Quand la Chine se recentrera...

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi/ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le recentrage de la Chine.

Le modèle de croissance de la Chine basé sur l'investissement et les exportations atteint ses limites. Tout le défi pour les autorités politiques est donc de réussir un recentrage sur la demande intérieure et notamment sur la consommation.

Ce repositionnement nécessaire, anticipé de longue date, a longtemps été perçu comme un facteur de rééquilibrage des flux commerciaux mondiaux.

Est-ce pourtant aussi évident ?

L'évolution du marché automobile offre un cas d'école et constitue un excellent terrain d'expérimentation des évolutions à venir. La Chine est en effet devenue en 2010 le premier marché automobile mondial, une évolution qui est la marque d'un changement profond, tant de la demande que de l'offre.

Un cas d'espèce qui montre qu'elle n'entend pas laisser la manne de sa consommation aux autres. Car l'Empire du Milieu n'est pas seulement devenu le 1er marché mondial, il s'est aussi hissé au 1er de rang des pays constructeurs.

C'est un fait pour vendre en Chine, il vaut mieux produire sur place

C'est quasiment une obligation exceptée pour les modèles de luxe. Et, si les ventes ont quadruplé au cours des dernières années, la production intérieure a suivi en s'élevant de 26% par an.

Qu'on se le dise, les premiers bénéficiaires de la demande chinoise seront les producteurs chinois et Il serait naïf de croire qu'une consommation chinoise plus sophistiquée fera augmenter, à proportions équivalentes, les importations de biens de consommation.

De surcroît, en quittant peu à peu son rôle de premier atelier du monde, la Chine libère un nouveau créneau de spécialisation aux pays à très bas salaires pour développer leurs exportations intensives en main-d'oeuvre : c'est le cas du Vietnam, de l'Indonésie ou du Bangladesh. Le repositionnement chinois ne délivre donc pas les pays avancés de la concurrence des produits low-cost, seule leur origine géographique va se déplacer.

Une montée en gamme

Alors bien sûr, le recentrage de la croissance et la montée en gamme des producteurs chinois ne sont pas instantanés et requièrent encore l'importation de technologies étrangères. L'urbanisation, la diffusion de la croissance vers les régions intérieures appellent aussi leurs lots de produits étrangers et expliquent la vitalité des industries lourdes des pays voisins comme la Corée, des pays producteurs de matières premières ou d'énergie comme l'Australie, le Chili, les pays pétroliers sans parler de l'Allemagne et du Japon qui équipent de machines-outils les nouveaux sites industriels. Mais cela ne vaudra que le temps de la transition.

A plus long terme, en même temps que la Chine aura reconquis son territoire intérieur, il faudra compter avec des besoins infrastructurels moins importants. Une plus forte autonomie synonyme aussi de moindre besoin en biens d'équipement ce qui ne fera plus le jeu de l'Allemagne et /ou du Japon.

En revanche, même à plus long terme, il existera toujours des segments où les exportateurs étrangers joueront les premiers rôles, c'est le cas dans l'agroalimentaire en raison notamment des conditions d'accès à la matière brute : la Chine manque de terres arables, les catastrophes climatiques sont récurrentes créant des manques ponctuels sans parler des scandales sanitaires à répétition. Une chance pour les entreprises françaises. En perdant, sa fonction d'« usine du monde », la Chine ne fera pas que des gagnants. A ce jeu, la France peut effectivement jouer

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