Une zone euro "plus"

Par Marc Fiorentino, de Monfinancier.com.
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J'avoue que j'ai eu du mal à comprendre l'entêtement de l'Allemagne. "Mais qu'est-ce qu'ils veulent de plus ?" Je me suis posé la même question que beaucoup d'investisseurs démoralisés et proches de la capitulation. L'Allemagne avait obtenu la décote sur la dette grecque, un gouvernement d'union nationale à Athènes, un gouvernement technique à Rome, un gouvernement proaustérité et proeuropéen à Madrid et un gouvernement docile à Paris. Une renégociation des traités ? Il aurait fallu des années avec les risques de voir des pays comme la Slovaquie bloquer le processus. L'Europe n'avait pas le temps d'attendre et l'Allemagne le sait bien. Alors quoi d'autre ?

Il a fallu attendre cette semaine pour comprendre l'idée que les Allemands avaient derrière la tête : une zone euro "plus ", composée des derniers rescapés du triple A et de l'Italie (pour que cette nouvelle zone euro ne ressemble pas à une Europe pangermanique) qui jureront dans toutes les langues et surtout en allemand qu'ils s'engagent "à la vie à la mort " sur une rigueur et une fiscalité germanique. Et pour contourner l'obstacle de la révision des traités, on a ressorti la ficelle de Schengen qui repose sur un ensemble d'accords bilatéraux. Avec une belle transitivité sur le mode : "l'ami de mon ami est mon ami "...

Le marché a rugi. En une semaine, l'indice parisien a bondi de plus de 12 %. Ce n'est pas tant, contrairement aux commentaires, l'intervention des banques centrales qui a libéré les investisseurs, mais le fait de savoir ce que l'Allemagne voulait vraiment. On sait aujourd'hui ce que l'Allemagne veut. On sait qu'elle parviendra à l'imposer.

On va donc avoir une Europe à trois vitesses. Un noyau dur avec la zone euro plus. Les pays de l'Union européenne qui ne sont pas dans la zone euro. Et une zone tampon entre les deux. Une zone euro de "transition ". Une Europe de pays qui sont dans la zone euro mais pas dans le noyau dur. Et pour ces pays le message de l'Allemagne est clair : faites votre choix. Soit vous nous rejoignez dans la zone euro plus avec toutes les contraintes qui seront imposées. Soit vous sortez de la zone euro et vous allez faire un tour du côté de l'Union européenne.

Ce qui se passe est fondamental. La construction européenne s'est emballée. Trop de pays dans la zone euro, trop de pays dans l'Union européenne. Il faut donc revenir en arrière.

Et le gouvernement allemand travaille déjà au moyen d'expulser de la zone euro les pays qui, à ses yeux, n'ont rien à y faire, la Grèce en tête.

Nous aurons donc une Europe à trois vitesses pendant deux à trois ans, puis à nouveau une Europe à deux vitesses : une zone euro resserrée avec une douzaine de pays, pas plus. Et mon intuition est que cette zone sera très nordique et très "Europe de l'Est ". Et une Union européenne, hors zone euro, qui ne voudra plus dire grand-chose. Le projet a le mérite d'être clair. La zone euro, on l'aime à l'allemande ou on la quitte. Et les marchés applaudissent. La Grèce peut commencer à réimprimer des drachmes. Et les Cassandre de l'euro rejoindre Paco Rabanne : l'euro passera Noël et il deviendra le nouveau deutsche mark.

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Commentaire 1
à écrit le 05/12/2011 à 10:51
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" L'Euro passera Noel et deviendra le nouveau Deutche Mark." Les Cassandre de l'Euro avaient doc bien raison. L'Euro meurt de sa belle mort et une nouvelle money nait, le nouveau Mark.L' Union Europeenne meurt au profit d'une nouvelle Union avec pour...

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