Alerte sur la Chine : 5 points inquiétants

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, cinq points inquiétants sur la Chine.

Le mythe du chiffre officiel de la croissance chinoise est tombé depuis longtemps. C'est pourquoi pour tenter de mieux cerner l'état de la conjoncture il est préférable de prendre des chemins de traverse. Cinq séries de graphiques suffisent pour se faire une idée et toutes vont dans le sens d'un sérieux dérapage.

Étiolement de la construction et consommation en panne

La première concerne la construction neuve de bâtiments, qu'ils soient résidentiels ou pas. L'allure prise par l'évolution du nombre de m² construits ne laisse planer aucun doute sur l'orientation actuelle de l'activité du bâtiment. Si un point de ne fait pas une tendance, une suite de mauvais points sont plus inquiétants. C'est un tournant majeur, les effets de l'urbanisation sur la construction s'épuisent peu à peu. Il ne faut bien entendu pas trop noircir le tableau, car à force de se concentrer sur les variations, les niveaux sont un peu vite oubliés. Or ils montrent un étiolement de la construction neuve, pas son affaissement. Il n'en demeure pas moins que si le bâtiment a été l'un des plus gros contributeurs à la croissance chinoise ces 20 dernières années, il sera aussi l'un des plus grands contributeurs à son ralentissement. La spéculation immobilière et la boulimie de construction sont parvenues à ce résultat aberrant : 22% des logements sont vacants, record mondial, un chiffre à comparer aux 8,5% en France ou aux 12% des États-Unis. Le retournement du cycle de la construction n'en est qu'à ces débuts.

Deuxième graphique, les ventes d'automobiles neuves. En Chine, mais aussi chez d'autres émergents, la voiture est le marqueur de l'accès à la mobilité et au développement, c'est un marqueur social fort, un signe de réussite, mais aussi de l'émergence de la classe moyenne. Comme pour la construction, les derniers chiffres montrent un décrochage très net avec un recul de 3,7% des immatriculations de véhicules particuliers l'année dernière ce qui n'était pas arrivée depuis 30 ans environ. Comme pour la construction, il ne faut pas non plus perdre de vue que les niveaux atteints restent élevés. Mais comme pour la construction l'alerte est sérieuse. C'est d'ailleurs bien pourquoi le gouvernement a mis en place toute une série de mesures de soutien à l'achat. Non seulement pour l'automobile, mais aussi pour les appareils électroménagers. C'est bien le signe d'une consommation en panne que la puissance publique tente de faire redémarrer coute que coute.

Hausse des défaillances et effet richesse négatif

Troisième indicateur, les défaillances d'entreprises. Selon l'assureur-crédit Euler Hermes, elles ont été multipliées par près de 3 entre 2006 et 2018. Le resserrement du crédit, la chasse aux firmes zombies, ces entreprises non rentables, mal gérées qui survivaient en s'endettant grâce aux crédits du « shadow banking » a eu un effet domino sur la sinistralité avec à la clé de nombreuses pertes d'emplois et la purge n'est pas terminée.

Le quatrième élément est purement financier, c'est l'état de santé de la bourse dont la température est donnée par le Shanghai Composite Index, l'équivalent chinois du CAC40. L'orientation prise depuis un an n'est pas là pour rassurer. Le plongeon est spectaculaire, 23% sur un an. En d'autres termes, la bourse chinoise a perdu un quart de sa valeur. Et pour cause, la Chine est au centre du principal sujet de préoccupation des investisseurs depuis le déclenchement d'une guerre commerciale avec les États-Unis. Cet effet loupe sur une année doit être replacé dans une tendance plus globale d'un recul du marché des actions avec comme conséquence pour de nombreux ménages un effet richesse négatif. Cela pose aussi le problème de la soutenabilité du système de retraite. À l'ancien système basé sur les entreprises d'État pour les urbains lui a été substitué un système mixte par répartition et capitalisation.

Le dernier graphique concerne la démographie. Les variables démographiques sont généralement associées à un temps long, mais là il y a urgence. Le point de retournement c'est 2014 au moment où la population en âge de travailler recule par rapport au reste de la population décline alors même que la croissance chinoise jusque-là a été portée par l'importance de la population en âge de travailler. C'est la fin du dividende démographique, un obstacle de plus à la croissance à court comme à long terme.

Et c'est là avec les autres écueils tout le défi d'un gouvernement qui ne tient pas sa légitimité des urnes, mais de sa capacité à améliorer le niveau de vie de ses habitants.

 >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 12/02/2019 à 10:54 :
Espérons que la dictature chinoise va arriver à amortir le coup, avec la main mise sur 1.5 milliards d'habitants c'est le monde qui est concerné.
a écrit le 12/02/2019 à 9:49 :
pas grave. comme aux US, ils vont ouvrir les vannes du crédit et baisser les impôts tout en augmentant la dépense publique. les entreprises publiques chinoises rachètent par ailleurs les entreprises privées en difficulté (Financial Times, 26/09/2018).
tout va bien. :-)

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