Combien valent les entreprises rentables ?

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(Crédits : Reuters)
L'évaluation des entreprises, même profitables, n'a rien d'une science exacte. Par Gilles Lecointre, Enseignant à l'ESSEC, entrepreneur conseil en stratégies de PME

J'ai évoqué, dans un article précédent, la difficulté d'évaluer les TPE /PME qui ne dégagent pas de résultat significatif. Pour ce type d'entreprises qui constituent l'immense majorité de notre tissu entrepreneurial, il n'y a pas de valeur financière. Seule compte alors leur valeur « sociale », celle qui correspond aux emplois directs et indirects créés, au bien être induit par la consommation des produits et services qu'elles distribuent et aux impôts dont elles s'acquittent.

Combien de profit et pour combien de temps ?

Pour les entreprises (minoritaires) qui sont rentables régulièrement, le problème est, en apparence, plus simple à aborder. En effet si l'on part de l'idée qu'une entreprise est avant toutes choses une machine destinée à générer du profit, la question centrale de la valeur devient : combien de profit et pour combien de temps ? Bien des méthodes financières ont été inspirées par ce principe mais, malgré les nombreuses variantes imaginées, elles se rejoignent toutes. Grosso modo, il s'agit de calculer l'espérance de gains futurs cumulés sur une certaine période de temps.

La question de l'actualisation

Ce genre de méthodes est peu critiquable en théorie. Dire qu'une entreprise vaut une certaine quotité de ses revenus futurs est fondé : cela revient à se placer dans une logique d'investissement, l'entreprise étant un placement qui doit rapporter un certain rendement à son propriétaire, son acquéreur éventuel, son actionnaire. Mais là où cela se complique, c'est quand on passe à la phase pratique. Il se pose alors plusieurs questions qui se ramènent toutes à la gestion d'un seul paramètre, celui du temps. Sur combien d'années dois-je calculer, comment je compare les flux financiers de périodes différentes, comment j'intègre les aléas de mes prévisions ? Toutes ces interrogations convergent vers une « pensée unique » et une solution, l'actualisation.

Des méthodes problématiques

Ce n'est pas le lieu de rentrer dans la technique calculatoire de cette logique, mais faisons cependant quelques remarques de bon sens. Les prévisions économiques s'avèrent (y compris à très court terme) largement démenties. J'invite tous ceux qui ont eu l'occasion de faire des business plans, à avoir l'humilité de revenir sur leur contenu quelques années après leur acceptation....Donc, il s'agit d'être très prudent sur le poids relatif de telles prévisions dans l'estimation de la valeur d'une entreprise. Ensuite, le choix du nombre d'années de la prévision et du taux d'actualisation a un impact considérable sur le résultat final de la valeur estimée (en théorie on peut passer de 2 fois à 16 fois le résultat annuel moyen attendu !).

C'est pourquoi, la pratique généralisée des méthodes financières d'actualisation pour estimer le prix d'une entreprise est extrêmement problématique, tout simplement parce que ces méthodes ne sont pas stables et s'avèrent trop sensibles à la détermination des hypothèses qui en conditionnent le résultat .Cette faiblesse est bien évidemment accentuée aujourd'hui par la volatilité de notre monde économique. Il suffit, pour s'en convaincre définitivement, de confronter le prix estimé par ces méthodes au prix réel de cession des entreprises.

Marier les approches


Alors, que faire ? Pour faire émerger une solution équilibrée et plus fiable, il est conseillé de marier trois approches à l'esprit différent. Il faut intégrer à la fois le passé de l'entreprise, son présent et son avenir. Le passé, c'est le stock, net de dettes, des valeurs matérielles ou immatérielles qui ont été accumulées par l'entreprise depuis sa création. L'ensemble de ces valeurs représentent les racines de l'entreprise ; plus ces racines sont profondes et bien ancrées sur sa zone de chalandise, meilleures sont les chances d'avenir.

Le présent, c'est le « positionnement stratégique » adopté par l'entreprise. En d'autres termes c'est ce qui constitue son « fonds de commerce » c'est-à-dire sa clientèle, ses produits, son potentiel de développement, son organisation, son marché... Enfin l'avenir c'est la capacité à exister sur le long terme en dégageant suffisamment de rentabilité pour faire tourner la machine et la faire avancer plus loin.
Cette approche plurielle est parfaitement possible et souhaitable. J'en fais l'expérience pratique depuis plus de dix années après avoir examiné des milliers de cas de transmission d'entreprises.

Pour conclure et donner un exemple pratique, sachez qu'en moyenne, j'ai pu établir qu'une entreprise se négociait à peu près la valeur d'une fois son passé plus deux fois son avenir. Voilà une formule sur laquelle il convient de méditer et qui, somme toute, semble parfaitement morale ! Sans passé il n'y a pas d'avenir, mais l'avenir est incertain et il convient de primer l'entrepreneur qui prend le risque de le dessiner.

Gilles LECOINTRE
Enseignant à l'ESSEC, entrepreneur conseil en stratégies de PME

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Commentaires
a écrit le 23/12/2015 à 15:36 :
II/ Une fois exposé, ci-dessous, la manière si particulière d'agir pour créer des champions, on ne peut, c'est le paradoxe, ne pas s'en féliciter car ils représentent finalement notre savoir faire. La discussion de la formation d'un fonds national privé est rivée à celle des champions. En effet ces derniers captent une part de plus en plus grande de l'économie mondiale de telle façon que pratiquement plus rien n'existera bientôt en dehors d'eux. J'ai exposé sur ce fil que même les grosses entreprises disparaissent, en sorte qu'à quelques exceptions, c'est "la fin des entreprises". Pourtant il nous semble qu'elles soient éternelles bien que cependant de formation très récente, certains en situent la naissance vers 1870. Le Fortune Global 500 qui n'autorise dans son dernier classement qu'un chiffre d'affaire supérieur à un peu moins de 24 milliards de dollars classe 31 entreprises françaises tandis qu'allemands et anglais en ont 28 chacun. Les chinois en comptent un peu moins de 100 et les américains un peu plus. Le tout, les 500 listées, compte pour 31 trillions de dollars (milliers de milliards). Chaque année le chiffre progresse tandis que les réserves constituées de sociétés dépassant les 1 milliards de chiffre d'affaire se réduit. Pour les USA il n'en existe plus que 2973. Cet abaissement veut dire que le chiffre n'est plus abondé par la montée de plus petites. Il sera pour ce pays réduit à près de 500 en 13 ans. Tandis que les petites vont se tasser jusqu'à l'individualisation. Ce sont donc ces grands champions qui domineront le monde à venir car la possibilité d'une inversion est très improbable. Elles engagent pourtant directement de moins en moins de personnel. C'est pourquoi il est indispensable de se poser actuellement les bonnes questions afin d'y apporter les bonnes solutions. Je les expose régulièrement sur ce fil. La création d'un fonds national privé en est une.
a écrit le 23/12/2015 à 13:20 :
La finalité de l'entreprise n'est pas de générer du profit, mais de créer de la valeur pour ses acteurs (salariés, clients, état, actionnaires, … ). Le profit est simplement la part qui revient aux propriétaires.
Réponse de le 24/12/2015 à 9:08 :
et , vous faites comment la difference entre ...
" actionnaires " et ..." proprietaires " ?
remarquez , vu la teneur de l'article ...rien de surpernant dans les commentaires .
Réponse de le 24/12/2015 à 11:27 :
Manifestement votre réflexion très hors sol.... il en faut mais pas trop cependant pour rester crédible avant toute chose. Laissons faire les patrons des entreprises:l'emploi est ici sauf pour...les fonctionnaires.
a écrit le 23/12/2015 à 13:06 :
I/ Les professeurs se sont transposés en lobbyistes. Ainsi certains se spécialisent : l'automobile pour celui-ci de Dauphine, les start-up pour celui là... ici la question de l'Argus des entreprises. Il faut clairement dire le mot. Ce qui pose la question du droit des faillites, ce scandale français qui pillent les initiatives. Quelle est la finalité ? Une grande entreprise ne peut progresser si on laisse progresser en même temps des milliers de concurrents qui sont autant d'aiguilles qui les transpercent : on fait donc mourir volontairement ces dernières ...pour les recréer un peu plus tard. Ainsi elles n'existent pas d'un point de vue stratégique mais adressent correctement la question de l'emploi et de la formation. Ceci permet à nos grandes entreprises de prospérer sans trop de contraintes. Pour arriver à ce résultat jugé prospère,il faut bien entendu faire admettre que leur destruction n'est pas un problème puisqu'elles ne valent rien, on évoquera alors l'idée fumeuse de la "destruction constructive" prise chez les économistes à propos d'autre chose. Voilà pour l'instant le travail de ce lobbyiste de l'ESSEC. Qu'en est-il exactement de leur valeur ? L'Argus des entreprises montrerait que ces petites entreprises valent plus, relativement, que les grandes. En effet elles correspondent à un véritable ascenseur social avec un effet de levier important construite avec peu de fonds, peu aidées par les banques, elles sont achetées à bon compte pour toutes leurs innovations ou brevets lorsque cela se trouve. Il est donc essentiel de créer l'Argus réel des (petites) entreprises dont 93% en France ont moins de 10 salariés. On dit parfois qu'elles n'ont pas de fonds propres mais la réalité est qu'aucune entreprise hors sa période de lancement n'a de fonds propres! C'est un mythe de penser que les grandes en auraient. Au contraire elles vivent sur des rentes de situation ou des exclusivités données par l'état et encore des arnaques de Bourse. Leur histoire recoupe d'ailleurs étrangement celle de cet Etat qui fait preuve d'un manque de dynamisme remarquable et comme lui, les champions sont le plus souvent un gouffre financier que seules les ponctions sur la population permettent de faire de survivre. Des exemples : Total, Edf, Gdf, BNP, banques et d'autres : monopoles. Supermarchés : tous issus d'arnaques foncières et d'autorisations illégales, destructeurs d'emploi. Axa : arnaque d'assurance obligatoire à coût prohibitif. Sanofi : création par les taxes via Total : vit sur le dos des assurés. SNCF : monopole complotiste d'après guerre. Dior/LVMH : Du talent incontesté mais basé sur l'arnaque Boussac. Renault et Peugeot : magouille d'état, financement secret des syndicats, ne gagnent pas d'argent. Airbus : Engin d'Etat, gouffre financier pour trouver un emploi à nos élites. Areva : arnaque ouverte, agit et dépouille sans complexe. Dans ce tableau de grandes entreprises en réalité d'Etat, les exceptions sont rares, on notera Air Liquide, dans la chimie des gaz ... que l'Etat voulait à l'origine pourtant détruire. On parle d'économie "libre" mais elle ne l'est pas! Alors la conclusion s'impose, la France avec les français doit reprendre en main ses entreprises afin qu'elles leurs profitent en évitant ce qui est sans dire son nom : une vaste escroquerie en bandes organisées. Cela non par une accaparation à la manière socialo-libérale du global parti actuel mais dans un fonds privé national faisant effet de levier pour le bien et la garantie apportée à tous de tous.
a écrit le 23/12/2015 à 12:03 :
Cet article témoigne que les petites entreprises ne valent rien aux yeux de la finance en France. On comprend pourquoi

1)il est impossible de financer la trésorerie
2)le taux de défaillances est si élevé
3)linovation est en panne

Chômage... ne pas compter sur les grands groupes qui on pour obsession la réduction des coûts.
a écrit le 23/12/2015 à 11:21 :
Monsieur Lecointre vous oubliez de mentionner un paramètre important ;un acheteur et un vendeur peuvent très bien tomber d'accord sur un prix de cession suivant votre méthode ou une autre au final c'est la banque qui fixe le prix en accordant ou non un financement et son niveau .
Et il me parait curieux qu'avec votre expérience vous n'ayez jamais été confronté à cette problématique , dans le cas contraire vous auriez pu au moins l'évoquer !
a écrit le 23/12/2015 à 11:21 :
Monsieur Lecointre vous oubliez de mentionner un paramètre important ;un acheteur et un vendeur peuvent très bien tomber d'accord sur un prix de cession suivant votre méthode ou une autre au final c'est la banque qui fixe le prix en accordant ou non un financement et son niveau .
Et il me parait curieux qu'avec votre expérience vous n'ayez jamais été confronté à cette problématique , dans le cas contraire vous auriez pu au moins l'évoquer !
Réponse de le 24/12/2015 à 11:25 :
Il y a certains qui écrivent des livres encore faut-il savoir si c'est le fruit de théories ou du bon sens issu de la vraie vie des entreprises...

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