La bataille des prix est aussi une bataille autour de notre modèle de société
Collectif (*)

Photo d'illustration
DR
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Relocaliser, concevoir des produits meilleurs pour la planète et meilleurs pour les humains, se battre chaque jour pour rendre ces produits accessibles au plus grand nombre. Remonter des filières (textiles, cosmétiques, dans le domaine du jouet ou des équipements sportifs) en s'assurant qu'elles aient l'impact écologique le plus faible possible, dans le respect des meilleures conditions sociales : c'est la gageure que se sont fixées plusieurs centaines d'entreprises qui travaillent sans relâche pour réinventer des modèles de production compatibles avec les défis majeurs de notre siècle.
A l'heure où l'inflation est sur toutes les lèvres et résonne dans tous les portemonnaies, nous le disons haut et fort : nous sommes conscients, cruellement conscients, de ce qui devient pour tous le nerf de la guerre : les prix. Sur les 300 marques engagées présentes sur la plateforme Bien ou Bien impulsée par MAIF et Ulule, 10% ont dû cesser leur activité en 2022. Les raisons sont connues : hausse des prix des matières premières, des coûts de transport et de l'énergie, et baisse des ventes en raison de paniers d'achat contraints par la hausse des prix. Le même phénomène a été observé sur la filière bio, avec des baisses de ventes historiques.
Ce qui est peut-être moins connu, c'est la faiblesse des marges dans la plupart de nos entreprises, qui nous rend particulièrement sensibles aux revers conjoncturels, qui explique les difficultés traversées par nombre d'entreprises, et qui souligne un paradoxe : si nous sommes parfois moquées (comme l'a été la filière bio) et caricaturées en "produits pour bobos", la réalité est toute autre : nous nous battons au contraire pour garder les prix les plus bas possibles (d'où nos marges réduites). Le delta entre nos prix publics et celui d'industriels ou d'importateurs "débiteurs" sur les plans écologiques et sociaux, c'est le prix de la transformation. Oui, il est beaucoup plus cher de produire avec des pratiques écologiques exigeantes et au plus proche de nous.
On oppose régulièrement fin du monde et fin du mois. Face à des structures capitalistiques, industrielles (et politiques !) qui taisent la réalité du coût de la transition, nous avons conscience d'être en avance de phase. Nous avons conscience d'être inaccessibles (hélas) pour des portefeuilles qui ne peuvent aujourd'hui assumer le coût de cette transition. Mais notre combat, c'est de le devenir. En ne reniant aucun de nos engagements, pour participer à bâtir une nouvelle économie plus juste et compatible avec les défis climatiques.
Nous, marques engagées, ne pouvons nous résoudre à laisser penser que les sirènes du "hard discount" seraient des solutions durables pour le pouvoir d'achat et pour la société. Dire cela, ce n'est pas nier les difficultés réelles rencontrées par nombre de français. Dire cela, c'est plutôt indiquer une direction différente : en tant qu'entreprises, nous participons à changer nos modèles de production ; mais dans le même temps il est urgent de changer notre modèle de consommation. Consommer moins, mais mieux, ce n'est pas un vœu pieu, c'est une nécessité écologique fondamentale, trop absente selon nous des débats contemporains. "Consommer moins... quand on peut consommer !" répondront certains avec justesse. Mais ce qui est en question ici, ce n'est pas de faire porter le fardeau aux plus démunis dont nous sommes évidemment solidaires. Ce qui est en jeu, c'est d'interroger l'expression "pouvoir d'achat" : pour celles et ceux qui ont ce pouvoir, à quelles fins l'utilisent-ils, et vers quelle société cela nous mène-t-il ? La bataille des prix est aussi une bataille autour de notre modèle de société.
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Assumer le coût de la transition et promouvoir les entreprises qui s'engagent dans une trajectoire environnementale et sociale positive devrait être en haut de l'agenda des décideurs, des relais d'opinion, et des consommateurs qui peuvent ouvrir la voie. Le gouvernement a bien sûr un rôle à jouer : plutôt que de se fixer comme seul but de faire baisser les prix de tous les biens - ce qui veut dire globalement s'aligner sur les pays et entreprises moins disantes socialement et écologiquement - il devrait œuvrer à ce que le low-cost devienne éthique. Baisser les prix oui, mais en haussant les standards écologiques et sociaux.
Pour un futur désirable, il est urgent d'interroger nos désirs de consommation, nos contraintes de production. Et d'en comprendre le juste prix.
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(*) La liste des signataires:
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