Chine : de la chute de croissance à la récession

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, de la chute de croissance à la récession chinoise

La « com » économique de Pékin ne fonctionne plus et seuls les jusqu'au-boutistes de la doxa officielle nient encore la brutalité du ralentissement en Chine. Une brutalité qui peut se lire à travers trois juges de paix plus difficiles à « truquer » que les chiffres officiels du PIB : il s'agit

  • de la dégringolade de près 21% de la bourse de Shanghai depuis le 22 décembre.
  • du plongeon du yuan qui a perdu environ 4% de sa valeur face au dollar depuis novembre.
  • de l'hémorragie des réserves de change : près de 500 milliards de dollars envolés en 2015.

Pourquoi cela coince maintenant ?

La croissance décroche, mais comment s'en étonner ? Cela fait maintenant près de 45 ans que la Chine est sur « avance ultra-rapide » avec un PIB en hausse de plus de 9% par an, en moyenne, et Il faut remonter en 1976 pour trouver trace d'un accroc. Aucune grande économie n'a jamais fait aussi bien, aussi longtemps. Pas étonnant alors que cela coince un jour. Passer d'un modèle de croissance extraverti basé sur des entreprises industrielles ultra-compétitives, spécialisées sur des biens de consommation standardisés d'entrée ou de milieu de gamme, et sur la force de l'investissement privé et public à un modèle plus autocentré, qui fait la part belle à la consommation et la montée en gamme, ne se fait pas en un jour. Il s'agit là de deux modèles à fronts renversés qui soulèvent des problèmes redoutables de transition. Sur les salaires et le taux de change par exemple.

La Chine a longtemps profité de la sous-évaluation du yuan et de ses bas salaires pour inonder le monde de ses produits et attirer les capitaux étrangers en quête d'une base de production à bas coût. A l'inverse, la transition vers son nouveau modèle exige un yuan plus fort et des salaires plus élevés pour consommer plus et rémunérer des travailleurs plus compétents et plus exigeants. C'est aussi essentiel, pour maintenir la paix sociale et assurer la pérennité du régime.

La consommation reste le maillon faible

Le hic, c'est que la hausse des coûts salariaux a été très supérieure aux gains de productivités. Conséquence, la Chine s'est en partie disqualifiée par rapport à ses voisins immédiats (vietnamien, indien, philippins et même thaïlandais) en matière de compétitivité-coût avec un salaire mensuel moyen manufacturier devenu trop élevé. Mais c'est vrai aussi vis-à-vis du Mexique et de nombreux pays africains avec, à la clé, la délocalisation de sites de production.

Résultat, les entreprises sont maintenant confrontées à une crise de leurs débouchés externes, sans que la demande intérieure n'ait pris véritablement le relai. Car cette prise de relai est un processus de longue haleine. La consommation reste le maillon faible et le restera tant que les ménages devront sur-épargner en raison du sous-développement des institutions sociales : les ménages urbains chinois épargnent 35% de leurs revenus contre 15% pour les Français.

Elle le restera d'autant plus que l'unification du territoire en faveur de la Chine intérieure est un processus qui est loin d'être achevé et qu'il exige encore des investissements massifs, qui pompe les ressources de la Chine développée. Il y a là un véritable conflit d'objectif et de temporalité. Les chinois doivent consommer et investir massivement au moment même où le reste du monde désinvestit les industries côtières, conséquence de plus d'une décennie de surinvestissements.

Ce recentrage des chaînes de valeur occidentales aggrave ainsi le caractère insoluble de l'équation chinoise. Dans ce contexte, les entreprises n'ont d'autres choix que de désinvestir, se désendetter, baisser leur prix. Baisse des prix, hausse des coûts, la rentabilité du capital s'effondre, participant à la débâcle boursière et la fuite des capitaux. Saturation des besoins en logements et en infrastructures, endettement excessif, importance du shadow banking complètent la liste déjà longue des difficultés, qui prennent les allures d'un cercle vicieux. Bref, toutes les conditions sont réunies pour que s'ouvre une longue période de croissance faible, voire d'une récession.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 01/02/2016 à 23:03 :
Le monde s enfonce dans une crise global avec une croissance nul 1929 n est pas loin beaucoup d économiste le dise les glorieuse sont derrière nous le monde vie à crédit les banques spécule avec de l argent qu elle n ont pas beaucoup de pays en 2016 vont voir leurs réserves de change chuter dangereusement vive le monde et l argent virtuel
a écrit le 01/02/2016 à 13:46 :
Ah ça y est, on commence à se réveiller enfin ?! Ça fait tout de même 2 ans qu'au gré des rapports officiels de ce pays on pouvait se douter qu'il y avait un sérieux problème !
Bref, on pourrait résumer la situation ainsi : la Chine a voulu de force rattraper l'Occident, et ben maintenant c'est fait, elle est au même point que nous, ... dans la crise jusqu'au cou !
a écrit le 28/01/2016 à 17:04 :
Pas besoin d'avoir des compétences économiques pour comprendre cet exposé,clair et concis. Les faits sont précis, la conclusion imparable. La Chine est en récession... comme les US. Ce n'est pas bon pour la stabilité du Monde. Cela signifie aussi que les sociétés industrielles sont arrivées à l'état de stagnation, confirmé par une croissance globale quasi nulle. La solution se trouve chez John Stuart Mill, mais je doute que les 10% les plus riches s'en accommodent. Une période de "trouble et d'agitation" devrait survenir.

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