Des tweets contre Daech

A la différence d'al-Qaeda, l'Etat islamique n'a pas besoin de ressources extérieures, il sait être autosuffisant. Par Michel Santi, économiste

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(Crédits : DR)

L'État Islamique est un Etat. Ne le minimisons donc pas car ce n'est qu'en apprenant à le connaître qu'on pourra le combattre efficacement. C'est en analysant les milliers de tweets des militants et des soutiens de Daech que des chercheurs parviennent aujourd'hui à mieux cerner l'EI et à cartographier ce que peut être la vie quotidienne dans les territoires sous son contrôle. Cette analyse a en effet révélé que Daech a mis en place un carnet de vaccination destiné à éradiquer les maladies infantiles, que l'EI a supprimé des programmes scolaires toute trace d'enseignement de philosophie, d'anglais et de français, ou a encore établi des règles strictes contraignant ses sujets à déposer leurs ordures dans des bidons plutôt que de les jeter par dessus bord...

Autant de protocoles dont les manquements sont sanctionnés par des amendes. Toujours est-il qu'une des priorités de l'EI semble être l'endoctrinement des enfants vivant dans les zones sous son contrôle car un effort particulier est mis sur l'apprentissage de la violence dès le plus jeune âge.

Objectif: unifier le territoire

Daech a donc sensiblement modifié sa stratégie ayant initialement consisté à imposer des règles draconiennes en matière d'habillement pour se consacrer désormais à l'unification du territoire (syro-iraquien) hétéroclite qu'il a conquis. L'objectif actuel de l'EI semble donc d'imposer une juridiction - voire une jurisprudence? - uniforme à travers la définition de seize départements centralisés. Pour ce faire, Daech a carrément publié des offres d'emploi sur les réseaux sociaux, tout en imposant un contrôle des prix et des loyers sur l'ensemble de la région sous sa botte. Il faut dire que l'EI a les moyens de son ambition puisque ses revenus mensuels sont de l'ordre de 80 millions de dollars, dont plus de la moitié est générée par la taxation, par des confiscations et par le trafic de stupéfiants, le reste provenant de recettes pétrolières.

 Non dépendant de donateurs extérieurs

Contrairement à al-Qaeda, le groupe terroriste le plus riche au monde n'est donc pas dépendant de donateurs extérieurs pour assurer sa survie. Voilà pourquoi, si elles ont certes affecté sa contrebande de pétrole, les frappes de la coalition n'entameront pas sensiblement ses revenus. Dans la victoire contre l'EI, l'argent est en effet le nerf de la guerre car il autorise sa marge de manœuvre, comme sa capacité d'attirer encore et toujours plus de combattants. Tant qu'il sera en mesure de lever des impôts et des taxes, de se livrer à son trafic de denrées légales et illégales afin de se structurer intérieurement, Daech se dotera jour après jour davantage des attributs d'un véritable Etat.

 Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

Sa page Facebook et Twitter.

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Commentaires 4
à écrit le 17/12/2015 à 15:44
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Certes, mais sans débouché commercial le pétrole brut n'a aucune valeur, même d'usage. Avoir un carnet de vaccination c'est bien, mais avoir des vaccins c'est mieux, et je doute qu'ils soient fabriqués sur place. La taxation n'est soutenable que...

à écrit le 17/12/2015 à 14:41
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"comme sa capacité d'attirer encore et toujours plus de combattants"... Je suppose que si c'est le cas, il faudrait peut-être se demander pourquoi. Non? Et l'ennemi, son analyse est interdite, je suppose, toujours... Sinon, en recherchant ottoman, j'...

à écrit le 17/12/2015 à 8:45
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La force de Daech est surtout notre faiblesse, notre matérialisme, notre manque de repères moraux et notre mollesse. Même sans argent, les fanatiques musulmans resteront une menace pour nos sociétés. Tout n'est pas question d'argent.

le 17/12/2015 à 14:45
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Et dire que, pourtant, il est possible de vivre sans religion ni sans trop de matérialisme. Presque désolant et qui risque d'éradiquer la race humaine.

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