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Faire le choix de la Défense conventionnelle

Jean-Marie Collin et Jean-Marc Pasquet

Publié le 19 janvier 2017 à 10:44

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'armée traditionnelle est à bout de souffle. Il est temps de redéployer une partie des moyens de la force de dissuasion vers la Défense conventionnelle. Par Jean-Marie Collin, consultant Défense et Jean-Marc Pasquet, président du think tank Novo Ideo.

Le temps de cette élection présidentielle n'aura jamais été aussi propice pour repenser la question fondamentale de la sécurité des français. Traditionnellement, celle-ci se jouait sur les théâtres d'opérations extérieures. Les évènements exceptionnels que nous vivons font que la donne a été largement bouleversée. Malheureusement cette insécurité globale fait ressortir le risque de marginalisation qui pointe sur nos forces armées conventionnelles. Face à cela, un nouveau temps stratégique de notre Défense Nationale s'impose.

Les forces militaires françaises - et particulièrement terrestres - n'ont jamais été autant sollicitées ces derniers mois. De l'opération Sentinelle aux actions en dehors de nos frontières, nos forces sont mobilisées sur plusieurs fronts. Sauf à ne pas regarder la réalité en face, notre armée court le risque de son propre essoufflement.

Des blindés vieux de 40 années

Pourtant, avec 32,7 milliards alloués en 2017 aux forces armées, les hommes et les femmes que nous engageons sont encore trop souvent maltraités. Ils sont toujours transportés dans des véhicules de l'avant blindé vieux de 40 années. Nos hélicoptères surchauffent et sont en partie obsolètes. Des navires sont « noyés » devant l'étendue de notre zone économique exclusive, près de 11 millions kilomètres carré. Notre déficit sous marin est également connu. Enfin, il n'est pas normal que des soldats ponctionnent leur solde pour améliorer leur équipement de protection.

Face à ces manques, augmenter le budget de la défense pour arriver à la norme prônée par l'OTAN de consacrer un niveau minimum de dépenses de défense de 2 % du produit intérieur brute, peut-être une solution. Mais l'augmentation de moyens financiers ne servira partiellement nos objectifs, si ceux-ci vont en priorité aux forces non conventionnelles. Celles du temps où notre ennemi principal était circonscrit derrière un rideau de fer.

Redéployer en faveur des forces conventionnelles

Sur les 17,3 Milliards d'euros des crédits actuels d'équipement, 3,87 sont destinées en 2017 aux seules forces de dissuasion nucléaire. Le budget alloué à cette dissuasion va doubler à l'horizon 2020/2022. Une tension sans précédent va s'exercer sur les crédits équipements. La ligne « Opérations d'armement » (près de 6,7 milliards) pourra t-elle être doubler aussi ? Evidemment non. Il nous faut donc faire des choix.

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Aujourd'hui, nous posons la question de la cohérence et d'adéquation entre nos forces conventionnelles et nucléaires. Nous ne pouvons pas nous permettre de calibrer notre effort budgétaire à l'aune de demi-choix stratégiques. Il est temps d'inverser cette politique et d'opter pour un réel redéploiement des budgets en faveur de nos forces conventionnelles.

Repli des forces de dissuasion

Le repli de nos forces de dissuasion répond à nos obligations internationales au titre du Traité de non prolifération nucléaire. Et, de manière essentielle, le redéploiement de ressources qu'il permet doit écarter définitivement le risque de paupérisation de nos forces armées.

Les menaces les plus fortes sont le terrorisme international et la déstabilisation d'Etats par ces mêmes groupes. Le risque étatique ne peut jamais être exclu, mais notre monde est globalisé, interdépendant et si nous créons des fonds destinés à financer des partenariats par exemple avec l'Union Européenne, c'est que nous avons confiance en l'avenir des relations entre Etats. Nous devons également développer avec les Etats africains une relation de partenaires pour co-construire la paix, la sécurité et le développement de nos continents. Le réchauffement climatique comme les catastrophes naturelles sont des sources supplémentaires de déstabilisation de nos sociétés susceptibles d'engendrer des déplacements massifs de populations.

Délester l'armée de la pression liée à la protection du territoire

Tout cela nécessitera notamment un investissement massif sur les technologies spatiales et de renseignements. Cette réallocation de nos ressources ne peut prendre le risque de la dispersion.

Sur un plan intérieur, nous devons penser notre sécurité de manière plus agile avec nos forces classiques. La création de la Réserve citoyenne est une étape. Dans l'espace public où le maniement des armes nécessite de longues formations, nous devons renforcer nos forces d'équipes professionnelles, y compris par des partenariats avec des sociétés spécialisées, en délestant notre armée d'une partie de la pression liée à la protection du territoire.

Trois mois de classes pour les jeunes

Enfin, notre société montre depuis plusieurs mois sa remarquable capacité de résilience et à se réinventer. Elle doit être activée de manière plus dynamique avec la création d'un service civique. Nous proposons qu'une période de classes de trois mois soit obligatoire pour tous les jeunes de moins de 20 ans. Cette priorité stratégique doit permettre, outre de détecter et d'ouvrir des vocations aux carrières et métiers de la Défense, de recréer un lieu de mélange massif entre nos populations. Pour d'autres qui le souhaitent, cette période de classes se prolongera dans une formule citoyenne en intégrant y compris des formules civiques et éducatives.

Le saupoudrage est une perte économique, c'est également une source d'accroissement de risques. Le contrat de réassurance avec les français doit également résorber la fracture qui s'est créé avec certains d'entre eux.

Jean-Marie Collin, consultant Défense

Jean-Marc Pasquet, Président du think tank Novo Ideo

Jean-Marie Collin et Jean-Marc Pasquet

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