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Les conditions d'un Etat efficace

Photo de Ivan Best

Peter Mandelson, ex commissaire européen

Publié le 06 janvier 2014 à 10:09 - Mis à jour le 06 janvier 2014 à 12:27

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On reproche beaucoup aux États, mais on leur demande encore plus. Comment peuvent-ils faire face dans un environnement mondialisé?. Par Peter Mandelson, ancien commissaire au commerce de l'Union européenne, ex secrétaire d'Etat à l'industrie

Un sondage récent du Sommet des Conseils du programme mondial du World Economic Forum plaçait la capacité de l'État à résoudre des problèmes mondiaux en dessous de celle des entreprises et des médias. D'une part, c'est compréhensible, vu les multiples défis auxquels les États sont confrontés et le manque de solutions à long terme que réclament un grand nombre de problèmes. Par contre, les tentatives de classer l'État par rapport aux entreprises et aux médias sont fondamentalement erronées: aucun secteur ne doit fonctionner à l'échelle de responsabilité et d'imputabilité qu'on attend de l'État.

Pas possible d'abandonner une activité déficitaire

Les entreprises décident de leur propre gré où investir et se développer. Les médias profitent d'un cycle de nouvelles qui changent sans arrêt. L'État ne jouit d'aucun de ces luxes. L'État ne peut tout simplement pas remballer son matériel et quitter une activité déficitaire ou un sujet qui ne l'intéresse plus. L'État se doit de rester sur place. Il doit même souvent réparer les dégâts laissés derrière par ceux qui ne sont pas tenus de le faire. Les bons jours, on lui demande même d'améliorer les choses.

La plupart du temps, le problème des États réside dans le fait qu'en essayant de combler et de concilier les besoins souvent incompatibles des personnes, des familles et de la nation, ils sont de moins en moins en mesure d'assurer des services publics de façon efficace et efficiente, avec pour résultat que la confiance envers l'État a dégringolé.

Les Etats démocratiques, plein de défauts...

Juste avant le sommet suir le programme mondial à Abu Dhabi le mois dernier, j'ai passé une semaine en Inde. La plupart des gens avec qui j'ai parlé n'ont cessé de se plaindre des lacunes d'un État qui à l'échelle nationale ou régionale était invariablement dépeint comme lourd, indécis, corrompu, dénué d'imagination et de vision, et en général, sans valeur.

Il est facile pour les entreprises de demander à l'État de s'effacer et pour les médias de montrer du doigt et de faire du sensationnalisme avec des événements sans en faire une analyse approfondie - ou même, parfois, de vérifier les faits. Il est vrai que l'Inde n'est peut-être pas la meilleure publicité pour la démocratie dans certains domaines, lorsque l'on connaît la difficulté qu'il semble y avoir à prendre des décisions à long terme et de les mettre en œuvre sans être diluées, et souvent compromises, par l'opinion publique changeante et les intérêts en place qui ne font pas de sentiment.

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... mais l'alternative, la dictature, n'est pas réjouissante!

Pourtant l'alternative à l'État de droit, à savoir la dictature, est une perspective peu réjouissante. Et il y a peu de problèmes de gouvernance de l'Inde qu'un financement public de la politique ne parviendrait pas à régler. Car, après tout, le maintien d'une grande démocratie requiert des élections permanentes, ce qui rend donc les politiciens dépendants des dons aux partis politiques, la gouvernance risque sérieusement de déraper.

La demande de services publics dépasse l'offre

La capacité des États de relever les défis mondiaux est un problème plus général. La mondialisation - la dissolution des frontières nationales et l'intégration d'économies de plusieurs continents - a entraîné l'essor des demandes aux États au même moment où diminuaient leurs moyens d'apporter des réponses. En d'autres termes, la demande de services publics dépasse l'offre.

La mondialisation a rendu un grand nombre de gens inquiets qui ont besoin de l'appui de l'État pour faire face aux pressions sur leur gagne-pain et leur qualité de vie. Or, la plupart des mesures de politique publique pour répondre à la demande des gens d'une plus grande sécurité de revenu sont hors du champ de compétence et de la portée des États nationaux, surtout quand ces États éprouvent eux même des difficultés.

L'Union européenne, la meilleure parade à la mondialisation

C'est d'ailleurs pour cela, que, depuis longtemps, les pays européens ont trouvé judicieux de mettre en commun leurs ressources et leur emprise économique par l'entremise de l'Union européenne. Aussi imparfaite que soit l'UE, elle représente encore la meilleure parade à la mondialisation jamais connue par un espace élargi d'un regroupement de pays. Les États qui collaborent sont en meilleure posture que les États qui fonctionnent en vase clos, ou, pis encore, qui se dressent les uns contre les autres.

Nous vivons dans un monde de plus en plus multipolaire, dans lequel de grandes économies émergentes et leurs sociétés à forte population, en ce moment même, changent la donne internationale. Les cadres multilatéraux sont toutefois en perte de vitesse, diminuant la capacité d'amener une certaine logique et cohérence dans ce monde.

Réfléchir à la prochaine étape pour l'OMC

Examinons le système de commerce international et sa pièce maîtresse, l'Organisation mondiale du commerce. Depuis l'échec du cycle de négociations de Doha, le prestige de l'OMC en tant qu'instance multilatérale de négociation s'est grandement estompé, rehaussé en partie par l'entente récente de Bali . Il sera essentiel, après Bali, d'amorcer une sérieuse réflexion sur la prochaine étape pour l'OMC et son rôle dans le système de commerce international. Les principales institutions financières internationales - le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, la Banque européenne de reconstruction et de développement et les banques régionales de développement - doivent faire de grands efforts pour s'adapter au XXIe siècle. Même l'autorité des Nations Unies a été fragilisée.

Le besoin d'un Etat plus efficace

Tant que la trajectoire descendante du multilatéralisme n'est pas inversée, les perspectives des États pour relever les défis mondiaux ne s'amélioreront pas. Les entreprises peuvent continuer à se plaindre et les médias à ergoter; la solution à bon nombre des grands problèmes du monde réside dans plus, et non moins, d'intervention de l'État, ou du moins dans un État plus efficace. Une offre étatique améliorée qui comblerait l'afflux des besoins.

Selon Ronald Reagan, qui ne manquait pas de le répéter,  « l'État n'est pas la solution à nos problèmes; l'État est le problème ». Nous savons aujourd'hui que ce n'est pas le cas et qu'au contraire si l'État ne fait pas partie de la solution, nos problèmes ne feront que s'amplifier.

Traduit de l'anglais par Pierre Castegnier

Peter Mandelson, un ancien Commissaire au Commerce de l'UE, ancien secrétaire d'Etat est membre du conseil de l'Agenda mondial sur l'avenir de l'État du World Economic Forum

© Project Syndicate 1995-2014

Peter Mandelson, ex commissaire européen

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