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Valls, l'ultime esquive de François Hollande

Photo de Ivan Best

Jean-Christophe Gallien

Publié le 01 avril 2014 à 08:43 - Mis à jour le 01 avril 2014 à 09:10

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En nommant Manuel Valls sous la pression, François Hollande fait là un aveu de faiblesse. Et il agit comme s'il n'avait pas écouté les électeurs, encore moins ceux de gauche. par Jean-Christophe Gallien Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne

Discret durant la semaine de l'entre deux tours, François Hollande avait juste évoqué le caractère « injuste » du vote des français. Une incroyable réaction de déni d'un Président de la République en exercice face à un premier tour des municipales qui traduisait comme l'a confirmé le second : un cri de rage silencieux de nos concitoyens. François Hollande semblait dire à demi mot : « Elisons un autre peuple » !

Tout a changé le soir du second tour. La déflagration de la dissolution du « socialisme municipal » a comme réveillé l'Elysée et arraché François Hollande à sa douce fiction. En moins de 24 heures Il a limogé Jean-Marc Ayrault et annoncé, une première, à la France des journaux télévisés de 20 heures, qu'il désignait Manuel Valls pour lui succéder.

Quel scénario à l'œuvre?

François Hollande réagit dans la crise. Moins de deux ans après son élection, il engage dans l'urgence un épisode dit de « combat » qui s'ajoute, succède, on ne sait pas très bien à la très récente séquence sociale libérale. Le tacticien politique, héritier des habiletés mitterrandiennes, semble subitement avoir perdu le contrôle du tempo et de la narration de son mandat. Un scénario est-il à l'œuvre ?

Le feu populaire qui brûle et se rapproche chaque jour davantage de l'Elysée ne pourra être arrêté, encore moins éteint par un changement de Premier ministre même accéléré et même avec le choix, tellement attendu, de Manuel Valls, personnage favori des sondages. Dans la tourmente, on attend un guide, un chef.

Pas un message d'autorité, plutôt un geste d'esquive

Avec cette décision, il ne s'agit pas d'un message d'autorité. Bien au contraire, geste d'esquive, c'est presqu'un aveu de faiblesse qui nourrit, à nouveau, l'enchainement terrible de cette présidence : crédibilité disputée, légitimité contestée, … confiance ajournée. François Hollande aurait dû et pu résister. Se montrer fort dans la tempête. Il se serait grandi dans le maintien de Jean Marc Ayrault. Au moins jusqu'à l'été prochain ! Certes, il n'y a pas de gouvernement sans crise, et on gouverne désormais dans la crise, mais là, l'erreur est grande. La suite immédiate avec l'effacement intercommunal programmé des socialistes puis la future percée du FN aux prochaines européennes va largement miner les premiers pas du nouveau locataire de Matignon. Et que dire des autres élections de mi mandat, celles de 2015 avec des régionales désormais à plus que haut risque pour le parti socialiste et ses alliés !

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Présidentiable

Pour sortir de l'impasse, autour du plus populaire de ses ministres, il annonce un gouvernement de combat, enfin resserré, enfin dirigé, enfin discipliné. Il promet des ministres qui agissent, concentrés sur leur tache propre et qui gouvernent leurs administrations, au service du seul intérêt général du pays.

Il l'affirme, il a entendu les français mais on hésite à le croire. François Hollande n'a pas réellement écouté le peuple, encore moins le peuple de gauche. En nommant Manuel Valls, il agit comme s'il ne voulait pas renouer personnellement avec les français. François Hollande doit pourtant très vite se relier au pays réel. En finir avec une Présidence effacée, à distance, face à une France en tranchée qui gronde et qui rejette sans cesse les offres politiques depuis 2008. Il doit présidentialiser. Il doit s'engager, guider, s'exprimer, dresser la perspective et le tempo des séquences et incarner une seule direction en laissant le reste au gouvernement. Il doit surtout d'urgence obtenir, enfin, des résultats tangibles, faute de quoi, même les plus créatifs des narrateurs ne pourront plus rien pour sauver sa série et son personnage.

*Président de j c g a

Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Jean-Christophe Gallien

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