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Les tour-opérateurs n'en finissent plus de payer la note du Printemps arabe

Laurent Guéna, journaliste au Quotidien du Tourisme

Publié le 25 mars 2013 à 17:38

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Deux ans après les révolutions du Printemps arabe, les destinations de confession musulmane sont toujours boudées par les voyageurs. Contrairement à des crises précédentes où la fréquentation touristique reprenait rapidement, l'activité est toujours au plus bas. Une nouvelle donne pour les professionnels du tourisme qui fait de sérieux dégâts chez les tour-opérateurs français.

Depuis les attentats du 11 Septembre, les agences de voyages et tour-opérateurs ont l'habitude de gérer des crises. Pêle-mêle, citons le tsunami qui a ravagé les côtes de l'Asie du sud-est, le chikungunya à La Réunion, la grippe porcine et aviaire, les cendres du volcan islandais qui ont interrompu le trafic aérien ou encore les bombes à Marrakech, Bali ou Madrid. A l'exception de quelques entreprises usées, agences et tour-opérateurs ont réussi à franchir tous ces obstacles. Comme le disait au début des années 2000 Georges Colson, alors patron de Fram, "les touristes sont comme les moineaux, quand ils entendent un coup de fusil, ils s'envolent de leur branche puis viennent s'y reposer quelques secondes plus tard". En effet, la dizaine d'attentats qui ont eu lieu en Egypte entre 1992 et 1997 - 62 touristes tués le 17 novembre 1997 lors d'une visite du temple d'Hatchepsout à Louxor, n'a pas affaibli durablement la destination. Mêmes attaqués par la concurrence de distributeurs en ligne ou par les compagnies aériennes qui ont supprimé les commissions sur les billets d'avion, bon an, mal an, le bilan des agences restait satisfaisant.

Une nouvelle donne

C'était avant la chute de Ben Ali en Tunisie et celle de Moubarak en Egypte. Ce vent de démocratie, qui a profité aux Islamistes, s'est révélé bien plus dramatique pour la trésorerie des agences que n'importe quel attentat ou crise sanitaire. L'intervention au Mali et l'enlèvement d'une famille française au Cameroun, à la frontière du Nigéria, probablement détenue par le groupe islamiste Boko Haram, plomberont sans doute encore un peu plus les envies de voyages des Français vers des destinations musulmanes. A Zanzibar, une destination que l'on pensait épargnée par les extrémistes, un prêtre a été tué et un temple protestant brûlé il y a un peu plus d'un mois. Jean-Pierre Nadir, président d'Easyvoyages, portail qui compare les offres des tour-opérateurs, explique : "les soubresauts du printemps arabe n'en finissent pas de décourager des candidats au voyage dans des pays de confession musulmane. Après la Tunisie et l'Égypte, les Français boudent désormais le Maroc, la Turquie et même les Maldives. De conjoncturelle cette situation s'installe de plus en plus comme une nouvelle donne à intégrer, voire à digérer, pour l'ensemble des grands acteurs du tourisme européen." Selon un sondage réalisé par le portail, 51% des Français boycottent le Maroc, la Tunisie, l'Egypte, Israël, les Maldives, les Emirats Arabes Unis, Oman et la Jordanie à la suite du contexte politique post "Printemps arabe".

Les Français réticents

Et ça fait du dégât. Les actionnaires qui étaient aux commandes de Fram, Georges Colson et Marie Christine Chaubet, ont été remplacés par des financiers sous la pression des banques. Comme de nombreux tour-opérateurs industriels, l'entreprise toulousaine a très bien gagné sa vie en Tunisie, une destination aujourd'hui boudée par les Français, inquiets par la montée de l'extrémisme. Le tour-opérateur est aujourd'hui en grande difficulté tant cette destination n'a pas d'équivalent si l'on prend comme critère le rapport qualité / prix. Les tour-opérateurs spécialistes de l'Egypte - citons STI - sont tombés les uns après les autres dans la mesure où cette destination ne peut pas se substituer pas à une autre : les pyramides du Caire et les temples qui bordent le Nil n'ont en effet pas de remplaçants. Même motif, même punition, pour les géants Thomas Cook et TUI (Marmara / Nouvelles Frontières) ou encore Kuoni, qui vient de revendre sa filiale française au management. Les derniers chiffres du Cercle d'étude des tour-opérateurs (Ceto), présentés lors du salon mondial du tourisme, sont alarmants. L'effet "Printemps arabe" a encore duré cet hiver. René-Marc Chikli, qui dirige cette association qui compte 70 adhérents, a indiqué que "L'Egypte ne redémarrait pas avec un chiffre d'affaires en recul de 46% et que la Tunisie plongeait de 20%. Seul élément rassurant, le Maroc s'en sort avec une progression de 4% (chez les voygistes). La Turquie semble aussi épargnée. Comme l'a dit le patron d'un spécialiste de la destination, le tour-opérateur Mavie, «nous vivons depuis 10 ans avec les Islamistes et je souhaite à la Tunisie et l'Egypte de suivre la même voie ». Ce qui n'empêche pas ce même tour-opérateur, prudent, de se diversifier cette année en ouvrant la Crète. Notons, d'ailleurs, que l'office du tourisme d'Egypte n'était pas présent cette année au salon mondial du tourisme à Paris (21-24 mars) alors qu'il avait pris un stand conséquent lors du salon du tourisme de Berlin il y a une quinzaine de jours. Une décision qui traduit le décalage entre les comportements des touristes français, jugés par les professionnels plus réticents à se rendre en Egypte (même dans des zones très éloignées du Caire comme les bords de la Mer Rouge), et ceux des voyageurs russes, britanniques ou allemands.

Se réinventer

Les tour-opérateurs français se rabattent sur d'autres destinations, jugées plus sûres, principalement en Méditerranée mais difficile de serrer les prix. Et, comme le démontre la crise chypriote, certaines économies de la zone euro sont fragiles et rien ne décourage plus un touriste que les situations incertaines qui peuvent engendrer des grèves ou des émeutes comme on a déjà pu le voir en Grèce. Les producteurs vont devoir, plus que jamais, se tourner vers des destinations "refuges" comme les Antilles Françaises, la Thaïlande ou encore les Canaries. Et, surtout, se réinventer face à la désintermédiation de cette industrie, bouleversée par les nouvelles technologies. Ils ne pourront s'en sortir qu'à la seule condition de proposer des produits exclusifs et des circuits soignés qu'un Internaute ne pourrait construire, de chez lui, en quelques minutes, avec sa souris.

Laurent Guéna, journaliste au Quotidien du Tourisme

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