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OPINION. « Si le G7 veut corriger les déséquilibres économiques mondiaux, il doit commencer par traiter ceux dont il est directement responsable »

Tribune collective

Publié le 13 juin 2026 à 06:05

Photo d'illustration de l'article

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Tom Nicholson - reuters

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

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Dans quelques jours, la France accueillera à Évian les dirigeant·es des pays parmi les plus puissant·es au monde lors du sommet du G7.

Dans un contexte international marqué par les conflits, l’instabilité économique, l’augmentation des inégalités sociales, une crise énergétique sans précédent et l’aggravation des crises climatique et environnementale, la présidence française a choisi d’inscrire à l’agenda la « réduction des déséquilibres macroéconomiques mondiaux ». Si le constat est juste et l’ambition nécessaire, le diagnostic reste incomplet.

Réduire les déséquilibres de l’économie mondiale suppose d’en assumer les origines : ces fractures ne sont pas des accidents de l’Histoire. Elles ont été construites et alimentées, et le sont encore, par des logiques d’exploitation et de dépendance que les pays du G7 ont érigées en systèmes, et qu’ils perpétuent, souvent sans les nommer, dans leurs choix économiques d’aujourd’hui, avec des répercussions sociales dramatiques. Évian doit être l'occasion de regarder en face ce que le mot « déséquilibre » tend précisément à lisser.

Mais la France a fait l’impasse sur certains déséquilibres majeurs qui gagneraient à être mis à l’agenda des discussions.

Le premier est celui de la dette qui asphyxie les pays du Sud. Aujourd’hui, de nombreux pays consacrent davantage de ressources au remboursement de leur dette qu’à la santé, à l’éducation, à la sécurité alimentaire ou à la protection sociale. Plus largement, les flux financiers se sont inversés : les pays du Sud envoient vers les pays du Nord davantage d’argent qu’ils n’en reçoivent, sous l’effet combiné du service de la dette, du rapatriement des profits et des sorties illicites de capitaux. Ce système prive des centaines de millions de personnes, et de manière disproportionnée les femmes et filles, des ressources indispensables à la réalisation de leurs droits fondamentaux et à la lutte contre un changement climatique dont elles subissent les pires conséquences alors qu’elles n'en sont pas responsables.

Le deuxième déséquilibre est celui de l’extrême concentration des richesses. Alors que des milliards de personnes font face à une explosion du coût de la vie et à une intensification des conflits et des catastrophes climatiques, la fortune cumulée des milliardaires à travers le monde atteint des sommets : 18 300 milliards de dollars - soit environ le PIB de la Chine. De plus en plus de voix s’élèvent aux quatre coins de la planète, exigeant des mesures concrètes pour limiter la mainmise d’une infime minorité sur une part croissante de la richesse mondiale, condition sine qua non pour réduire les fractures sociales et économiques et renforcer les démocraties.

Le troisième déséquilibre réside dans un système fiscal international obsolète qui permet encore aux multinationales et aux plus grandes fortunes de contourner les règles fiscales, de déplacer artificiellement leurs bénéfices et de réduire leur contribution à l’intérêt général, privant les États de recettes essentielles pour financer les services publics, la réduction des inégalités et l’action climatique.

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Le quatrième déséquilibre est celui des super-profits indécents réalisés sur le dos des crises. Dans les secteurs de l’énergie, du transport maritime, de l’agroalimentaire ou de la finance, certaines grandes multinationales profitent des guerres, des tensions géopolitiques et des perturbations économiques pour accroître leurs marges, tandis que des centaines de millions de personnes peinent à joindre les deux bouts et voient leurs conditions de vie se dégrader à vue d’œil.

Le cinquième déséquilibre est celui de l’affaiblissement de la solidarité internationale. Alors qu’elle n’a jamais été aussi nécessaire pour répondre aux urgences humanitaires, sociales et climatiques, l’aide publique au développement subit des coupes sans précédent de la part des pays du Nord. Entre 2024 et 2025, elle a baissé de 23% à l’échelle mondiale, traduisant un recul préoccupant de la responsabilité collective et du principe de solidarité internationale.

Les déséquilibres mondiaux ne sont pas des abstractions techniques, ce sont des choix politiques. Derrière les indicateurs macroéconomiques, ce sont des vies qui sont en jeu. Au cœur de ces déséquilibres se trouve l’injustice économique, la manière dont les richesses sont produites, réparties et utilisées au bénéfice de quelques-uns plutôt que du plus grand nombre. Cette injustice alimente les inégalités sociales, de genre et territoriales, fragilise les droits humains et compromet la transition écologique.

Les pays du G7 ont une responsabilité particulière : ils représentent 45% du PIB, 30% des émissions de CO2 et 69% de l’aide publique au développement mondiaux. A ce titre, ils peuvent et doivent débloquer des solutions ambitieuses pour restructurer les dettes souveraines, renforcer la coopération fiscale internationale, taxer les grandes fortunes et les super-profits, financer la solidarité internationale et la réponse à la crise climatique et engager une transition agricole et alimentaire de long terme.

La France n’est pas seulement l’hôte de ce sommet ; elle joue un rôle de premier plan au sein des grandes institutions financières internationales. Cette présidence du G7 n’est pas un simple exercice protocolaire, c'est une occasion dont elle doit se saisir pour refonder les règles du jeu économique mondial, trop souvent écrites au bénéfice des plus forts, pour les rendre justes et inclusives. Pourtant, Emmanuel Macron a préféré sécuriser la participation de Donald Trump au G7 d’Évian, quitte à effacer de l’agenda du sommet les enjeux climatiques et les questions de genre pour ménager le président américain. Les six autres pays du G7 doivent tenir tête aux États-Unis en défendant le droit international et le multilatéralisme.

Si Emmanuel Macron, à la tête de son dernier G7, veut réellement s’attaquer aux déséquilibres macroéconomiques mondiaux, il ne peut continuer à ignorer ceux qui sont au cœur du problème. Tout autre horizon relèverait de l’affichage politique et laisserait se poursuivre un système économique qui concentre les richesses, aggrave les inégalités et compromet l’avenir de milliards de personnes, laissant le champ libre aux politiques inégalitaires et autoritaires.

L'heure n'est plus aux déclarations d'intention. Elle est aux actes.

_______

Signataires :

  • Perrine Benoist, Co-Directrice Générale, Action contre la Faim
  • Gilliane Le Gallic, Présidente, Alofa Tuvalu
  • Gaspard Tamagny, Président, Alternatiba
  • Anne Savinel-Barras, Présidente, Amnesty International France
  • Virginie Amieux, Présidente, CCFD-Terre Solidaire
  • Adrien Chaboche, Délégué Général, Emmaüs International
  • Cécile Duflot, Directrice générale, Oxfam France
  • Morgane Créach, Directrice générale, Réseau Action Climat
  • Fanny Petitbon, Responsable France, 350

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