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Comment les "Makers" inventent l'usine du futur

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Philippe Boyer

Publié le 28 mars 2016 à 06:05

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"DIY" pour "Do It Yourself !" (« Faites-le vous-même »), tel est le mot d'ordre d'une nouvelle génération d'innovateurs-artisans. Rassemblées dans des "Fab Labs", ces communautés de bricoleurs-technophiles sont en passe de réindustrialiser les villes et peut-être d'inventer les usines du futur. Par Philippe Boyer, directeur marketing et développement d’une société de services dont l’activité est centrée sur l’aménagement de la ville.

Comme souvent, la nouveauté est venue des Etats-Unis. Plus précisément de l'entrepreneur Dale Dougherty, à l'origine de l'expression "Web 2.0" et éditeur du magazine "Make", qui, au début des années 2000, structura une communauté naissante : les "makers" (à traduire par "Faiseurs"). Pour ces artisans du numérique, il y a d'abord la volonté de produire soi-même plutôt que d'acheter. Adeptes de l'innovation à la portée de tous et prônant le travail collaboratif, ces techno-bricoleurs adhèrent aux valeurs de l'économie du partage et de la volonté d'en finir avec l'obsolescence programmée des objets impersonnels fabriqués à la chaine.

Des outils  à la portée de tous

Ces makers apprennent ou savent déjà manier imprimantes 3D, fraiseuses, découpeuses au laser et autres logiciels de conception pour produire toutes sortes d'objets difficiles voire impossibles à trouver à l'unité. Qu'il s'agisse de la petite pièce en plastique destinée à réparer un jouet cassé ou bien la conception d'objets plus complexes dignes de prototypes industriels, il est désormais possible de réaliser et de fabriquer soi-même et de personnaliser un nombre impressionnant d'objets dans différents matériaux grâce aux outils numériques.

"On peut fabriquer presque n'importe quoi avec le numérique"

Membres d'une communauté qui fait chaque jour de nouveaux émules, ces makers échangent et s'entre-aident via les réseaux sociaux ou certains sites spécialisés. Partout dans le monde, ce mouvement n'en finit pas de grossir au point de voir apparaitre des « Maker Fairs » (foire aux innovateurs) et autres festivals, réunissant les adeptes de cette « bidouille numérique ». Qu'ils soient étudiants, ingénieurs, designers ou retraités... tous sont convaincus, comme Neil Gershenfeld, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et connu pour avoir popularisé le concept de fablab, que « l'on peut fabriquer presque n'importe quoi avec le numérique. ». Aux Etats-Unis, le président lui-même s'est emparé de ce sujet sujet appelant les Américains à faire émerger "a nation of makers" (« une nation d'innovateurs ») et de rappeler les valeurs fondatrices du pays : "'If you can imagine it, then you can do it' ... That's a pretty good motto for America. » (« Si vous pouvez l'imaginer, alors faites-le ... à la manière de la devise américaine ».)

Les usines du futur dans les villes de demain

Dans les villes, ces « makers » ont leurs espaces consacrés : ce sont les "fablabs" - contraction de « fabrication » et « laboratory », sorte « d'atelier de création numérique ». Difficile de classifier ces lieux de production tant il en existe de différents : tantôt fablabs «classiques» en tant qu'ateliers de production et affiliés au réseau mondial Fab Foundation, tantôt «hackerspace» où s'élaborent des programmes informatiques ou encore «techshop» - on accède aux machines sur abonnement... ces lieux variés sont souvent comparés à de petites usines implantées en cœur de villes. Outre que cette forme de production semi-industrielle contribue à repeupler certains quartiers difficiles - Incite Focus, à Detroit, fablab de quartier qui s'est fixé un double enjeu : l'expérimentation et l'insertion - ces nouveaux sites de production séduisent car ne génèrent presque aucune nuisance et très peu de déchet à la différence des usines classiques. De ce fait, de nombreuses villes encouragent ces implantations semi-industrielles d'un nouveau genre. A Barcelone, le Conseil municipal a acté la création d'au moins un fablab dans chaque quartier de la ville. En France, des centaines de fablabs existent déjà ; le plus souvent dans les grandes villes mais également en milieu rural, à l'instar de RuralLab, fablab implanté à Néons-sur-Creuse (400 habitants).

Tous ces lieux de production d'un nouveau genre témoignent que l'économie collaborative, qu'elle soit circulaire ou du partage, s'ancre profondément dans nos quotidiens au point d'inciter de nouveaux adeptes à se familiariser avec la programmation, le codage et la fabrication... Au final, l'objectif (vertueux) étant de mieux consommer. Plus largement, l'éclosion de ces « ateliers urbains » préfigure peut être aussi une nouvelle forme de ville intelligente dans laquelle cohabiteront de nouveaux lieux de création (industrielle) et de production (agricole).

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 Fablabs industriels

A l'instar des fablabs grand public, les grands groupes industriels ont presque tous aujourd'hui leurs lieux d'innovation et de tests portés en cela par leur culture de la R&D. Renault, Airbus, Safran, Air Liquide, Alcatel-Lucent, Systra, Dassault Systèmes, Bouygues... ont leurs propres FabLab avec pour ambition de miser sur « l'innovation ouverte » en collaborant avec des startups du numérique à l'instar de la coopération ente Airbus et Sigfox, PME Toulousaine, qui travaille sur l'Internet des objets.

Depuis peu, l'association - Fab&Co - milite pour rassembler grands groupes industriel, universitaires et petites entreprises innovantes. Outre l'échange réciproque, il s'agit d'organiser des workshops permettant l'échange et l'expérimentation avec, un mot d'ordre, le recours à des «méthodes agiles» d'innovation. Quels résultats attendre de cette agitation d'un nouveau genre ? Forcément que du « mieux » et du « nouveau » dès lors que c'est un univers en plein bouillonnement qui n'hésite pas à repousser ses propres limites et à se poser des questions nouvelles du type « Et si... ? ». Dans ce paysage de l'innovation et du numérique, l'Alliance pour l'Industrie du Futur, association créée en juillet 2015, participe à cette ambition commune de moderniser et de transformer l'industrie en France, notamment par l'apport du numérique.

Pour cet enjeu stratégique porté par notre époque qui se caractérise par « l'âge du faire », toutes les bonnes volontés sont conviées : que l'on soit un grand groupe industriel ou un « maker » de quartier adepte du DIY, « Do it yourself ».

Philippe Boyer

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