Iran  :  le gouffre entre riches et pauvres sert de terreau à la révolution

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Pompes à essence détruites le 20 novembre après les manifestations de colère provoquée par la hausse de prix du carburant, qui se sont transformées en contestation générale du régime dans un contexte de crise économique et d'inégalités croissantes.
Pompes à essence détruites le 20 novembre après les manifestations de colère provoquée par la hausse de prix du carburant, qui se sont transformées en contestation générale du régime dans un contexte de crise économique et d'inégalités croissantes. (Crédits : Reuters)
OPINION. La société est complètement polarisée et, avec trente millions de jeunes, ce soulèvement ne cessera pas de si tôt. Par Hamid Enayat, analyste iranien et militant des droits humains, basé en Europe.

« Aujourd'hui, tous les moyens de subsistance sont concentrés entre les mains d'un groupuscule d'aristocrates, et la majorité des gens ont besoin de programmes de soutien du gouvernement. Dès qu'il annoncera l'envoi de fonds de soutien pour au moins 60 millions de citoyens, cela signifiera que la classe moyenne a disparu pour devenir une classe inférieure », a écrit le journal officiel Arman le 7 décembre 2019 à propos de l'écart abyssal entre la majorité pauvre et la minorité aristocratique en Iran.

L'utilisation des ressources de l'État dans les politiques militaires et la formation de diverses milices, comme le Hezbollah au Liban ou le Hashdoshabi en Irak, ont provoqué un énorme fossé social en Iran, où la classe moyenne n'existe plus. L'Iran est devenu une société complètement bipolaire. Selon un analyste proche du régime, contrairement à d'autres pays où les gens s'enrichissent d'abord et trouvent ensuite un moyen d'accéder au gouvernement, en Iran, les gens entrent d'abord au gouvernement et deviennent ensuite riches.

Aversion à l'égard du régime

Cet énorme fossé social s'accompagne d'aversion à l'égard du régime. Le journal officiel Jomhuri Eslami a écrit : « Le prix de l'essence n'était qu'une étincelle qui a enflammé l'entrepôt de poudre à canon qui a été mis au jour le dernier week-end de novembre ». D'ailleurs, le journal des jeunes pasdaran a ajouté le 6 décembre 2019 : « L'explosion a été un facteur menaçant pour la sécurité du pays (pour ne pas dire « la sécurité du système tout entier ») et lui a causé de sérieux dommages. »

Le journal officiel Arman a prévenu : « La vie des pauvres se complique de jour en jour (...) Si nous n'écoutons pas leurs voix, les prochaines manifestations seront plus difficiles à gérer. » Le fait est que les conditions qui ont déclenché le soulèvement de novembre, telles que la crise économique, la pauvreté, la faim et le chômage, continuent d'augmenter.

Aucun espoir de trouver une solution

Il n'y a aucun espoir quant au fait de trouver une solution à ces problèmes. Le régime des mollahs n'abandonnera certainement pas sa politique militaire et le soutien de centaines de milliers de milices à travers le Moyen-Orient. La politique militariste de Téhéran sera l'un des deux piliers du maintien de ce régime et l'abandon de ces piliers entraînerait son propre effondrement.

Un analyste proche du régime a souligné au journal officiel d'Arman le 7 décembre 2019 : « La chaîne que nous avons autour du cou perd chaque jour des grains et finira par nous serrer la gorge. Chaque grain est une partie de la société iranienne. Si le gouvernement ne trouve pas aujourd'hui le moyen de répondre convenablement aux exigences de la population, il reviendra avec ses revendications».

Depuis que le soulèvement de 2017 a été déclenché sur une base économique, il n'y a pas eu d'ouverture économique à ce jour, sauf à cause du fossé social qui s'est creusé ; la population souffre car elle touche s'appauvrit de jour en jour. Puis, l'explosion de novembre a eu lieu.

« L'ennemi pense à la sédition depuis deux ans. Ils ont investi dans ce plan et ils viendront le chercher après le Liban et l'Irak. Leur but est de renverser le système », a déclaré Masumi, l'imam de la prière du vendredi de Rudian dans la province de Semnan.

Un grand nombre de jeunes au chômage

Plus de 30 millions d'Iraniens ont entre 15 à 24 ans. La plupart d'entre eux sont au chômage, surtout les jeunes instruits. Ces jeunes n'ont pas de projets ou de rêves pour leur avenir. En y croyant, ils ont touché le fond. Il semble très naïf d'accepter le fait que les mollahs prétendent que ce soulèvement est terminé. C'est peut-être la raison pour laquelle le mollah Mousavi, l'imam de la prière du vendredi à Shahreza, a déclaré : « Les ennemis du système sont en embuscade, la sédition qui a commencé, n'est pas encore terminée. »

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a écrit le 14/12/2019 à 14:43 :
Excès de naissances et concentration urbaine de jeunes sans emploi a toujours fini en risques de conflits, et pas que mondiaux !
Les dites "civilisations" remplies d'irresponsables de soi, attendant trop des autres, de groupes "semblables" sans se choisir dans la maîtrise de ses créations plus diversifiées et autarciques saines..., sans comprendre la nécessité du CHOIX de ses énergies lumineuses et autonomes..., on y est !
a écrit le 14/12/2019 à 14:42 :
Excès de naissances et concentration urbaine de jeunes sans emploi a toujours fini en risques de conflits, et pas que mondiaux !
Les dites "civilisations" remplies d'irresponsables de soi, attendant trop des autres, de groupes "semblables" sans se choisir dans la maîtrises de ses créations plus diversifiées et autarciques saines..., sans comprendre la nécessité du CHOIX de ses énergies lumineuses et autonomes..., on y est !
a écrit le 14/12/2019 à 3:10 :
Le peuple de Perse se soulevera et la malheur aux mollahs.
a écrit le 13/12/2019 à 22:03 :
Les manifestations en Iran déclenchées par l'augmentation du prix des carburants, un peu comme en France, réjouissent certains pays comme pour les manifs à Hong Kong.
Il faudrait indiquer les raisons économiques à l'origine de ces manifestations : les sanctions impériales US en particulier et son programme de guerre hybride dite "Pression maximum", dont la déconnexion du réseau Swift des banques iraniennes. L’analyste Sharmine Narwani, en se basant sur les récents sondages, atteste un réel mécontentement de la population pour des raisons économiques, mais elle apporte son soutien massif à la politique étrangère de Téhéran.
a écrit le 13/12/2019 à 14:01 :
Aristocrates, bourgeois, militaires, financiers et-c... une oligarchie reste une oligarchie à savoir concentrée sur la seule volonté de conserver le pouvoir et donc sur ses seuls intérêts au détriment de tous les autres.

Le parti politique relève du même phénomène, et pas besoin d'aller en Iran pour le constater, chacun de nos partis se concentre d'abord sur sa préservation et donc sur ses intérêts avant celui des citoyens.

Le lobby en étant la résultante la plus frappante du fait du conservatisme le plus anti progressiste qu'il soit qu'il impose à des milliards de citoyens pour son seul intérêt à savoir l'intérêt de quelques centaines de milliers d'individus au mieux.

Une caste est condamnée à décliner en préservant le pouvoir, les kurdes, civilisation la plus avancée du monde car autogestion, pas nouvelle certes mais massacrées par les pouvoirs européens dès leurs naissances et pour cause, ça marche, l'ont bien compris.
a écrit le 13/12/2019 à 13:48 :
Iran : le gouffre entre riches et pauvres sert de terreau à la révolution

En France aussi.

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