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Les cent premiers jours de gouvernement

Pierre Yves Cossé*

Publié le 08 mars 2012 à 10:16 - Mis à jour le 08 mars 2012 à 10:24

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Au moins à gauche, le mythe des cent premiers jours est présent dans toutes les mémoires. Aujourd'hui, face à des politiques complexes à mettre en oeuvre, il ne correspond guère plus à la réalité. Mais si le nouveau président ne pourra réussir son mandat en cent jours, il pourra gravement le compromettre

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Personnellement, en 1977, travaillant aux côtés de Michel Rocard, comme délégué au secteur public, j'avais commencé à travailler sur « les mesures immédiates » en cas de succès aux élections législatives de 1978. Lorsque François Mitterrand fut informé de l'existence de ces travaux, il interdit qu'ils soient poursuivis. L'argument avancé était le risque (réel) de fuites qui aurait pollué la campagne mais à cela s'ajoutait la volonté de limiter le rôle de Michel Rocard et son faible intérêt pour les programmes opérationnels, ce dont se lamentait Pierre Mendès- France.

Pas de réflexion sur les cent jours en 1981

En 1981, à ma connaissance, il n'y eut pas de réflexion systématique sur les « cent jours » Les programmes étaient conçus pour gagner l'élection plus que pour gouverner, même si certains ministres, comme Gaston Defferre avec la décentralisation, s'étaient préparés pour agir vite. L'éloignement des socialistes du pouvoir et l'alliance avec le parti communiste conduisaient à ignorer les contraintes du réel et à se gargariser de formules comme le passage de l'ombre à la lumière. Grâce aux institutions de la cinquième république et à la protection qu'elle offre à son président, le temps n'était plus compté à la gauche comme dans les républiques précédentes. Elle disposait de cinq ans, le temps de la législature. Le président de la République put changer de politique économique en 1983, rester en place et même se faire réélire.

En 2012, la réflexion sur « l'après » semble avoir pris de l'importance, comblant en partie le fossé traditionnel entre  préparation de l'élection et exercice du pouvoir. Laurent Fabius a la charge de préparer non les «  cent jours » mais la « première année » Il faudrait comparer sa mission à celle confiée par Léon Blum à Jules Moch. Quant au président- candidat, il peut se considérer comme prêt à gouverner et cent jours sur dix ans, c'est peu. En 2012, le mythe des cent jours a certes perdu de sa valeur. Pour qu'il fonctionne, il faut pouvoir distribuer. Or comment le faire les poches vides ? La France lourdement endettée est sous le contrôle des marchés, de l'Europe et du FMI. En cas de dépenses supplémentaires non financées, la sanction ne tarderait pas. Le FMI serait à Paris au bout de quelques semaines. Durant l'été 2012,Il n'y aura pas place pour l'illusion lyrique.

Des thérapies plus longues et diversifiées

De plus, dans le contexte de la mondialisation, de l'Union Européenne et des interdépendances proliférantes entre le politique, l'économique, le financier et le social, gouverner est devenu plus complexe et des mesures immédiates n'assurent pas la guérison du  malade. La nature du traitement a changé. Il ne s'agit pas seulement de faire adopter des lois, mettant fin comme en 1936 à un retard de la législation sociale. Les thérapies sont plus longues et diversifiées, combinant mesures à court terme et mesures structurelles, négociation et règlementation, initiatives nationales et européennes. Les règles du jeu se sont également complexifiées. Le Conseil Constitutionnel examine et peut annuler. Les acteurs sociaux exigent au minimum d'être consultés. Les procédures sont plus contraignantes et prennent plus de temps.

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En 2012, ce n'est pas en cent jours que la France sera remise sur pieds. Comme l'écrit Michel Rocard « le prochain quinquennat sera régi par l'exigence de mettre le temps de son côté quoiqu'il arrive. Le prochain président aura le devoir de s'occuper des réformes longues...  Cela dit, en cent jours, le quinquennat peut être durablement compromis. Le précédent Sarkozy est édifiant. En ne donnant pas la priorité à une reconstitution des marges de man?uvre mais à la baisse d'impôts dès le mois de juillet 2007 (loi TEPFA), il a donné une orientation pernicieuse à la politique économique qui n'a jamais été corrigée. En refusant dès le début de se positionner comme le Président respectueux de sa fonction ,séparant vie privée et vie publique, et mettant de côté ses préférences sociales, il a désorienté et perdu l'estime d'une partie de ses électeurs. Bref durant l'été 2012, le nouveau président ne peut réussir son mandat mais il peut gravement le compromettre, d'autant qu'il ne dispose plus de la durée d'un septennat pour se rétablir.

*ancien commissaire au Plan

Pierre Yves Cossé*

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