Beaucoup d'idées pour le long terme... mais peu pour éviter la récession

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Copyright Reuters (Crédits : éditions Jean Michel Doumic)
Par Ivan Best, éditorialiste à La Tribune.

Le ministère de l'Economie contribuant à l'organisation des Jéco, François Baroin s'était invité à la session de clôture de ces rencontres, pour évoquer la politique industrielle. Las... il a, in fine, jugé le sujet trop éloigné de l'actualité, tant les pays de la zone euro, aujourd'hui l'Italie, mais aussi la France, sont confrontés aux attaques quotidiennes des marchés. Du coup, il a préféré se livrer à une défense et illustration de l'accord européen du 26 octobre.

Cette anecdote reflète les débats actuels entre économistes et, au-delà, le désarroi de plusieurs gouvernements de la zone euro. L'actualité économique est quasiment dictée par les marchés financiers, qui n'offrent aucun répit. Pour un ministre de l'Economie, évoquer les réformes à long terme paraît hors de propos, et ce, pas seulement parce que se profile une élection présidentielle : il aurait l'impression de faillir à sa tâche, en voulant échappant à l'urgence.

Les économistes qui intervenaient aux Jéco se sont affranchis de cette contrainte. S'agissant des réformes structurelles, dont les effets se feraient sentir à long terme, ils ont fait assaut de suggestions, pour renforcer la compétitivité, via l'éducation, la recherche... Les experts proches de François Hollande, tel Philippe Aghion, réfléchissent aussi aux moyens de booster la croissance, à moyen terme (lire ci contre). Mais comment éviter, aujourd'hui, l'entrée de l'Europe en récession ? Celle-ci s'annonce de plus en plus probable, et cette probabilité est renforcée par la concomitance des plans de rigueur mis en oeuvre. Selon Jacques Attali (La Tribune du 10 novembre), libérer les forces de la croissance "passe bien sûr par une réduction massive et rapide de la dette, car toutes les études économiques montrent qu'au-delà de 80% du PIB, la dette devient un frein à la croissance". Le hic, c'est que ces études n'existent pas. L'idée qu'un déficit public, une dette trop importants inquiètent les agents économiques, qui, anticipant des hausses d'impôts, augmentent leur épargne, figurait chez l'économiste classique Ricardo, et a été remise au goût du jour au début des années 1970 par l'économiste américain Robert J. Barro. Mais la démonstration de ce dernier repose sur des hypothèses extrêmes, qui, admettent les libéraux, la rendent plutôt fragile. Pour autant, nul n'ose préconiser aujourd'hui une politique de relance, qui provoquerait une flambée des taux d'intérêt à long terme pour le pays qui la proposerait.

"Il est incontestable que la concomitance des plans de rigueur est dangereuse", admet un expert de Bercy. "Il faut que des pays qui ont des marges de manoeuvre, comme l'Allemagne, acceptent de soutenir leur économie." La relance allemande, telle serait la solution... tellement improbable que nul n'ose la citer...

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