"Les universités françaises ne veulent pas cautionner les diminutions de budget"

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Le président de la conférence des présidents d'universités dresse un bilan mitigé de l'autonomie des universités. Soumises à des charges supplémentaires, elles pourraient voir stagner en 2012 leurs budgets.

Ce 1er janvier 2012, en vertu de la loi LRU (liberté et responsabilité des universités) d'août 2007, les 8 dernières universités ont basculé dans l'autonomie. A ce jour, 80 universités sur 83 sont donc autonomes, Antilles-Guyane, la Polynésie et la Réunion devant sauter le pas d'ici à fin 2012. Grande réforme du quinquennat de Nicolas Sarkozy, l'autonomie induit des transferts de charges qui ne sont pas sans lourdes conséquences financières pour les universités (La Tribune du 20 décembre 2011). Une situation d'autant plus délicate que, face à la crise, le gouvernement, qui s'apprête à attribuer aux universités leurs dotations respectives pour 2012, pourrait leur demander de mettre en réserve deux fois plus de crédits de fonctionnement qu'en 2011. Leurs budgets stagneraient ainsi pour la première fois depuis l'adoption de la LRU. Une éventualité à laquelle réagit vivement Louis Vogel, le président de la conférence des présidents d'université (également président de l'université Paris 2- Panthéon-Assas.

Plusieurs universités ont été mises sous tutelle rectorale pour avoir affiché deux budgets déficitaires consécutifs en 2010 et 2011. Ces problèmes de gestion sont-ils liés à l'autonomie ?

Je m'inscris complètement en faux contre d'éventuels "problèmes de gestion" : les universités ne sont pas mal gérées. A cet égard, la procédure de mise sous tutelle est décalée puisqu'il s'agit d'une solution administrative et non d'un véritable accompagnement. Les déficits sont dus soit à des raisons purement comptables (l'année universitaire et la répartition des droits d'inscription étant en décalage avec l'année civile), soit à des coûts latents, qui apparaissent avec la mise en ?uvre de l'autonomie en matière de ressources humaines, de contrôle de gestion, de comptabilité analytique ou encore d'équipements informatiques. Le meilleur exemple est celui du glissement vieillesse technicité (GVT) qui correspond à l'évolution de la masse salariale en fonction de la pyramide des âges des universités. Auparavant, il était centralisé donc s'équilibrait. L'autonomie a fait apparaître des inégalités entre établissements, certains ayant un GVT coûteux du fait du vieillissement et des avancements de carrière de leurs personnels. Ces coûts n'ont pas été prévus et les universités n'y sont pour rien. Il a fallu l'accompagnement de l'Etat, qui a débloqué 14,5 millions d'euros fin octobre à notre demande. Autre exemple, l'Etat reclasse les maîtres de conférences, ce qui est une bonne chose, mais il faut prévoir les ressources correspondantes ! L'autonomie pousse à une meilleure qualité de gestion mais, à l'instar des collectivités locales, elle implique des transferts de charges très importants qu'il faut assumer et financer.

Pourtant, le gouvernement met en avant le régime de faveur dont bénéficie l'enseignement supérieur malgré la crise : 9 milliards d'euros supplémentaires depuis 2007, aucune suppression de postes depuis 2010, opération campus, grand emprunt...

L'Etat verse il est vrai plus d'argent notamment avec les crédits extrabudgétaires des investissements d'avenir. Nous n'y sommes bien sûr pas opposés mais il conviendra de vérifier à la sortie si les équilibres budgétaires ne sont pas remis en cause et si les budgets de base n'ont pas été rognés. Je rappelle qu'en 2011, les crédits de fonctionnement des universités n'on progressé que de 1,5% ou de 3%. Comparé aux Etats-Unis par exemple, notre système français universitaire reste pour l'heure à peu près équilibré mais sa situation budgétaire est très fragile.

Que préconisez-vous ?

Tout d'abord, seule la mutualisation, via l'agence de mutualisation des universités et établissements (Amue) pourra permettre de faire face aux coûts induits supplémentaires sur le long terme. Ensuite, il faut agir sur deux terrains. D'une part, il faut mettre au point des principes d'actualisation de la masse salariale, qui pèse 80% de nos dépenses, afin de mieux programmer son évolution. D'autre part, il faut revoir le système de financement à la performance (appelé Sympa), qui ne fonctionne pas. Comme toutes les universités sont sous dotées et que les budgets sont contraints, il paraît difficile de prendre aux pauvres pour donner aux plus pauvres ! Les universités veulent bien discuter des critères de ce système mais non cautionner les diminutions de budgets. La CPU vient d'ailleurs d'adopter une résolution en ce sens et a écrit au directeur général de l'Enseignement supérieur, Patrick Hetzel. Enfin, nous avons lancé avec le ministère un "comité des pairs" chargé d'aider les universités en matière de gestion budgétaire. Plus globalement la question est de savoir si la France souhaite continuer d'investir à long terme dans l'enseignement supérieur alors qu'elle est mal placée par rapport aux autres pays de l'OCDE. Pourtant, c'est le seul moyen de sortir de la crise.

Outre l'élection présidentielle, 2012 est aussi une grande année d'élection de présidents d'universités. Ces renouvellements ne risquent-ils pas de fragiliser encore la mise en ?uvre de l'autonomie ?

Quoiqu'il arrive dans chaque université, nous allons associer les présidents sortants afin qu'ils accompagnent les nouveaux et assurent la continuité. Quant à la présidentielle, qu'il y ait alternance ou pas, il faut continuer: nous ne sommes qu'au milieu du gué et il en va de l'avenir de notre pays.

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a écrit le 02/01/2012 à 12:01 :
Les universités, comme certaines "grandes" écoles, resteront mal gérées tant qu'elles auront besoin du moindre centime de subvention publique. L'autonomie est une illusion visant à pérenniser le système collectiviste qui étouffe l'enseignement supérieur. Seule la privatisation complète des universités permettra de leur donner le niveau nécessaire au développement économique de la France.
Réponse de le 02/01/2012 à 12:44 :
Quelle belle analyse : tout le monde sait bien que les systèmes d'éducation privés sont les plus performants et les plus équitables !!!!!!
Système collectiviste : il faudrait préciser car il semblerait que seul un ultra libéral aveuglé et écervelé pourrait ainsi caractériser ainsi notre système d'enseignement supérieur.

Pauvre France avec des commentaires aussi vides de sens, qu'inutiles

Signé : pas assez taxé
Réponse de le 02/01/2012 à 14:28 :
Visiblement, l'université française (que le monde entier nous envie, n'est-ce pas) continue de produire des étatistes à foison. Les tenants de la religion de l'Etat, aveuglés par leurs dogmes, croient avoir encore quelques beaux jours devant eux, mais la faillite les guette inexorablement, comme pour n'importe quel système collectiviste qui détruit toujours plus de richesses qu'il n'est capable d'en produire.
Réponse de le 02/01/2012 à 18:40 :
Fuyez : en 2012 la collectivisation des moyens de production fera son grand retour ........
Vous êtes l'archétype des individus "aveuglés par leurs dogmes" que vous dénoncez !

PS : les impôts sont indispensables.
Réponse de le 02/01/2012 à 19:49 :
"Comme toutes les universités sont sous dotées et que les budgets sont contraints, il paraît difficile de prendre aux pauvres pour donner aux plus pauvres !"

C'est pourtant ce que fait l?État français depuis 30 ans ! Créer des pauvres. Mais au moins on leméchantlibéralisme ne nous mangera pas !

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