L'obsolescence programmée du CDI

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La forme même du CDI est devenue trop rigide par rapport à la réalité complexe du travail. Et il ne protège plus vraiment. Par Olivier Gélis, Directeur Général de Robert Half France.

Depuis une vingtaine d'années, l'environnement du travail se transforme sans cesse. L'éclatement des formes de travail (38 formes de contrats existants), l'apparition de plateformes numériques et l'essor du travail à la demande changent notre manière d'appréhender les contrats de travail... Si le salariat reste dominant, il est, du fait de la révolution digitale et des contextes économiques mondiaux, de plus en plus impacté par des options alternatives.

Que dire du CDI aujourd'hui ? Sans un réel travail de l'employabilité, il ne protège qu'à court terme et se trouve aujourd'hui défini aux termes « d'un contrat aux modalités de rupture prédéfinies ». Le CDI est même considéré comme précaire, dans la mesure où la sécurité d'un actif n'est pas assurée par un statut précis, mais par son employabilité. Dans le cadre du CDI, cette employabilité n'est plus garantie, et pourtant ce contrat est encore le seul qui donne systématiquement accès aux crédits et au logement.

Trop rigide

La forme même du CDI est devenue trop rigide par rapport à la réalité complexe du travail. Elle ne prend pas en compte l'évolution de notre société, notamment l'essor du travail à la demande ou l'auto-entreprenariat qui représente environ 10% des actifs en France, 20% en Europe et 35% aux USA. Cette dernière forme de travail, qui offre via les plateformes digitales des opportunités d'activités et de revenus, concentre bon nombre d'actifs passés pour la plupart d'entre eux d'une activité d'appoint à un emploi principal, en réponse à la crise de l'emploi.

Et que dire des attentes des cadres et des nouvelles générations qui ne cachent pas leur engouement pour les nouvelles formes de travail et expriment le souhait de ne plus suivre des carrières linéaires. Au contraire, ils parient sur plus de transitions, de reconversions et de statuts. L'autonomie, la liberté et l'agilité deviennent des valeurs prédominantes, autour desquelles se cristallisent les besoins de travail mais aussi de sécurité. Les enquêtes d'opinions annoncent invariablement les mêmes résultats : une majorité d'actifs 2.0 ont une opinion très positive de l'activité indépendante (42% des indépendants ont entre 20 et 34 ans - Source Insee) et en font même un levier de satisfaction. En parallèle, ils restent attachés à la protection sociale : les points retraites, l'assurance maladie et l'assurance chômage qui font toujours partiellement défaut à l'indépendance.

Les besoins des entreprises sont clairs

Côté entreprises, des besoins sont également formulés : flexibilité, accès renforcé aux savoir-faire, moins d'incertitudes juridiques...

Qu'a-t-on fait jusqu'ici pour moderniser l'accès à l'emploi et la sécurisation des conditions de travail, du côté des actifs comme du côté des entreprises ? La flexi-sécurité induit encore de nombreuses questions. Comment sécuriser les actifs atypiques ? Comment permettre aux actifs de maintenir leur employabilité ? Comment assurer à tous des revenus décents, une couverture sociale, et faciliter les passerelles entre statuts, les réorientations, sans effet de rupture ? Il convient aujourd'hui de repenser les contrats de travail en gardant à l'esprit plusieurs constats sans appel.

D'une part, le renforcement de la sécurité des actifs dépend de plusieurs axes dont, en premier lieu, l'employabilité, à savoir la capacité à entretenir des compétences via les formations. Paramètre indispensable pour s'inscrire au plus près des besoins des entreprises, et également permettre l'évolution des carrières professionnelles, tout en garantissant la rémunération et la protection sociale.

D'autre part, ne plus éluder ou sous-estimer les desiderata des nouvelles générations de travailleurs, qui expriment clairement le besoin d'acquérir ou préserver de l'autonomie, sans pour autant sacrifier la sécurisation sociale des actifs. Il est temps d'aborder franchement ce grand défi qu'est la protection du statut d'autoentrepreneur.

Le débat public doit maintenant s'émanciper de la prévalence d'une seule forme de contrat et s'adapter à son tour, car la nécessité de rester en prise avec la réalité du marché du travail sert l'intérêt du plus grand nombre, actifs et entreprises.

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a écrit le 20/12/2016 à 17:58 :
ayant deux travaux, un en CDI l'autre payé à la tache, je peux clairement dire que l'un me fournit un revenu compatible avec les dépenses liées à la famille tandis que l'autre ... heureusement que je le fais parce que ça m'amuse. Ca ne paierai ni l'emprunt, ni la creche et à peine de quoi manger à deux. En terme de rapport argent / temps passé, c'est calamiteux. Et cela ne m'offre aucune couverture. Bref, heuresement que mon CDI m'offre la protection nécessaire.

On nous vends la flexibilisation comme la condition nécessaire à l'émergence de concurrents viables. Franchement, Uber, ou Air Bnb ne feraient pas assez en ne fiscalisant leurs activités que dans des pays comme l'Irlande (pour mémo, la comme d'un air bnb est supérieure à la marge d'un hotelier, sans n'assumer aucun risque lié à la détention de biens physiques liés à l'activité) ? Et pourquoi pas une taxe sur les CDI pour financer ce nouveau modèle social ? J'attends de voir
a écrit le 20/12/2016 à 17:29 :
En attendant tout le monde veut du CDI surtout les banquiers et les bailleurs...
a écrit le 20/12/2016 à 16:24 :
Une obsolescence programmée pour un retour au 19ème siècle avec le travail à la tâche avec un appui des nouvelles technologies pour mettre en rapport les donneurs d'ordre avec les offreurs de service. Un article d'un "beau modernisme" avec la novlangue, tel le concept de l'employabilité, qui va avec !
Qui paie la formation ? Qui paie la flexisécurité ? Bref qui finance ? Le problème actuel du capitalisme est qu'il faut des gens pour travailler et que c'est proprement "chiant" de s'en occuper à tout niveau. Vive le contrat en attendant la robotisation, l'algorithmique pour supprimer l'humain quand c'est possible.
a écrit le 20/12/2016 à 16:20 :
Pas étonnant qu’une majorité d'actifs ait une opinion très positive de l'activité indépendante. Le problème, c’est qu’entre le rêve et la réalité, il y a un gouffre : ne s’improvise pas entrepreneur indépendant qui veut ! La capacité à entretenir des compétences via les formations est aussi une gageure. Combien de gens sont enfermés dans des emplois qu’ils ont contractés après l’école par besoin urgent et ne peuvent plus le quitter, par nécessité ou par paresse ? Il est évident que l’avenir de l’emploi passe par un changement radical de mentalité, mais aussi par une modification profonde du système, parce qu’aujourd’hui, même pour un emploi indépendant modeste, on est assailli par une réglementation absurde et des besoins financiers dépassant l’entendement qui favorisent les grandes entreprises au détriment de toutes les autres :-)
a écrit le 20/12/2016 à 11:13 :
Que cette "révolution" se fasse au détriment du pouvoir d'achat des ménages ne vous pose aucun problème donc ? Et la croissance on en fait quoi on s'assoit définitivement dessus validant de fait une paupérisation généralisée ?

Quel est l'intérêt de votre analyse qui a intérêt à ce qu'elle prophétise ?
Réponse de le 20/12/2016 à 15:51 :
Vous n'avez pas bien lu...Le CDI est devenu précaire ! Quoiqu'on en dise. Que faites-vous de tous ceux qui n'y ont pas accès ou qui n'en veulent pas ou plus (les jeunes, les free lance) Il s'agit d'élargir la protection justement.
Réponse de le 20/12/2016 à 20:11 :
Tous les contrats sont devenus précaire, le CDI également en effet mais c'est le salariat qui est devenu précaire.

Et par pitié ne me parlez pas des autoentrepreneurs je peux vous en citer dix qui gagnent moins de 500 euros par mois.

Si les banques ne suivent pas l'autoentreprise est une énième voix de garage.

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