Accélérateurs de startups : vers une inévitable consolidation ?

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La construction d'un écosystème français - comme européen - solide et pérenne ayant une présence internationale est un enjeu majeur à l'heure où l'on se félicite des levées de fonds successives des superstars de la French Tech, alors que les deux plus grands réseaux d'accélérateurs faisant référence en Europe sont justement ... américains !
La construction d'un écosystème français - comme européen - solide et pérenne ayant une présence internationale est un enjeu majeur à l'heure où l'on se félicite des levées de fonds successives des superstars de la French Tech, alors que les deux plus grands réseaux d'accélérateurs faisant référence en Europe sont justement ... américains ! (Crédits : Axeleo)
Lancés aux Etats-Unis dans les années 2000 et en France au début des années 2010, les accélérateurs évoluent en permanence et ont attiré ces dernières années de nombreux nouveaux acteurs, poussant l'ensemble de l'écosystème de l'accélération à se professionnaliser. Avant une inévitable consolidation ?

Les accélérateurs de startups ont véritablement pris leur envol en 2005 avec la création du Y Combinator, puis de Techstars en 2006. En France, la création des premiers accélérateurs date de 2012 avec L'Accélérateur, 50 partners, suivi par The Family, Numa et Axeleo en 2013.

Le cœur de métier d'un accélérateur se concentre sur aider l'entrepreneur à structurer l'adéquation de son offre à la demande, construire son équipe et valider un modèle économique ambitieux et pérenne en injectant de l'expertise, des contacts business et parfois des capitaux. Aujourd'hui, Roland Berger dans sa dernière étude (How accelerators and incubators can reinvent themselves - 2019), en dénombre à l'échelle internationale 2616 en 2018, soit 5 fois plus qu'en 2009. En France, la création de la French Tech fin 2013 et de son bras financier, le fonds French Tech Accélération géré par Bpifrance en 2015 et doté de 220M€, a facilité et participé directement à l'essor et au développement de ces structures d'un nouveau genre. L'initiative La Boussole identifie, en France en 2019, plus de 50 accélérateurs et plus de 250 incubateurs.

De plus en plus d'acteurs font de l'accélération, avec des modèles économiques différents

L'industrie de l'accélération, encore difficile à définir tant par la diversité de ses modèles économiques que de son évolution rapide, n'est plus aujourd'hui l'apanage de ses acteurs nés dans les années 2010. De multiples acteurs se mettent en mouvement et réinventent leur approche de l'accélération de nouveaux business.

Il y a d'abord les grands comptes. Dans leur dynamique de transformation (digitale, managériale, etc), ils sont à la recherche de nouveaux dispositifs plus efficaces et plus rapides pour réinventer leurs métiers de demain à l'image de Kamet, startup studio lancé par Axa en 2016, ou de Seed, le programme d'accélération du groupe Vinci. Au-delà des activités bien connus de sourcing de startups, d'idéation ou de fonds de fonds, des dispositifs propriétaires se multiplient avec autant de diversité que les accélérateurs indépendants : accélération de startups internes (intrapreneuriat) ou de startups indépendantes, accélérateur corporate avec ou sans prise de capital, lié ou non à un véhicule de corporate venture, des LABs en tout genre ayant plus ou moins d'adhérence avec leur Core Business et le Management.

De leur côté, les grands fonds d'investissement, à l'instar d'un Andreessen Horowitz, se dotent de capacité d'accompagnement dans des logiques de différenciation, tant côté participations pour attirer les meilleurs entrepreneurs et offrir des ressources expertes via des operating partners, que côté LPs où la concurrence fait rage.

Les grands incubateurs et accélérateurs se dotent de structures professionnelles d'investissement pour accompagner les startups le plus longtemps possible et qui créent une nouvelle classe d'acteurs dans le Venture Capital.

Les grands noms du conseil sont de plus en plus attendus par leurs clients au-delà de leur métier historique sur des enjeux d'open innovation et il est désormais quotidien de les voir en concurrence avec ces mêmes accélérateurs dans le cadre d'appels d'offre.

Fin de l'amateurisme sous l'effet de la concurrence

Aujourd'hui, nous sommes à la croisée de plusieurs initiatives où les casquettes d'entrepreneur, d'investisseur ou de consultant se mélangent allègrement. La définition des rôles exacts de chacun s'efface dans des approches business de type plateforme de services d'une profondeur variable en fonction des spécialisations (géographiques et sectorielles) que prennent les accélérateurs.

Dans cet espace en mouvement perpétuel, 3 grandes tendances se dégagent. L'amateurisme initial a laissé place à un professionnalisme de plus en plus fort tant du côté des donneurs d'ordre, que des fournisseurs qui ont su monter des organisations qui atteignent un haut niveau de qualité en termes de processus, d'exécution et de qualité des collaborateurs.

Les accélérateurs ont également une approche de plus en plus ROIste où les acteurs en présence ne cherchent plus ni à comprendre, ni à faire de "l'Innovation Washing", mais à avoir des dispositifs efficaces, durables et impactant dans leur transformation.

Enfin, nous sommes dans une 'ère "entrepreneuriale", où l'expérience accumulée par les entrepreneurs devient une nouvelle richesse pour les grands groupes, les startups et les investisseurs qui cherchent à gagner en qualité et en vitesse d'exécution.

Une inévitable consolidation du marché

Ces évolutions de fond vont naturellement amener à une consolidation du marché dans les années à venir, les grands se rapprochant des petits, les petits s'unissant pour avoir une masse critique. En particulier, les grands investisseurs (private equity, family offices), à la recherche de dealflow, vont de plus en plus s'intéresser aux accélérateurs, de même que les corporates qui vont migrer vers des dispositifs semi-propriétaires leur permettant de disposer d'entrepreneurs "on-demand".

La construction d'un écosystème français - comme européen - solide et pérenne ayant une présence internationale est un enjeu majeur à l'heure où l'on se félicite des levées de fonds successives des superstars de la French Tech, alors que les deux plus grands réseaux d'accélérateurs faisant référence en Europe sont justement ... américains !

Non, nous ne sommes pas dans une bulle des accélérateurs. Le secteur est, aujourd'hui, en capacité de se réguler seul, avec le recul nécessaire, et de procéder à sa propre sélection naturelle. Le niveau de robustesse et de capitalisation des meilleurs accélérateurs européens (notamment français, allemands, espagnols, anglais) les prémunissent des prochaines secousses économiques et les inscrivent dans le long terme. Désormais, au même titre que leurs startups clientes, leur enjeu est d'atteindre une masse critique et de rapidement dépasser le seuil des frontières pour viser - a minima - une empreinte européenne dans des écosystèmes internationaux.

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