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La trumponomics, ça marche sur le papier...

Photo de Xerfi Canal

Olivier Passet, Xerfi

Publié le 24 mai 2019 à 08:30 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:35

olivier passet xerfi

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la trumponomics, ça marche sur le papier...

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La trumponomics. C'est une job machine qui continue à tourner de façon soutenue. Un taux de chômage à un minimum historique et une croissance sur une orbite de 3%, sans inflation ni tension financière alarmante. Avec des marchés boursiers à leur zénith. Le président américain, avec son sens de la nuance habituel, parle de miracle, de performance historique. Et les cassandres, qui annonçaient une sortie de route violente de l'économie américaine dans les 18 mois, sous la conduite inconséquente du libéralo-protectionniste Trump, deviennent de moins en moins audibles.

Débarrassons nous un instant de la figure envahissante de Trump et regardons un instant ce qui se passe vraiment dans l'économie américaine. L'économie américaine est d'abord une économie qui vit sous impulsions budgétaires. Qui a prolongé son cycle de croissance, quand certains experts pronostiquaient que le plein emploi jouerait rapidement comme un butoir.

Autrement dit que le coup d'accélérateur du chauffard Trump allait inexorablement se muer en instabilité financière et en hard landing. Là-dessus, il est clair que Trump a gagné son pari. La job machine continue à tourner à un rythme soutenu, proche de 2% l'an. Et cette mise en tension du marché du travail redonne un peu de dynamique aux salaires, notamment des moins qualifiés, sans excès cependant. Il y a donc au cœur de la croissance américaine, un socle de consommation robuste. Mais ce n'est pas parce que Trump a réussi à jouer les prolongations en mobilisant les leviers keynésiens standards, qu'il a bâti un modèle robuste et pérenne.

Derrière la performance de façade, il y a un allègement de la barque fiscale des agents privés, notamment des entreprises, une relance des dépenses publiques, notamment militaires, qui n'a par nature qu'un effet temporaire, qui devrait s'étioler. Il y a une production manufacturière, qui en dépit d'une légère embellie, ne progresse que très poussivement, loin encore de ses pics de 2007. Un investissement immobilier à la traîne. Tout cela peut donner l'impression d'une croissance de surface, faible sur ses fondamentaux, qui pour certains conjoncturistes, montre déjà des signes d'essoufflement.

Regardons alors le versant offre de l'économie US. Là paradoxalement, Trump s'inscrit beaucoup plus dans les traces de son prédécesseur que ne le laisse supposer le discours. C'est d'abord, la restauration de l'investissement productif qui s'inscrit dans la durée et prolonge le mouvement initié après crise. C'est ensuite des secteurs moteurs assez éloignés de l'a-priori de la course en avant énergétique de l'Amérique de Trump. En numéro un, et de loin, c'est le secteur de l'information et de la communication. Ce sont ensuite, les services aux entreprises... puis, étonnamment, le secteur manufacturier. Ce qui signifie que l'apparente mollesse de l'industrie, en termes de production recouvre un nouveau dynamisme en termes de valeur ajoutée. Un indice qui pourrait montrer que l'industrie américaine et belle est bien en voie de relocalisation de sa chaîne de valeur. Un mouvement qui va de pair avec le haut niveau d'investissement que nous avons mentionné plus haut, et une expansion toujours plus forte des secteurs du numérique et des services amont de l'industrie. On est loin ici de l'image souvent véhiculée d'une fuite en avant exclusive dans le pétrole et les travaux publics. Sur ce registre, l'Amérique de Trump est même en retrait de celle d'Obama.

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Autre élément marquant. Les grandes ruptures claironnées par Trump n'agissent à ce stade qu'en infusion lente. On est très loin de la forteresse US. Le commerce extérieur, ne porte que très marginalement la marque des barrières tarifaires. La contribution du commerce est neutre sur la croissance depuis deux ans et si la hausse du taux de pénétration a interrompu sa marche en avant, cette inflexion n'exerce qu'un effet très marginal sur la performance américaine à ce stade. Idem pour le big bang social annoncé par Trump. Lorsque l'on scrute la part des revenus sociaux dans le revenu des ménages, on est loin du grand séisme, et l'aire Obama continue à imprimer sa marque.

Bref. Le véhicule fou américain est bien moins fou qu'il n'y paraît. Et passé par le tamis de l'administration et du congrès américain, le coup de poing Trump vire à la main de velours. Et c'est peut-être d'abord pour cela que les grandes catastrophes entrevues ne sont pas au rendez-vous.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Olivier Passet, Xerfi

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