Mais que fait l'Allemagne de son épargne ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, Olivier Passet parle souvent de pays de rentier à propos de l’Allemagne. Explication.

A propos de l'Allemagne, je parle souvent de pays de rentier. Non que j'ignore les performances industrielles de ce pays ou qu'il vive dès à présent sur la rente d'un magot déjà amassé.

Mais parce le pays est engagé dans une logique d'accumulation patrimoniale. C'est sa préférence pour l'épargne que je désigne alors par ce terme. L'énorme excédent de sa balance des paiements courants en est le symptôme le plus manifeste. Ce dernier oscille, on le sait, entre 5 et 7,5 % du PIB depuis près de 10 ans.

Cela veut dire que chaque année, l'Allemagne accroît sa position créditrice sur le reste du monde. La position extérieure nette de l'Allemagne, différence entre ses avoirs et ses engagements  à l'égard du reste du monde, donne un aperçu de ce processus et de son ampleur. Elle représente aujourd'hui près de la moitié de son PIB.

C'est considérable, mais le processus est loin d'être stabilisé. Cette position représentait 1,6% de son PIB fin 2000. Et au rythme où l'Allemagne accumule les excédents, elle pourrait atteindre 100% du PIB dans 7 ans. A titre de comparaison, la France est débitrice  à hauteur de 17 % de son PIB. Le Royaume Uni à hauteur de 26%.

L'Allemagne créditrice est exposée aux risques des autres

Ce qui explique qu'elle place la stabilité financière au sommet de ses préoccupations, faisant intrusion dans les options politiques de ses partenaires. Mais quel genre de créanciers sont les allemands. Sur quels types d'actifs placent-ils leurs excédents en vue de se procurer une source de revenu demain ? La comparaison avec la France est riche d'enseignement. L'idée d'une hyper puissance étendant son empire sur le reste du monde pour en soutirer les dividendes en sort légèrement écornée.

Regardons déjà les avoirs bruts que détiennent les allemands sur le reste du monde. Ils représentent 259% de leur PIB, contre 293% en France. De part et d'autre, un peu plus d'un cinquième des avoirs sont des investissements directs. Un tiers d'investissements en portefeuille côté allemand, 36% côté France. 23% de dépôts côté allemand... 17% côté français. Avec des positions qui demeurent très concentrées sur les pays développés de part et d'autre du Rhin. En apparence du moins. Car on ne connaît pas la destination finale des fonds qui transitent par les grands centres financiers : Londres, le Luxembourg ou les Pays-Bas.

En tous les cas ce n'est ni la taille des avoirs ni leur structure qui différencie l'Allemagne de la France. Paradoxalement, la France s'est constituée un portefeuille d'actifs internationaux relativement plus important que l'Allemagne. Et ce qui différencie les deux pays c'est le montant de la dette sur laquelle est adossé cet actif. Bien plus faible en Allemagne qu'en France : 210% du PIB côté allemand contre  309% côté Français. Et en dépit de cela, alors que sa position financière est fortement négative, la France génère un solde des revenus des capitaux nettement positif. De l'ordre de 1% de son PIB. Ce solde est bien sûr moindre qu'en Allemagne où il représente près de 2,5% de son PIB. Mais on s'attendrait à un plus gros fossé compte tenu du contraste des positions.

Autrement dit la France fait du levier. Elle met à profit les taux faibles pour accroître ses avoirs sur le reste du monde, transformant le capital et dégageant au passage une marge d'intermédiation.

L'Allemagne offre l'image d'un créancier prudent

L'Allemagne ne met notamment pas à profit son ascendant financier pour accroître autant qu'elle le pourrait le maillage international de ses entreprises. Sa position nette sur le reste du monde en matière d'investissement direct est inférieure à celle de la France. Et les revenus qu'elle retire de ses investissements directs sont également  moindres que ceux de la France.

Jouant bien moins sur l'effet de levier que la France. Chose raisonnable si l'on tient compte du fait que le contexte de taux faible n'est pas amené à durer. Mais qui dénote aussi une forme de passivité, l'Allemagne ne saisissant pas toutes les opportunités que lui offre sa puissance financière actuelle.

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Commentaires
a écrit le 04/03/2015 à 15:05 :
Le risque associé aux effets de levier doit être pris en compte dans cette évaluation. Si on prend comme exemple l'industrie bancaire pour évaluer ce risque il conviendrait d'utiliser une méthode similaire à Bâle 3. C'est assez complexe à réaliser.
Donc un exercice qui consiste à faire des sommes et des bilans est un peu court pour en tirer des conclusions, mêmes hâtives.
a écrit le 04/03/2015 à 12:28 :
C'est bien de s'occuper des autres mais c'est encore mieux de balayer devant sa porte !
Réponse de le 04/03/2015 à 19:25 :
Merci! Je ne comprends pas pourquoi la Tribune veut toujours que l Allelagne aille mal. C est agaçant d autant plus ou cela n aide pas du tout les laisses pour compte en banlieue parisienne par exemple. Et cela ne change rien a l injustice criante en France concernant le logement, l accueil des étrangers et les conditions minables en prison par exemple.
Réponse de le 04/03/2015 à 19:56 :
Et aussi les mauvaises performances de PSA et de sa troupe

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