Croissance : la France à la traîne de l’Europe

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la croissance française à la traîne

Depuis quatre ans la croissance de la France est devenue plus faible que celle du reste de la zone euro. L'écart se creuse et le déficit de croissance peut être estimé à environ 65 milliards d'euros sur la période, l'équivalent de trois points de PIB. C'est autant d'emplois qui ne se créent pas et c'est en parti pourquoi le taux de chômage diminue plus lentement en France qu'ailleurs. C'est aussi 30 milliards d'euros de rentrées fiscales et sociales en moins et c'est bien pourquoi les finances publiques s'améliorent plus lentement ici qu'ailleurs et complique l'équation budgétaire.

Une histoire de calendrier

Et ce n'est pas fini. Les perspectives de croissance établies par la Commission européenne placent la France un cran en dessous du reste de la zone euro aussi bien en 2018 qu'en 2019 avec un écart qui se maintien ou presque, renvoyant ainsi l'image d'une France définitivement à la traine de l'Europe. Ce diagnostic, il faut en parti le nuancer par le point de départ de l'analyse. Si la France fait moins bien aujourd'hui que ses principaux partenaires, c'est qu'elle avait fait mieux avant : malgré la pire récession depuis la seconde guerre mondiale et une crise à rechutes, le PIB de la France s'est élevé de 2,2% entre 2008 et 2013. C'est peu, mais c'est beaucoup plus que pour le reste de la zone euro, qui à contre-sens, a reculé de 3%. En d'autres termes, l'écart de performance actuel doit pour beaucoup à l'écart de performance passé. En allongeant l'échelle du temps, c'est-à-dire en partant de 2008, la France fait mieux que ses partenaires de la zone euro avec un PIB en hausse de près de 8% sur la période contre 5,3%. Il y a donc bel et bien un effet rattrapage pour certains pays qui booste leurs résultats donnant l'illusion d'une France plus en retard qu'elle ne l'est.

Des problèmes d'offre

Mais il ne faut pas se voiler la face, le décrochage relatif de l'économie française ne se limite pas à une histoire de calendrier. Plus inquiétant, le handicap de croissance de la France par rapport aux autres pays de la zone euro s'explique aussi par des problèmes d'offre qui limitent la production alors même que la demande reste assez robuste avec, et c'est récurrent, un problème de coûts de production compte tenu du niveau de gamme du made in France. En clair les prix sont trop élevés au vu de la qualité des produits. Le commerce extérieur ne remonte pas la pente, alors même que les principaux partenaires commerciaux de la France ont renoué avec la croissance, ce qui devrait favoriser les débouchés pour les industries résidentes. En d'autres termes, notre déficit à un fort contenu structurel. Problème également de formation de la population active qui explique en partie les difficultés d'embauches dans certains secteurs malgré un taux de chômage encore élevé. Mais défaut aussi d'investissement non pas dans son intensité, mais dans son contenu : le stock de robots industriels rapporté à l'emploi manufacturier est ainsi plus faible en France que dans le reste de la zone euro.

Des erreurs de pilotage budgétaire

Bref, l'économie française se heurte aussi à des freins structurels auxquels s'ajoutent désormais, il faut bien l'admettre, des erreurs de pilotage budgétaire. Pour financer ses mesures en faveur du patrimoine le gouvernement a clairement arbitré en défaveur du pouvoir d'achat des bas et moyens revenus : la hausse de la CSG a pesé pleinement et sans compensation sur les retraités, dès le début de l'année. Quant aux salariés, censés être privilégiés, ils sont soumis en fait à des chocs contradictoires entre la baisse étalée des cotisations et de la taxe d'habitation, l'alourdissement de la fiscalité indirecte, auxquels s'ajoutent le reflux des emplois aidés, la baisse des APL, le gel du point de la fonction publique... In fine, le gouvernement a simplement cassé l'élan de la consommation, et cela ne cessera pas en 2019 compte tenu des nouvelles annonces. De surcroît, avec la retenue à la source, le gouvernement crée une nouvelle incertitude et de nouveaux comportements de précautions de la part des ménages. La France est à la traine de l'Europe, mais ce qui n'était qu'un simple petit retard à l'allumage devient de plus en plus préoccupant au risque de transformer la France en boulet de la zone euro.

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Commentaires
a écrit le 14/09/2018 à 7:18 :
La baisse de consommation des retraités après la ponction de 1,7% de plus de la CSG sns compensation puis ensuite le gel de la revalorisation de leur retraite, doit commencer à porter ses fruits. Il faut que les retraités continuent de moins consommer quitte à moins aider les enfants et petits enfants jusqu'à la prochaine élections présidentielle. Déjà avec les élections Européennes il devrait ressortir une tendance.
Réponse de le 14/09/2018 à 12:33 :
Vous avez parfaitement raison et cette réduction maximale de notre consommation ( que j'ai commencée depuis le racket de la CSG sur les pension de retraites et aussi, ne l'oublions pas, la désindexation des pensions sur l'inflation qui galope) amplifiera encore le mouvement !

Et cette mesure simple, sans être indolore hélas, sera le soufflet que nous ne pouvons infliger au roitelet en personne !!
a écrit le 14/09/2018 à 6:46 :
Le problème de la France c'est quelle se rêve en puissance mondiale alors qu'elle rétrograde d'année en année avec une économie de moins en moins performante, pour preuve, la richesse par habitant est désormais dans la moyenne alors que jadis elle était au dessus....au selon de l'EU, tous les états du nord sont au dessus des français donneurs de leçons, le Lux, le DK, l'Irlande jadis si pauvre, la Belgique, la Suède, la Finalnde, l'Autriche, l'Allemagene, la GB qui malgré une baisse de la livre fait jeu égale, les Pays Bas....je ne parle même pas de la Suisse avec leur Franc surévalué qui exporte sans problème, la Norvège. Ailleurs? Les USA, le Canada, le Japon, Singapore etc.....il faudrait un plan massif de réindustrialisation mais que nenni....on préfère augmenter toujours et encore les taxes ( essence principalement) pour combler les trous et aider ceux qui ont si peu au lieu de faire en sorte que notre économie tourne à plein régime....enfin, l'offre....la France produit trop peu , exporte peu....et cela ne s'arrange pas. Quand on parle d'excédents européens, je crois que l'Allemagne et les PAys Bas contribuent pour plus de 90 %, le reste c'est l'Italie et quelques autres....la France? un pays de tourisme....club med comme nos amis du nord aiment à nous décrire.
a écrit le 13/09/2018 à 17:04 :
Il faut dire que prendre à ceux qui consomment pour donner à ceux qui s'évadent fiscalement ne peut que générer le contraire.
a écrit le 13/09/2018 à 12:04 :
Il a fait comme ses prédécesseurs , il a mis de multiple freins à la croissance et le dernier en date l'impôt à la source qui va plomber durablement la croissance dans l' hexagone . Il ne sait pas où il va , il nous prépare à une austérité dure alors que la situation économique internationale porte à la croissance . L'Allemagne distribue de l'argent aux retraités , c'est bien le paradoxe !
a écrit le 13/09/2018 à 12:03 :
Les salariés qui cotisent à l'Agirc /Arco vont avoir début 2019, 0,56 % d'e hausse de cotisation . Cette ponction va annuler la suppression de 0,3 % d'assurance prévue en Janvier. Pour le reste, Macron à ponctionné 7 milliards d'euros aux retraités. La consommation qui représente 60 % du PIB va forcément ralentir. Le prélèvement à la source va coûter 1,5 milliards aux PME/PMI , était-ce le moment! alors que le gouvernement souhaite redonner de la compétitivité aux entreprises ? On vient d'apprendre qu'il y aurait environ 100 milliards d'euros de manque à gagner pour l'état en raison de la fraude fiscale. Pour mémoire l'IR rapporte 85 milliards.
a écrit le 13/09/2018 à 11:56 :
La zone de l'union européenne et de l'euro agit comme "des vases communicants" voulue par le dogme "bruxellois" afin de l'uniformiser! De plus cette zone est une passoire! Donc rien de surprenant a ce que la France s'appauvrisse!
a écrit le 13/09/2018 à 11:39 :
pour mémoire :
http://business.freefrencharticles.com/index.php/2018/04/11/ubs-voit-les-perspectives-de-croissance-les-plus-brillantes-de-la-zone-euro-en-irlande-en-france/
en 2017, la croissance a été équivalente à celle de Allemagne, Danemark, Suède ou Luxembourg (Eurostat). supérieure à celle de Suisse (2 fois supérieure), UK, Italie ou Belgique. alors que la France est handicapée par le commerce extérieur, du fait d'un déséquilibre de la demande entre elle et ses partenaires.
nous venons de voir aussi que la France semblait aller à contre-courant sur la production industrielle avec une augmentation sur les 2 derniers mois contre une baisse en Europe (mais il est un peu tôt pour y voir une tendance durable).
les "problèmes d'offre" dont parle Alexandre ne sont absolument pas étayés. quand il y a de la demande chez les partenaires, la France peut avoir au moins un commerce à l'équilibre (ou un gros excédent, comme avec le UK).
et si les Français veulent du pouvoir d'achat, qu'ils prennent les nombreux jobs qui ne trouvent pas preneur. les difficultés de recrutement sont au plus haut, comme l'écrivait Les Echos en juillet. dans l'industrie comme dans la restauration, et comme dans des tas d'autres secteurs.
a écrit le 13/09/2018 à 11:36 :
Une taxe de rattrapage de la croissance.
Assise sur tous les revenus, elle sera compatible justice sociale, croissance avec les dents....pour les sans dents.
A quand un plan « tous millionnaires » M. Macron ?

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