En finir avec la dette ?

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(Crédits : Reuters)
Les créanciers de la Grèce insistent depuis quatre mois sur les réformes et mesures à prendre. Mais quid de la viabilité de la dette grecque? Et comment effacer les montagnes de dettes accumulées? par François Leclerc, @fdleclerc

Les créanciers européens de la Grèce auront consacré ces quatre derniers mois à escamoter toute discussion sur la viabilité de la dette grecque et à focaliser l'attention sur des mesures présentées comme allant en permettre le remboursement. Seul le FMI a finalement fait entendre sa petite musique, dans le fil des interventions qui avaient aboutit à sa restructuration précédente.

Le Comité pour la vérité sur la dette publique grecque a rendu son rapport
préliminaire devant le Parlement grec, mais il est prévisible que, dans la même veine, il ne connaitra pas une grande publicité. Car ce document établit qu'il a été poursuivi comme objectif de protéger les banques européennes, puis que seuls 10% des prêts alloués ont été affectés aux dépenses du gouvernement, le reste dédié au remboursement des prêts antérieurs. Il établit aussi les raisons pour lesquelles la dette est « illégale, illégitime et odieuse » et fournit une argumentation juridique justifiant d'unilatéralement en suspendre le remboursement, et même de partiellement l'annuler.

Quoiqu'il en soit, la lancinante question de la dette va revenir sur le tapis, car elle est loin de concerner seulement la Grèce. Des pays comme le Japon, les États-Unis et l'Italie font également face à une dette monstrueuse, et le cas de la Grèce n'est que l'expression particulière du cas général. La dette continue de grossir en dépit des tentatives de la juguler : plafonnements provisoires du déficit budgétaire aux États-Unis ou carcan fiscal en Europe. Au Japon, la moitié du budget de l'État est financé par l'endettement.

Une pléiade de solutions... sur le papier

La dette a la vie dure, et un débat aborde timidement la manière de la supprimer. Sur le papier, une pléiade de solutions sont proposées.
Certains proposent d'étaler son calendrier de remboursement, ce qui a pour effet de diminuer chaque échéance mais d'accroître le coût global du crédit au profit des rentiers, et d'accroitre les inégalités.
D'autres, poursuivant cette logique, vont jusqu'à proposer l'émission de dette perpétuelle - dont seuls les intérêts sont payés tant qu'elle n'est pas rachetée pour être éteinte - afin de soulager le service de la dette au prix de la formation d'une énorme bulle obligataire dont on devine le sort.

Le refus allemand de la mutualisation

Dans le cas particulier de l'Europe, les partisans de la mutualisation de la dette se sont manifestés, mais le débat à ce propos a tourné court devant le refus allemand catégorique d'envisager l'émission d'euro-obligations. Celle-ci aurait un effet apaisant sur les taux en aplanissant le risque, mais elle reviendrait à augmenter le montant des intérêts des pays les moins endettés.

Une position de repli a été trouvée par d'autres, en suggérant que les États bénéficient comme les banques commerciales d'un guichet auprès des banques centrales, qui deviendraient également leur prêteur en dernier ressort. Ce qui aboutirait à faire disparaitre le problème au prix d'une hasardeuse innovation en matière monétaire. En plus sophistiqué, enfin, Adair Turner a proposé que les banques centrales puissent acheter des titres de dette perpétuelle qui seraient émis en vue de les échanger avec le stock des titres existants.

Une occasion en or de remettre à plat le système financier

Que reste-t-il afin de boucler ce bref tour d'horizon si ce n'est le défaut ? Avec comme argument contraire, mille fois répété, qu'il ruinerait les petits épargnants, occultant la possibilité de les protéger en procédant à des échanges de titres. Cette option représenterait pourtant une occasion en or de remise à plat du système financier, sa régulation s'épuisant avant même d'avoir atteint le shadow banking. La réforme du système monétaire international qui est en suspens pourrait ainsi voir son domaine considérablement élargi à l'occasion d'une nouvelle grande conférence internationale, qui n'est pas dans l'air du temps il est vrai.

Toucher d'une manière ou d'une autre à la dette, c'est redistribuer la richesse existante. Mais ce ne sont pas les mêmes qui en bénéficieront ou qui en feront les frais selon la manière de procéder. Cette question est donc étroitement liée à celle de l'inégalité, qui pourra soit être résorbée, soit encore s'accentuer. Des organisations comme le FMI - qui n'a jamais cessé de travailler sur le dossier de la dette, comme le montre une étude récente - ou l'OCDE s'inquiètent désormais des effets négatifs des inégalités sur l'activité économique.
Cette dernière  a innové en associant l'accroissement du crédit avec le ralentissement de l'économie, indiquant la piste à suivre.  Le FMI a constaté que « une période prolongée d'inégalités plus élevées dans les économies avancées a été associée à la crise financière en renforçant l'endettement par effet de levier (...) et en permettant aux groupes de pression de pousser vers plus de dérégulation financière ». Christine Lagarde expliquant « si vous voulez une croissance durable, vous devez générer une croissance plus équitable ». La résorption des inégalités va devenir une question aussi lancinante que celle de la dette !

Combien de temps ces deux questions dérangeantes vont-elles pouvoir être écartées ?

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Commentaires
a écrit le 05/07/2015 à 14:57 :
Le role principal des politiques et des responsables des grandes institutions internationales est de prevoir. Madame Lagarde, a l'instar de Mme Yellen, semble avoir ete vicitme d'une longue cecite. Les rats tenteraient t-ils de quitter le navire ?
a écrit le 23/06/2015 à 18:55 :
Sur 4000 milliards, 2 milliards iraient avec l’économie réelle: les dettes étant purement spéculatives, on peut donc planter allégrement, non?
a écrit le 23/06/2015 à 18:04 :
"Le refus allemand de la mutualisation" : J'espère que l'Allemagne restera toujours aussi ferme dans son refus, que ce soit maintenant Mme Merkel et un ou une autre après elle. Ce serait la porte ouverte à dépenser encore et encore en faisant supporter sa gabegie aux pays bon gestionnaire de leur économie.
Réponse de le 23/06/2015 à 18:48 :
sauf que pour certains historiens le non-remboursement des dettes de l'Allemagne après les deux conflits mondiaux serait à l’origine du miracle allemand d’après-guerre!!! Petit détail qui a quand même son importance, non?
a écrit le 23/06/2015 à 14:39 :
La réduction des inégalités, peut-être souhaitable, mais fruit de la mondialisation, est surtout mise en avant pour empêcher d'être lucide sur le reste; le problème de la dette publique, la création de monnaie à gogo(s), sont ama des problèmes autrement plus sérieux, car le flou qui entoure ces questions empêche tout citoyen de construire son avenir, de gérer un patrimoine, et de préparer sa retraite. Comment en effet être responsable de soi, et de sa famille, s'il n'y a plus rien en quoi se fier, à commencer par la monnaie? Voilà la grande question. Comment les assurances peuvent-elles nous couvrir, notamment pour la préparation de notre vieillesse? Comment préparer le futur qui s'annonce difficile? Doit-on se reposer sur l'Etat et nos gouvernants quand à l'évidence leur seul objectif est ce qui se passera le mois suivant ou à la prochaine élection? Se moquer du devenir de notre monnaie, c'est privilégier le court terme aux dépends du long terme: après moi le déluge, ce qui est une attitude évidemment égoïste..
a écrit le 23/06/2015 à 11:54 :
Merci pour cet article qui rappelle que la dette ce n'est pas que le problème de la Grèce. C 'est un problème mondial. Si aucune solution n'est apportée pour diminuer le poids de la dette, pas de réduction des inégalités, pas de transition énergétique, pas de développement économique dans le futur.

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