuant à fracturer encore plus la planète entre pays riches et pauvres, cette information est cruciale. Elle signifie que la bataille des vaccins, que beaucoup espéraient conjoncturelle, risque de se transformer en guerre sanitaire mondiale.

Les riches pourront produire des vaccins, les pauvres devront l'acheter

D'un côté, ceux qui disposent du savoir-faire et du capital seront vraisemblablement en capacité de construire des unités industrielles pour fabriquer les vaccins, les réservant en priorité à leurs citoyens. Ainsi, l'Occident ainsi que l'Asie du Sud Est et la Russie devraient être parés dans douze à dix-huit mois. De l'autre côté, l'Afrique, l'Amérique du sud, le Moyen-Orient deviendront dépendant des surplus de vaccins fabriqués par les pays riches. Devant le refus des géants pharmaceutiques de mettre dans le domaine public la composition du vaccin, cette polarisation contribuera vraisemblablement à aggraver les inégalités et les lignes de fracture mondiales. En bref, les riches pourront produire des vaccins, et les pauvres devront l'acheter.

Bien entendu, certains pays émergents ou à revenu intermédiaire développeront des usines de fabrication sous licence, mais ils ne feront certainement que le « bout de chaîne » du vaccin, communément appelé en anglais« fill in bottle ». A l'instar de l'industrie automobile, les pays disposant d'un avantage compétitif en termes de salaires se chargeront des dernières étapes d'assemblage du vaccin, mais resteront dépendants de la matière première stratégique. Ils seront donc loin de l'indépendance et la souveraineté sanitaire que beaucoup jugent pourtant indispensable pour enrayer durablement la pandémie. En effet, il suffira d'une rupture logistique ou économique de l'amont de la chaîne de production pour que les unités situées au sud soient paralysées.

Déplacements et rassemblements durablement contraints ?

Que signifie ce scénario ambivalent pour l'équilibre de l'économie mondiale ? D'abord, les déplacements internationaux seront vraisemblablement contraints par des mesures contraignantes, et pendant longtemps. En effet, les pays ayant achevé ou presque leurs campagnes de vaccination voudront - et c'est naturel - empêcher les ressortissants de pays non immunisés de venir sur leurs territoires, craignant qu'ils n'apportent des variants du virus non couvert par le sérum utilisé. De plus, ces pays empêcheront leurs citoyens de se rendre facilement dans des pays où la pandémie est encore forte. C'est déjà le cas en ce moment en Israël, champion mondial de la vaccination, qui limite fortement les voyages malgré une situation sanitaire favorable. Cela signifie que les échanges internationaux seront durablement impactés, et que des industries cruciales pour les pays en développement, tel le tourisme, connaîtront encore des jours difficiles. En bref, le déséquilibre structurel qui se profile dans la chaîne mondiale des vaccins constituera une double peine pour les pays pauvres et émergents, qui se retrouveront, une fois encore, dépendants des nations développées pour redémarrer leurs économies.

Le spectre du court-termisme

Existe-t-il des alternatives à cette perspective effrayante? Pas vraiment. La plupart des initiatives visant à renforcer la solidarité nord-sud sur le plan vaccinal se sont heurtées à la montée des nationalismes, ces derniers étant exacerbés par la crise économique et le raccourcissement du temps politique. Inédite par son ampleur et ses conséquences, la pandémie est hantée par son inévitable corollaire : le court-termisme.

Pourtant, quelques leaders mondiaux, visionnaires ou en fin de mandat, ont prévenu des conséquences potentiellement catastrophiques de la poursuite de la ligne de conduite actuelle. Ne pas soutenir les pays pauvres et émergents expose en effet le monde à une liste de risques presque aussi longue que les dix plaies d'Égypte. Sur le plan économique, l'assèchement des tissus économiques du sud privera les entreprises du nord de débouchés et aggravera le déclin de leurs économies.  Au niveau social, cela accentuera la pression migratoire et mettra sous pression les grands axes de transit ainsi que les zones de réception des candidats au départ, créant un abcès de fixation en Europe du sud notamment, mais également au sud des États-Unis.

Enfin, sur le plan géopolitique, l'on devrait assister non seulement à une montée des tensions est-ouest, mais également à une intensification de tous les extrémismes issus de poches isolées en situation de crise. En bref, ne pas s'atteler à réduire les inégalités vaccinales constituera le terreau fertile pour une situation globale d'instabilité pouvant conduire vers un monde beaucoup moins stable.

Ne pas "gaspiller une bonne crise"

Winston Churchill conseillait de ne pas « gaspiller une bonne crise ». Jusqu'à présent, il semblerait que nous n'ayons pas tiré les enseignements de la pandémie, alors même que la perspective d'un « monde d'après » s'éloigne chaque jour un peu plus. Serons-nous capable d'un sursaut ?

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Commentaires
a écrit le 05/05/2021 à 17:12 :
Dans un monde où tout le monde vend de l'information, si on veut réussir on doit agir sans rien dire. Plus on parle, plus on éloigne le succès.
a écrit le 27/04/2021 à 12:37 :
Une analyse lucide à laquelle j'apporterai deux amendements.

Dans la géopolitique mondiale, l'Europe n'occupe plus la même place. Le seul vaccin "européen" celui d'AstraZenecca est pour le moment le plus problématique. Sanofi qui a glissé du côté des labos travaillant sous les brevets des autres, poursuit ses délocalisations. Les matières premières des médicaments utilisés en Europe, viennent d'Asie, les masques... Et d'ailleurs l'Europe figure au côté des USA, comme région où le virus a fait le plus de morts comparés au nombre d'habitants. L'avantage relatif de l'Occident n'est plus vraiment évident.

Vous avez raison, il est peu probable que l'organisation du travail à l'échelle mondiale change beaucoup. Mais si les brevets sont américains ou chinois, les usines de fabrication indiennes et les usines d'embouteillage aux Philippines ou en Éthiopie, lorsqu'un problème surgira quelque part sur cette chaîne de fabrication, tout le monde sera impacté et pas seulement l'Afrique.
a écrit le 27/04/2021 à 10:34 :
Tant que vous considérerez la monnaie comme autre chose qu'un simple instrument facilitant les échanges, vous ne verrez pas le monde de demain!
a écrit le 27/04/2021 à 8:10 :
Nous ne devons rien aux pays du Sud. Ils ont leurs intérêts et nous les nôtres. Si leur intérêt est de commercer avec nous, ils le feront. S’ils veulent commercer avec l’Asie, ils le feront. Nous ne leurs devons rien.
Pour ce qui est des vaccins et de l’épidémie en général: cela est avant tout un formidable outil de contrôle de masse. De ce point de vue, grâce à un microbe qui a tué au plus 100000 personnes en France, on a arrêté le tourisme de masse, suspendu 30% des déplacements, développé le télétravail et arrêté les manifs, au prix de 20% du PIB en endettement.
Un troisième vaccin? Ceux sont les perspectives commerciales des entreprises pharmaceutiques qui sont défendues, pas la santé publique.
a écrit le 27/04/2021 à 4:32 :
N'oubliez jamais que ce sont les Chinois qui ont commencé tout cela.
a écrit le 26/04/2021 à 14:07 :
Peut etre qu il faudrait atterrir ?
Le virus ne tue pas grand monde (en france c est 100 000 morts sur une population de 68 millions soit 0.14 %. pour rappel la peste a marseille ne 1720 c etait 50 %). En plus, la moyenne d age des morts c est 81 ans.
C est gentil de vouloir sauver des gens qui ont Alzeheimer mais a un moment il va falloir se poser la question si c est vraiment la priorité. Ca le confinement a explosé l economie, fait que les enfants ne vont plus a l école ...
La grippe espagnole a disparu au bout de 2 ans. Ne devrait on pas faire pareil : les vieux doivent faire attention mais le reste de la population peu vivre normalement et dans 2 ans c est de toute facon terminé
Réponse de le 26/04/2021 à 19:08 :
Si vous attendiez la fin de la foire avant d'apporter des conclusions ?
A moins d'être madame soleil il semble périlleux d'annoncer quoi que ce soit sur un virus qui aura mis à terre toutes les réputations les mieux établies de tout les plus grands sachant, tous "démontés - désossés " les uns après les autres après affirmations bien péremptoire.
Non qu'ils soient nuls mais tout bonnement pris à contre pied d'un " problème " jamais rencontré.
A chaque jour suffit sa peine.
Réponse de le 26/04/2021 à 19:27 :
Vous ne savez pas compter.
On parle de valeurs exponentielles.
Partir de 1 pour arriver à 30.000 vous lancer le dé 24 coups.
Partant de la pour atteindre 100.000 vous avez juste relancé de 5 coups et recommencer d'autant pour parvenir à 2 millions.
Etc..
Pour la France il a fallut 4 mois pour atteindre 30.000 décès en partant de 0... puis il en a fallut autant pour passer de 30.000 à 100.000 soit un "gain " de 70.000.... vous comprenez ?
Au Brésil, Inde etc. On ne trouve plus spécialement des grabataires mais des jeunes de 20 ans.
Nous ne sommes qu'au début de l'histoire.
a écrit le 26/04/2021 à 13:24 :
La sobriété ?
difficile pour les générations en cours et futures avec l’affichage des luxures sur Instagram, la vie extravagante des influenceuses et influenceurs
Réponse de le 26/04/2021 à 13:46 :
Mais ils n'auront pas le choix. Les lois de la physique ne sont pas négociables, même par Trump, donc c'est le mode de vie qui va changer.

En 8 générations on a crée les conditions d'un déréglement climatique qui va rendre inhabitable de façon permanente ou temporaire un bon tiers de la planète avec toutes les conséquences sur les récoltes, les migrations humaines et biologiques, la météorologie etc etc.

Ce qui veut dire que la régression sera encore plus violente que si l'on devait simplement revenir un siècle et demi en arrière, à l'ère pré-industrielle, avant les carburants fossiles.
Réponse de le 26/04/2021 à 14:10 :
le gros des jeunes generation doivent se serrer la ceinture : pas de travail ou alors sous payé et immobilier hors de prix. On devrait commencer la sobriété par les boomers : plus de croisieres, fini les cures et vente de la residence secondaire
a écrit le 26/04/2021 à 13:01 :
Le monde d'après c'est le climat qui devient imprévisible, c'est l'énergie qui devient rare et chère, c'est c'est la décroissance économique , c'est les sociétés fracturées par la pauvreté des uns et l'égoisme des autres, c'est la tentation des extrèmes, ce sont els déplacements de population sur la planète, bref c'est maintenant et c'est parti pour durer.

Lemaire qui prétend que la reprise économique paiera les dettes ment. l'Europe n'a plus produit de croissance depuis les années 80. La chine a divisé la sienne par 3 et les USA ont acheté une croissance fictive par la dette.

Il est temps de s'adapter à la sobriété si l'on veut que nos enfants survivent sans vivre l'enfer.
a écrit le 26/04/2021 à 12:47 :
L’unique sursaut :
Ère technologique et scientifique , statistiques ( données data science sur toutes les dimensions autour de l’homme ) = la vie humaine passée sous microscope même je dirais «  sous la quantique « 

Le reste des paramètres ( les humains sur terre et la gestion de ces humains )

du surplace ( pas d’évolution)
j’espère pas un recul en arrière d’un grade au- dessous
ce qui provoquera des violences inédites, sur terre , intolérables, insupportables, des injustices énormes , des déstabilisions comme le monde n’a pas connu depuis 1936.

A cause du sursaut voulu au- dessus , les humains sur terre ne pourront plus évoluer , se hisser au dessus , passer le cap au - dessus.
Le monde entier est en régression pour permettre ce sursaut , le prix à payer pour les populations.
a écrit le 26/04/2021 à 12:33 :
Un sursaut en France ? Ca m'etonnerait, micron va vous emmener au fond du fond.
a écrit le 26/04/2021 à 9:59 :
Certains vaccins classiques sont à redynamiser(rappel) au bout de 10 ans ou 20, tous les ans ça fait beaucoup (les vaccindromes ouverts pendant des mois chaque année vu l'étendue du problème ? Plusieurs milliards de personnes). Vivement que les recherches sur la famille coronavirus aboutissent, là, ça concerne toutes les variantes, celles connues peu nuisibles et covid aussi (+ les futures déclinaisons).
AstraZ, Moderna, J&J, Spoutnik V pareil ? Avec le recul on saura lesquels protègent le plus longtemps (la protection suite à la maladie serait moindre que par vaccin, mais ça reste à confirmer de façon stricte), le vaccin chinois (Sinovac de Sinopharm ?) à 50,4%, il faut voir, peut-être que c'est 49% au bout de 10 ans ? Qui sait ?
Le "passeport santé" Israëlien, il part sur 6 mois, ne sachant si le vaccin protège plus que 6 mois, à réajuster ensuite, au fil des données scientifiques. Celui de l'UE sais pas si ça sera à durée estimée ou illimité, par défaut ?
a écrit le 26/04/2021 à 9:29 :
Ils sont bien les seuls a avoir de l'optimisme !! la facilitation potentiellle par la directive européenne des cessations d'entreprises, a mon avis va donner pleine mesure du réel.

Car au vue de la situatoin, ce sont les petites structures ou celle par l'emplacement qui vont mourir, du fait même que la culture éco n'est entre les mains de ceux qui déciderons ou non de financer la période.

Je ne crois pas un seul instant a la philanthropie des banques et autres organismes financiers, ni celle de l'état dans des choix qui n'aurons aucune forme de rationalité en mode gestion d'entreprise.

Si nous sommes loin pour les techno, savoirs faires et autres aujourd'hui, cela montre simplement qu'y compris devant soi, il est difficile de voir les choses.

Je ne pense pas non plus qu'en mettant des cabinets de consulting a la place des ministères apportera un enrichissement commun mais individuel.

Et lors que l'on connait bien toutes ces questions, nous constaterons donc ....
a écrit le 26/04/2021 à 9:09 :
Les théories du complot en ce qui concerne les vaccins et les labos n'en sont qu'à leur début. Cependant, il est toujours d'actualité de se méfier du Complexe Militaro Industriel et celui de la Chine est particulièrement dangereux, aux mains de personnages dans scrupules.
Le Monde d'après devrait se faire en nous eloignants de la Chine, qui, si elle a intentionnellement (ou pas) laissé le Covid s'échapper, est à l'origine de sa création, entrave et fait de la rétention d'information sur le sujet, profite de sa position de force, nargue le Monde avec une situation sanitaire favorable qui pose question sur cette "enclave" d'1 milliard et demi d'habitants, quasiment pas vaccinés, qui vivent normalement, alors que le reste du Monde, dont la partie la plus évoluée se débat dans des problématiques insolubles. Aucune explication actuellement n'est satisfaisante.
Ce n'est d'ailleurs pas étonnant de la part d'un régime Staliniste.
Réponse de le 26/04/2021 à 13:06 :
C'est pas en Chine qu'on a vu les gens se foutrent éperdument de cette pandémie.
Aujourd'hui ici chez nous, la moitié des gens ne portent pas/plus le masque ( et ne le porte plus en Israel puisque l'article parle de ce pays, ni aux usa, ni en Angleterre etc.. ) et font la fête qui dans un commissariat, qui dans un hôpital, qui dans les parcs & jardins, qui etc... n' en jeter plus la cour est pleine... sur que c' est pas en Chine qu'on aurait osé le 1/4 du dixième.. faut arréter de pleurer et de geindre, on a et aura que ce que l'on mérite, si les occidentaux sont des bourricaux alors qu'ils ne se plaignent pas du traitement réservé aux bourricaux.
a écrit le 26/04/2021 à 8:55 :
Oui, bien sûr, le monde d'avec la bêtise humaine, qui a mise en place toutes ces mesures soi disant-sanitaires, qui ne servent à rien
a écrit le 26/04/2021 à 8:37 :
Vu la pathologique bêtise de notre classe dirigeante, je pense entre nombreux autres au great reset particulièrement caractéristique de leur manque total de vision, pour ma part je préfèrerais que le monde d'après n'arrive pas parce qu'il sera forcément pire, notre oligarchie étant prisonnière du mécanisme du déclin.

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