L'enjeu du foncier, au cœur de toutes les batailles  !

OPINION. Alors que, venus du fond des plaines, les échos d'une bataille pour un territoire d'industries obsolètes témoigne du risque d'un retour, toujours possible, vers des temps que l'on disait révolus, dans notre France en crise, la question foncière revêt, sous des formes nouvelles, une importance cruciale pour l'avenir du pays. Par André Yché, Président du conseil de surveillance chez CDC Habitat.
(Crédits : DR)

Avenir industriel tout d'abord : si nous ne trouvons pas, à brefs délais, l'organisation et les moyens pour assurer la reconversion d'une dizaine de friches industrielles de grande taille susceptibles d'accueillir les « méga-factories » de demain, destinées à produire les piles, les circuits imprimés et tous les composants micro-électroniques qui constituent aujourd'hui le maillon faible de notre souveraineté et la principale faille dans le process de révolution écologique, ne nous y trompons pas ! Ces centres de production du futur, censés nous libérer de la dépendance asiatique, qu'elle soit chinoise, coréenne ou taïwanaise, trouveront à se localiser ailleurs en Europe, en Pologne, en Tchéquie ou en Espagne.

Et si nous ne prenons pas à bras-le-corps la problématique, bien connue, de la reconfiguration de dizaines de centres commerciaux impactés par le commerce électronique, nous prendrons un retard considérable dans le réaménagement de nos entrées de ville, dans le reprofilage du tissu urbain autour de nouveaux quartiers, susceptibles de recréer une continuité entre des zones commerciales obsolètes et des banlieues vieillissantes en favorisant une diversité d'usage et de peuplement.

Ces chantiers revêtent désormais le caractère d'une double priorité : économique, technologique et industrielle, car si nous n'accueillons pas les pôles industriels de demain, nous serons relégués aux fonctions de sous-traitance vis-à-vis de donneurs d'ordres implantés au-delà de nos frontières. Et si nous ne constituons pas d'urgence le maillage de plateformes logistiques indispensables pour assurer l'insertion de nos activités de production dans des filières « globalisées », nous serons les « parents appauvris » de la réindustrialisation du continent européen.

Mais aussi priorité environnementale : la mise en œuvre du principe de « Zéro artificialisation nette » des sols, sur lequel le Parlement a décidé de se pencher après en avoir fixé le cadre, soulève de multiples questions, dont la moindre ne sera pas son fort impact sur les finances publiques des villes moyennes et des bourgs qui, depuis un demi-siècle, bénéficiaient continument des produits engendrés par les décisions de constructibilité liées à la construction de nouveaux quartiers pavillonnaires, tant prisés par les primo-accédants des classes moyennes de la France issue des « Trente Glorieuses ».

Pour éviter un véritable « effet de ciseaux » provoqué par la raréfaction du foncier constructible, l'explosion des coûts des matériaux et la hausse des taux d'intérêt, toutes évolutions issues des multiples perturbations que connaissent les marchés financiers mais aussi les circuits d'approvisionnement, la reconversion foncière est la seule issue permettant de « sortir par le haut » d'injonctions quelque peu contradictoires.

Il reste pour cela à travailler sérieusement sur les modèles de financement d'opérations complexes, souvent longues et toujours risquées, qui supposent la constitution de sociétés de projets, l'association de divers acteurs dont la participation sera appelée à varier dans le temps, les modalités de soutien de la puissance publique ; les procédures elles-mêmes devront être revues pour permettre l'obtention de décisions d'urbanisme globales, afin de réduire le niveau de risque ainsi que l'allongement des délais, dont les coûts risquent fort de s'avérer prohibitifs.

Il convient également de s'inspirer de précédents relativement exemplaires : en termes financiers, le mécanisme des certificats d'économies d'énergie s'est avéré globalement satisfaisant ; en termes opérationnels, l'exemple à échelle limitée, du montage du projet de « Village Olympique » mérite probablement d'être décliné selon les caractéristiques de chaque cas d'espèce.

Un seul ingrédient commence à manquer aujourd'hui : c'est le temps ! Et c'est aussi la volonté politique forte, portée quotidiennement sur le terrain, depuis le sommet de l'Etat : Paul Delouvrier, reviens !

«... Et jamais plus, le temps perdu ne nous fait face, il passe... »

Charles Aznavour (Sa jeunesse)

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Commentaire 1
à écrit le 29/09/2022 à 20:32
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il devrait lui le président du comité de surveillance s'inquiéter des réclamations de beaucoup de locataires du CDC habitat Dans beaucoup de cas et même trop la situation est hors la loi hors république L opinion des locataires du CDC habitat est tré...

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