L'économie n'est pas une science morale

 |   |  463  mots
(Crédits : DR)
Opposer des Allemands censés être vertueux à des Grecs paresseux ne correspond à aucune réalité économique. Les gains de productivité dans le tourisme ne peuvent être équivalents à ceux de l'industrie. Par Michel Santi, économiste

Le tourisme représente 20% du P.I.B. grec. En fait, hormis les facilités offertes de nos jours par internet pour réserver ses vacances et pour la promotion des lieux touristiques grecs, ce secteur bien particulier reste très similaire aujourd'hui à ce qu'il était il y a vingt-cinq ans. Les métiers liés au tourisme exigent comme on le sait un labeur intensif se déclinant en transports aérien, maritime et routier, en restauration, en guides, etc. Autant de professions nécessitant une grande masse de travailleurs pour cuisiner, servir, conduire, nettoyer, amuser qui investissent un nombre d'heures important dans leur gagne-pain... Voilà pourquoi la quantité produite par heure et par personne n'a pas augmenté notoirement en Grèce (dans ce secteur crucial du tourisme) depuis quelques décennies.

L'efficience de l'industrie allemande

Pourquoi ne pas comparer le secteur grec du tourisme à l'industrie automobile allemande dont la production a doublé ces 15% dernières années grâce à des gains importants en productivité ? Selon l'OCDE, la valeur créé par heure en Allemagne a en effet augmenté de 40% sur cette même période. Les allemands ne doivent donc pas leur belle croissance de ces dernières années à un sens moral aigu ou à leur frugalité exemplaire. Le citoyen allemand n'est pas supérieur, ni plus intelligent, que le grec ou que l'italien. C'est tout simplement l'efficience et la productivité de son industrie qui sécrète cette croissance allemande, tandis que la productivité d'une économie édifiée sur le secteur du tourisme peine logiquement à rattraper et à se mesurer à une activité économique -comme celle de l'Allemagne- très sensible aux innovations et aux rationalisations technologiques.

Les grecs ne sont pas paresseux

Les économies allemande et grecque (pour ne citer que ce pays) produisent donc différentes sortes de produits et de services. Alors que l'industrie allemande évolue au gré des percées et des inventions, la qualité du tourisme grec exige aujourd'hui un nombre d'heures travaillées identiques à il y a 25 ans. Contrairement à ce que pensent les allemands et les autres peuples du Nord de l'Europe qui se qualifient fièrement de « fourmis », les grecs ne sont pas paresseux. Et les déboires européens n'émanent pas d'une confrontation entre des allemands qui seraient moralement irréprochables à des grecs (à des italiens, à des portugais, etc.) qui se complairaient à vivre dans le péché.

Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

Sa page Facebook et Twitter.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 29/03/2016 à 15:18 :
Certes l'économie ne connait que l'efficacité comme valeur mais les politiciens et les journalistes, les profs, ont le devoir moral d'expliquer l'économie avec sincérité, sans idéologie ni arrière pensée politique.
a écrit le 29/03/2016 à 15:10 :
c'est pas bien de faire de la mauvaise propagande mr santi
le pb n'est pas que les grecs soient paresseux, et vous le savez bien
le pb c'est que leur ' output' n'a rien a voir avec leurs pretentions salariales ( un peu comme les jeunes qui ne savent rien faire, et qui refusent de travailler en dessous de 10 ou 20.000 euros nets/mois)
sachant que le taux de salaire reel vaut la productivite....
en outre leur pb n'est pas d'etre paresseux, mais... tricheurs ( un peu plus que les francais, meme, c'est dire!)
maquiller les comptes et magouiller, ca va quand on finance ses conneries par de l'inflation keynesienne ' payee par personne' en economie fermee...
quand on vit dans une communaute, on en respecte les regles
( c'est vrai AUSSI pour les pays qui ont une exception culturelle et refusent donc de faire les changements structurels, si vous voyez a quel pays je pense...)
a écrit le 29/03/2016 à 13:20 :
Santi et Godin seraient-ils par hasard mariés à des Grecques pour délirer comme ils le font ? Les Grecs sont paresseux, peu fiables et dotés d'une culture qui n'est pas européenne. Leur culture et leur style de vie sont ce qu'ils sont, et louables pour eux, mais pas pour les autres. Ce qui alimente la confusion, c'est le fait qu'il y a plusieurs millénaires, des immigrés (pour employer la terminologie actuelle), les métèques, ont apporté à Athènes une partie de la civilisation (principalement les principes philsophiques) que l'Occident utilise aujourd'hui. Le monde a beaucoup évolué depuis, mais pas les Grecs qui ont largement adopté la culture des envahisseurs ottomans, qui sont restés près de 500 ans et pas un weekend comme les touristes :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :