COP26 : le transport de marchandises aux oubliettes ?

OPINION. En cette fin d'année, alors que vient de se tenir la COP26, l'impact de l'Homme sur l'environnement et le climat est au cœur des préoccupations. Selon les scientifiques, il ne nous resterait plus que dix ans pour pouvoir sauver la planète. En d'autres mots, nous n'avons que dix ans devant nous pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES) de 45%. Par Xavier Villetard, Directeur Associé de bp2r.

4 mn

(Crédits : STRINGER)

Le transport, au sens large, représente à lui seul 25% des émissions mondiales de GES. C'est donc sans surprise qu'il s'est vu attribuer une place importante sur les conférences de la COP26 et au cœur des derniers projets de politiques tels que le Plan France 2030.

Mais, si le transport de passagers fait beaucoup parler, le transport de marchandises quant à lui semble peu préoccuper les décideurs. Pourtant, aujourd'hui, le fret est responsable de plus de 40 % de toutes les émissions de CO2 relatives au transport, soit près de la moitié ! De plus, les prévisions indiquent que la demande de fret mondiale devrait doubler d'ici 2050, et aboutir en conséquence à une hausse des émissions de 22% sur le même temps. Une action audacieuse et rapide apparaît donc cruciale pour décarboner le secteur. Malgré cela, le sujet semble largement moins exposé que le transport de passagers...

Au sein des entreprises, certains progrès sont indéniables...

Motivées par une prise de conscience écologique, par une offre bas-carbone de plus en plus disponible et de moins en moins coûteuse, par la nécessité de soigner leur image face à des clients de plus en plus soucieux de leur impact, mais aussi par la réglementation et une taxation de plus en plus contraignante, les directions des entreprises affichent leur volonté de réduire leur impact climatique.

Cependant, des mesures fortes doivent pouvoir accélérer ces efforts, pour l'heure insuffisants : les fondamentaux sont encore incomplets et, surtout, les moyens manquent. En France, 76% des entreprises donneuses d'ordres n'ont pas de budget dédié à la réduction des GES du fret. Or les objectifs et les bonnes intentions ne sont rien sans financements. Parmi les leviers de réductions privilégiés, l'immense majorité d'entre elles optent pour... se défausser de leurs responsabilités sur leurs transporteurs. Ainsi, lorsqu'on les interroge, 76% des entreprises donneuses d'ordres plébiscitent l'incitation des transporteurs à réduire leur consommation de carburant. En face, les transporteurs citent comme premier obstacle à la décarbonation de leur activité le refus des chargeurs de contribuer aux coûteux investissements nécessaires à la transition énergétique. Le manque de solutions (véhicules notamment) offertes par le marché et l'insuffisance du soutien des pouvoirs publics font également partie des raisons majeures qui, selon eux, ralentissent la décarbonation du fret.

C'est donc le rôle des décideurs politiques de porter le combat à la COP26, les entreprises seules ne semblant soit pas avoir totalement pris la mesure du problème, soit ne pas être en totale capacité d'agir.

Alors, certes, le transport maritime - considéré comme le traditionnel maillon faible et réticent de la transition énergétique - a vécu un mini bouleversement lundi dernier avec la signature d'une déclaration par 14 pays - dont beaucoup d'acteurs clés du commerce maritime mondial - les engageant « à adopter des objectifs pour 2030 et 2040 qui placent le secteur sur la voie d'une décarbonation complète d'ici 2050 et à adopter des mesures pour atteindre ces objectifs ». La déclaration appelle l'OMI, l'agence de l'ONU en charge du sujet, à fixer un objectif clair de neutralité carbone à 2050. Une belle initiative donc. Mais si le transport maritime représente 70% des tonnes-kilomètres du fret, il ne concerne en réalité que 20% de ses émissions. Le sujet du fret aérien, relativement 20 fois plus émetteur que la moyenne des autres modes, ou celui du transport routier, qui représente plus de la moitié des émissions mondiales du transport de marchandises, sont à peine survolé.

Les pouvoirs publics ont une partie des clés en main

Que ce soit à travers une politique fiscale, la réglementation, ou encore des investissements en R&D, ce sont eux qui doivent agir aujourd'hui pour inciter et motiver les entreprises à concrétiser leurs efforts sur les secteurs les plus impactant tels que le transport. Et d'autant plus dans le contexte actuel, avec l'explosion du e-commerce. Nous le savons, pour le e-commerce la problématique est plus de livrer rapidement que de livrer moins cher et avec moins d'impact. Or les livraisons urbaines, rarement optimisées, sont responsables de 20% des émissions et ce chiffre est amené à grimper ! Nous sommes tous conscients de la nécessité de changer la donne et de l'urgence de mener à bien cette transition écologique. La situation relative au fret est meilleure qu'il y a quelques années, certes, des solutions plus vertueuses commencent à voir le jour, mais les efforts de décarbonation du fret doivent s'intensifier. Et communiquer sur des ambitions n'est plus suffisant. Des objectifs doivent être définis, des solutions et des accompagnements doivent être sérieusement pensés. On en attendait plus de cette COP26.

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Sources : Etude « (Ré)Concilier transport de marchandise et décarbonation » de bp2r et Carbone 4, septembre 2021 - Perspectives des transports de l'ITF 2021

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Commentaires 2
à écrit le 24/11/2021 à 9:03
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"Oh la barbe ! Vivement dans dix ans que ce soit trop tard et qu'ils arrêtent de nous bassiner avec ça !" Lémarché, propriétaire et destructeur de ce monde.

à écrit le 23/11/2021 à 17:47
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Il ne reste pas dix ans, il est déjà trop tard. De plus, regardez l'évolution de la production mondiale de CO2 depuis cinq ans. Est-ce qu'elle a baissé ? Pas du tout. Donc elle ne baissera pas plus dans les dix prochaines années

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