Londres à l'heure des choix

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La crainte britannique est claire : que l'Eurozone décide de renforcer les mécanismes de régulation financière et crée une taxe sur les transactions financières. Est-ce la fin de l'Union européenne à vingt-sept ? Non ! L'Europe et le Royaume-Uni ont besoin l'un de l'autre. Mais il est temps de poser la question au peuple britannique lui même.

Face à l'aggravation de la crise, le gouvernement britannique n'a eu cesse d'appeler à une plus grande intégration politique et économique de la zone euro, condition pour que l'économie britannique reprenne la voie d'une croissance durable. La croissance britannique et la puissance de la City dépendent essentiellement de la vitalité de l'eurozone. Mais cet appel a ses limites : le Royaume-Uni s'inquiète des effets possibles d'un nouveau traité préfigurant une fédéralisation de la zone euro. Avec une conséquence prévisible : affaiblir la City, voire faire de Francfort la première place financière d'Europe. On pouvait dès lors anticiper la position britannique lors du dernier Conseil européen de ne pas s'associer au projet du nouveau traité européen annoncé ce vendredi et qui fait craindre la fin de l'Europe à vingt-sept.

Le Royaume-Uni soupçonne que l'Eurozone décide de renforcer les mécanismes de régulation financière et crée une taxe sur les transactions financières que les États non membres de l'eurozone auront la quasi-obligation de suivre, annonçant la fin de l'hégémonie financière de Londres. Or, l'économie britannique est fortement dépendante de ce secteur.

Trente huit ans après avoir rejoint l'Union, le Royaume-Uni a toujours du mal à se sentir pleinement européen. Pourtant, il a besoin de l'Europe autant que l'Europe a besoin de lui, notamment pour son rayonnement international et sa capacité stratégique. Même si les Britanniques refusent de voir les choses en face, les valeurs fondamentales et l'attachement à la protection sociale et aux services publics sont contre toute attente très similaires des deux côtés de la Manche. Le renforcement du marché intérieur est par ailleurs indispensable pour garantir la prospérité britannique. Et Londres a bien conscience que sa participation à la construction du noyau dur fédéral qui se dessine lui permettrait de l'influencer. Enfin, la présence du Royaume-Uni dans l'Union rassure certains États membres, qui craignent une hégémonie franco-allemande. Dans un tel contexte, David Cameron est placé devant des choix capitaux pour lesquels il n'a pas reçu de mandat : reprendre la voie de l'intégration pour rester au coeur du jeu, ce qui pourrait à terme signifier l'adoption de l'euro, ou rester en dehors et perdre les bénéfices de l'intégration européenne dont Londres avait jusqu'à présent su tirer parti sans pour autant souscrire à l'ensemble des engagements européens.

On comprend également mieux la position du premier ministre britannique au dernier Conseil européen quand on sait que David Cameron n'a pas les mains libres. En novembre, il a dû faire face à une importante mutinerie semblable à celle qui fit presque démissionner John Major en 1997. Environ la moitié des députés conservateurs se sont soulevés, défiant l'autorité du Premier ministre. Sa marge de manoeuvre est d'autant plus réduite qu'il doit composer avec le « European Union Act » de 2011, qui prévoit l'organisation d'un référendum pour tout transfert de pouvoir de Londres à Bruxelles. Et l'hostilité européenne de l'opinion britannique n'a fait que croître avec la crise.

Le choix de Cameron de bloquer les négociations du Sommet européen des 8 et 9 décembre est donc de facto un rejet de l'intégration et du supranationalisme, comme l'avait fait Thatcher dans son célèbre discours de Bruges. Est-ce la fin de la Grande- Bretagne en Europe ? Non. Si Londres a compris qu'un fédéralisme économique, quel que soit la définition que l'on lui donne, est nécessaire dans l'intérêt des « continentaux », elle n'en a encore véritablement saisi l'importance pour ses sujets insulaires. L'implosion de l'eurozone marginaliserait les Européens dans le monde et ferait fuir les capitaux du vieux continent, ce que Londres ne veut à aucun prix. La Grande Bretagne ne pourra donc pas rester passive face à cette réforme, si elle ne veut justement pas être laissée de côté ou porter la responsabilité d'une sortie de l'histoire des Européens.

L'heure est grave. Nous devons éviter un schisme européen annonçant une nouvelle division de l'Europe. Faut-il appeler le peuple britannique aux urnes et risquer une sortie de l'UE ? Quitter l'Europe serait un suicide, et c'est probablement cette crainte qui a poussé Cameron vers une position si radicale. Le Royaume-Uni doit soutenir les propositions franco-allemandes de fédération économique, et doit participer à sa construction pour garantir son influence. Il est temps de poser la question décisive au peuple britannique: souhaitez-vous permettre aux générations futurs d'européens de rester dans l'Histoire ou souhaitez-vous rester figés dans une époque certes glorieuse, mais qui n'est plus ?

Guillaume Klossa est l'auteur d'"Europe, la dernière chance ?" (avec Jean-François Jamet, Armand Colin éditeur).

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Commentaires
a écrit le 12/12/2011 à 15:34 :
Pour intéressant que soit votre article , je ne vois pas ce que la Grande Bretagne apporte d'indispensable à l' Europe .
Par contre sa mise de coté présente au moins l' avantage de faciliter les échanges , les négociations entre partenaires continentaux .
Sans faire d' anglophobie , force est de constater que le Royaume-Uni n' a jamais voulu s'intégrer complètement dans l' union .
Un pied dedans , un pied dehors !
Pour ma part je crois que ce n'est pas une perte !


a écrit le 12/12/2011 à 12:49 :
"porter la responsabilité d'une sortie de l'histoire des Européens"

Alors comme ça il faut que la GB porte la responsabilité des conneries des continentaux? elle est bien bonne celle-la! L'UE est déjà en train de se cherche des excuses pour son effondrement?

Faire de David Cameron un bouc-émissaire serait particulièrement honteux.
a écrit le 12/12/2011 à 11:44 :
Les britanniques ne sont pas prêts à perdre leur indépendance sur le plan des affaires. Pour l'instant, la visibilité est mauvaise et n'incite guère au rapprochement avec l'Europe. Les pays émergents sont plus intéressants sur le plan des affaires financières que l'Europe dans un futur proche. Ce qui fait que l'UK a choisi de s'éloigner de l'Europe, sans parler de l'hostilité des britanniques pour l'Europe politique et de l'aversion des dirigeants de la City pour toute régulation de leurs affaires. Vouloir être européen tout en étant en dehors des affaires politiques de l'Europe est ce que j'appellerais de l'humour somme toute British... Wait and see...

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