Economie française : recherche confiance désespérément

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Au sein de la zone euro, et particulièrement en France, c'est la confiance des particuliers comme des chefs d'entreprise qui manque, pour faire vraiment repartir la croissance. Par Stéphanie Villers, économiste, Humanis

Les marchés connaissent la chanson depuis longtemps. Les indicateurs de confiance sont scrutés de près pour savoir si oui ou non, il convient d'investir dans telle zone, dans tel pays, ou encore dans tel secteur. Que ce soient le climat des affaires, le moral des ménages, les enquêtes auprès des directeurs d'achats ou encore le sentiment des investisseurs, tout ce qui relève de la psychologie des agents économiques est passé au peigne fin. Homo œconomicus est ainsi décortiqué par l'ensemble des analystes de la sphère économique et financière.

Or, le comportement des agents reste difficilement prévisible et modélisable. Pourquoi ? Les agents économiques ne sont pas aussi rationnels que la pensée néo-classique voudrait nous le faire croire. Les experts en modélisation économique s'échinent à analyser les courbes pour en déceler des tendances. Pour autant, il suffit de comparer les prévisions aux résultats pour se rendre compte à quel point il est difficile de tomber juste. Aucun modèle mathématique ne pourra modéliser les comportements des agents face aux aléas. L'économie est avant tout une science humaine. C'est pourquoi les explications ex-post se font beaucoup plus claires, mais en amont l'exercice reste périlleux.

Pour pallier à cette insuffisance, des indicateurs de confiance sont construits au travers d'enquêtes et de sondages menés par des instituts de statistiques nationaux ou internationaux (INSEE, Commission européenne, Eurostat, etc.) ainsi que par des organismes privés spécialisés. Les modèles économiques intègrent ces données fournis par exemple sur le moral des ménages, des entreprises ou encore des marchés pour définir leurs prévisions. Mais, ces éléments reflètent-ils la réalité et sont-ils suffisants et efficaces pour anticiper l'efficacité des actions des politiques économiques ? Rien n'est moins sûr. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les résultats sur l'inflation des actions menées par les banques centrales et en particulier la BCE.

Tout l'argent de la BCE sera vain sans la confiance

Des milliards d'euros ont été déversés sur la sphère financière sans effet sur l'indice des prix à la consommation. Pourtant, selon la théorie monétariste, celle qui inspire les banques centrales, la monnaie injectée au travers des rachats par la BCE aurait dû inciter les banques à prêter davantage aux entreprises pour se débarrasser de ce surplus de monnaie. L'accès au crédit « facile » était censé relancer l'inflation à travers la reprise économique. Dans la réalité, on a vu que les banques ont rechigné à prêter par manque de confiance dans les perspectives de croissance. Ce sentiment a été relayé par les entreprises qui, compte tenu de leur difficulté pour obtenir un crédit, ont baissé les bras et ont repoussé leurs projets d'investissement. Néanmoins, sans l'action de la BCE, la situation aurait vraisemblablement empiré. La zone euro risquait de sombrer dans une spirale déflationniste.

Au demeurant, même si la zone euro a bénéficié tout au long de l'année 2015 de facteurs bénéfiques apportés par la BCE et par la baisse du prix du pétrole, l'inflation n'est pas repartie et la confiance non plus. La BCE a alors décidé d'en rajouter davantage en mars. Mais rien ne nous dit, pour l'instant, si sa politique accommodante va faire mouche et donner enfin envie aux banques de prêter, aux entreprises d'embaucher et aux ménages de consommer. En outre, si d'aventure la BCE se décidait à verser directement des euros sur le compte bancaire des particuliers, rien ne peut nous assurer que ces derniers feraient le choix de les dépenser plutôt que de les épargner, ou d'acheter des produits de la zone euro plutôt que des produits importés. Au même titre que les banques, les ménages risquent d'afficher une préférence pour la liquidité.

La France, à la recherche désespérément de la confiance

Ainsi, la variable « confiance » reste extrêmement difficile à évaluer par les modèles économiques. Mais, cet élément est indispensable pour le soutien à la croissance. Il faut donc savoir la stimuler afin d'assurer l'efficacité des politiques menées, mais aussi pour soutenir la reprise. Reste à savoir comment, d'autant que le cas spécifique de la France laisse perplexe. L'économie française ne fait pas d'étincelles alors qu'elle bénéficie d'un environnement porteur inédit depuis 2015. Les taux d'intérêt sont bas, l'euro rend nos produits compétitifs à l'export et le pétrole bon marché allège nos coûts de production. Pour autant, la reprise reste invariablement décevante.

Des freins structurels seraient à l'origine de l'incapacité française à rebondir. Les réformes du marché du travail qui doivent être mises en place sont censées y répondre. Mais, seront-elles suffisantes pour satisfaire les entreprises ? Ces dernières vont-elles avoir envie d'embaucher de nouveau ? À en croire les premières réactions, les mesures n'assurent pas la flexibilité nécessaire pour permettre aux firmes françaises de relancer la création d'emploi. Tout ce qui est octroyé d'un côté laisse craindre un durcissement de l'autre. En d'autres termes, la fiscalité pourrait s'alourdir pour financer un déficit public qui peine toujours à respecter les critères de Maastricht.

Réforme du marché du travail: des dommages collatéraux à court terme

Dans un premier temps, plus de souplesse permettra aux entreprises d'ajuster leurs effectifs à leurs carnets de commandes et laisse craindre une augmentation conjoncturelle du chômage. Le moral des ménages pourrait en prendre un coup et la consommation avec. Les dépenses sociales, dont les allocations chômage, risquent de même de progresser et avec elles, les impôts pour compenser cette aggravation du déséquilibre des comptes publics. Il y a donc des dommages collatéraux à craindre de cette réforme du travail à court terme, avec par effet ricochet des effets dévastateurs sur le moral des ménages et sur le climat des affaires.

Toutefois, il reste difficile de prévoir à l'avance le comportement des agents économiques face au changement. Nombreux sont ceux à réclamer plus d'accompagnement et de pédagogie pour « faire passer les réformes ». Là encore, la psychologie des agents et leur confiance en l'avenir déterminent leur capacité à accepter un monde qui change et à croire aux bienfaits des réformes à long terme.

Le climat créé par les attentats

Rappelons que le contexte socio-politique actuel complique la donne. Le risque de répliques d'attentats ne permet pas d'assurer un climat de confiance et de sérénité. Certains économistes pensent néanmoins que la menace terroriste n'aura pas de réelle incidence sur l'économie, que les ménages et les entreprises en France vont accepter cette nouvelle donnée, somme toute, dramatique. Selon ces derniers, elle sera sans conséquence sur leur comportement d'achat, d'investissement, etc. Ils donnent en exemple Israël capable d'afficher de réelles performances économiques en dépit des tensions et conflits permanents. Il n'est pas certain que le contexte économique et géopolitique permette cette comparaison.

Pour rester sur un plan purement macro-économique, il est difficile d'envisager que le moral des Français ne soit pas heurté par ce climat d'incertitude et d'inquiétude alors qu'il est déjà vivement entaché par un chômage à 10%, des perspectives économiques atones, un modèle social remis en cause et des comptes publics invariablement en déséquilibre sans que la sécurité publique puisse être assurée de manière optimale. Pour relancer la machine, la confiance est indispensable. Or, le discours ambiant ne tient pas compte de la réalité et les projets socio-politiques n'offrent pas pour l'instant de dynamique pour entrevoir le bout du tunnel.

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Commentaires
a écrit le 29/03/2016 à 9:32 :
Je crois que vous avez raison... Mais que vous oubliez une raison majeure... Le climat anxiogène créé par l'attitude des médias qui tétanisent le pays avec des titres outranciers !!! Jetez un œil sur les titres en kiosque et vous serez édifiés... Personnellement, vivant à l'étranger, je suis frappé par cet acharnement médiatique a tout voir négativement, et de manière dramatique... En parlant avec des français, ils s'en rendent compte désormais largement et manifeste un agacement certain. Le système politico médiatique qui électrise le pays par des clivages brutaux a tout à perdre à continuer ainsi, et d'abord son lectorat et l'adhésion au politique. Je dois reconnaître que la Tribune à toujours su garder une certaine modération, ce qui n'est pas le cas de Valeurs actuelles (sic), le Figaro ou le Point....
a écrit le 29/03/2016 à 0:17 :
Abc
a écrit le 28/03/2016 à 19:17 :
la confiance , oui mais en qui ? : l'Europe ,incapable de rien hormis nous pondre chaque jour de nouvelles règles ou normes pour plaire aux lobbys ; la France avec une classe politique incapable de se réformer tant elle tient à ses privilèges , les citoyens sont bien conscients qu'ils sont victimes de cette curie ,réforme des retraites (par pour tous) maintenant réforme du travail, une nouvelle voie est à trouver avant que des extrémismes nous l'imposent
a écrit le 28/03/2016 à 19:10 :
Tout le monde veut de l'inflation: heureusement qu'elle n'arrive pas parce que notre pouvoir d'achat est en berne globalement. Si nous achetons actuellement, c'est grâce à cette inflation égale à zéro. L'accroissement du chômage diminue la masse monétaire dont on dispose. Dans notre situation, nous dépensons au plus juste. De toute manière, nos achats sont essentiellement des produits importés (textile, électroménager, automobiles) tant que nous ne produirons que des services, il n'y aura pas de développement de l"emploi dans les PME et chez les artisans. Nos exportations sont en berne. Ce n'est pas le code du travail différent qui fait que l'Allemagne est en meilleure forme que nous. C'est qu'elle a des produits industriels à vendre à l'étranger. Nos exportations viticoles sont de plus en plus en concurrence avec les productions de pays émergents à ce niveau de production tels que l'Afrique du Sud, le chili, l'Argentine. nos autres points forts d'exportations agricoles sont à la merci des cours mondiaux et des fermetures de marché dues aux embargos.
Même un retour à la confiance ( En quoi d'ailleurs?) n'apportera pas le souffle nécessaire à une reprise de nos activités industrielles qui ont disparu petit à petit. Relocaliser à grande échelle et rapidement devrait être le but de nos politiques si l'on ne veut pas voir disparaître le savoir faire français dans de nombreuses industries.
a écrit le 28/03/2016 à 16:19 :
Tout le monde veut de l'inflation: heureusement qu'elle n'arrive pas parce que notre pouvoir d'achat est en berne globalement. Si nous achetons actuellement, c'est grâce à cette inflation égale à zéro. L'accroissement du chômage diminue la masse monétaire dont on dispose. Dans notre situation, nous dépensons au plus juste. De toute manière, nos achats sont essentiellement des produits importés (textile, électroménager, automobiles) tant que nous ne produirons que des services, il n'y aura pas de développement de l"emploi dans les PME et chez les artisans. Nos exportations sont en berne. Ce n'est pas le code du travail différent qui fait que l'Allemagne est en meilleure forme que nous. C'est qu'elle a des produits industriels à vendre à l'étranger. Nos exportations viticoles sont de plus en plus en concurrence avec les productions de pays émergents à ce niveau de production tels que l'Afrique du Sud, le chili, l'Argentine. nos autres points forts d'exportations agricoles sont à la merci des cours mondiaux et des fermetures de marché dues aux embargos.
Même un retour à la confiance ( En quoi d'ailleurs?) n'apportera pas le souffle nécessaire à une reprise de nos activités industrielles qui ont disparu petit à petit. Relocaliser à grande échelle et rapidement devrait être le but de nos politiques si l'on ne veut pas voir disparaître le savoir faire français dans de nombreuses industries. Actuellement, nous ne vendons que grâce à des joint ventures de fabrication ou de services: cela rapporte du chiffre d'affaires mais peu d'emploi dans notre pays.
a écrit le 28/03/2016 à 13:59 :
Confiance (cf. Larousse): "sentiment d'assurance, de sécurité qu'inspire au public la stabilité des affaires, de la situation politique." Tout est dit dans cette simple définition.
Quant à modéliser les comportements, je peux donner des tuyaux sur les Logit, mais ne m'avancerai pas sur les résultats d'un modèle prévisionnel sur cette thématique...
a écrit le 28/03/2016 à 13:44 :
Réforme du marché du travail ou pas les patrons n'embauchent que si les commandes se développent. Ils profitent de toutes les carottes fiscales pour embaucher à moindre coût comme cette baisse de la tva octroyée aux restaurateurs qui aurait du entraîner une baisse des prix menus et relancer l'embauche... nous n'avons rien vu. Pire, maintenant ce sont les robots qu'il faudrait taxer sinon le mécanisme du partage des résultats du travail va exploser les caisses "sociales" ou salaires différés n'étant plus alimentées aussi dans cet environnement parler de confiance ....Nos politiques en sont responsables.
a écrit le 28/03/2016 à 10:39 :
Excellente analyse qui met le doigt sur le point essentiel qu'est la confiance .Contrairement aux sondages d'opinions qui peuvent plus ou moins refleter sur un échantillon reduit les intentions de votes des français ,je ne crois pas que des enquetes d'opinions sur l'indice de confiance soient pertinantes la situation est bien plus complexe .On sait que les français sont fourmis (ils économisent en moyenne 12 % de leurs revenus )contrairement aux américains qui sont plutot cigales (ils économisent 6 % en moyenne de leurs revenus )ce qui peu d'ailleurs expliquer que la sinusoïde de croissance aux USA ait une amplitude beaucoup plus marquée qu'en France tout ceci en periode '''normale ''',c'est à dire comme perçue sans risque par les consommateurs .Or il se trouve que le mirage de la reforme du travail par des licenciements rendus plus facile ne peut qu'accentuer la crainte des salariés et les pousser à etre encore plus fourmis qu'ils ne sont .Il est normal quand on à peur ,quand on a l'épée de Democles du licenciement au dessus de sa tete, d'en mettre plus voire beaucoup plus de coté pour faire face à des jours difficiles .La confiance des consommateurs deja fragilisée par la crise de 2008 ne peut que s'effriter davantage .Dans ces conditions on imagine mal le carnet de commande et le chiffre d'affaire des entreprises redemarer .Nous risquons donc une stagflation de croissance et l'emploie ne pourra que se degrader surtout si ce phenomene se repend dans le monde occidental zonne essentielle de nos exportations ;Nos dirigeants politiques et syndicats patronaux ont ils compris l’enjeu de cette problematique ! J'en doute fortement s'accusant mutuellement l'un l'autre d'etre responsable du chomage ..........
a écrit le 27/03/2016 à 23:27 :
Comment avoir confiance avec une clique politique qui ment comme elle. Respire (droite ou gauche et medef inclu)
Les 2000 milliards qui va les payer ?
Chaque année 80 milliards de dette en plus (2 fois l IR)
La lourdeur du travail alors qu'on ouvre les frontières est une folie!
Les travailleurs détachés !
Et si vous gagnez des sous le Rsi et les impots vous en prendront 75%

Quand il y aura un projet pour que la France retrouve ca place dans le
Monde la confiance reviendra

Il va bien falloir s'adapter à la mondialisation car n'oublions pas qu'on exporte
a écrit le 27/03/2016 à 21:13 :
La loi "travail" El Komhri, elle apporte quoi de rassurant pour les PME, TPE, commerçants ou artisans susceptibles de créer des emplois ? Rien !
Elle amplifie les droits des titulaires de CDI, notamment en terme de formation. Okles chomeurs et ex-étudiants seront donc plus demandeur que maintenant (si c'est possible!) de CDI : la belle affaire !
Si les petits employeurs ne signent pas de CDI (depuis 2012, moins de 13% des contrats sont des CDI : ce n'est pas par hasard!), c'est parce que ce type de contrat les inquiète, et apporte beaucoup de risques en cas de rupture de contrat. La loi El Komhri ne fait qu'amplifier le problème...
Et pour qu'un salarié signe un CDI, encore faut-il qu'on lui en propose...

Alors les CDI, ils ne sont pas près de revenir à la mode !
... donc la courbe du chômage n'est pas près de s'inverser, alors que les premiers contrats aidés signés par Hollande vont toucher à leur fin...
... Avec tout ça, les Français ne sont pas prêts de reprendre confiance !!
a écrit le 27/03/2016 à 12:40 :
La confiance ne se décrète pas et dans une société et un monde du travail où la défiance était déjà bien installée (avec l'expérience hasardeuse lancée depuis 2012), la société s'est désormais rétractée sur ses amortisseurs sociaux, l'Etat présenté comme sauveur et unique capacité d'investir.
Il y a désormais une aversion au risque qui n'est pas prêt de s'estomper en France.
a écrit le 27/03/2016 à 12:19 :
"La confiance pour faire repartir la croissance". Certes, mais pour avoir confiance, il faut aussi qu'il y ait de la croissance. C'est l'histoire du chien qui se mord la queue et qui tourne en rond. La croissance telle que la voudrait la finance, c'est terminé. Ca signifie que le modèle économique est obsolète. Toute vie a une fin et le capitalisme vicié par le néo-libéralisme est moribond. Il faut un autre modèle pour une autre croissance. Des jours sombres en perspective, le moribond va vouloir survivre le plus longtemps possible.
a écrit le 27/03/2016 à 11:49 :
Depuis quand le mot "confiance" fait-il partie du vocabulaire d'un homme d'affaire ? L'auteur de cet article a-t-elle déjà entendu parlé de "comptabilité analytique" ? Quand un entrepreneur calcul qu'embaucher une personne lui fait perdre du bénéfice, alors il évite de le faire. C'est la pression des charges associées à l'emploi qui freine l'économie, pas le code du travail qui de toutes façons est rarement appliqué à la lettre...

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