Le COVID-19, révélateur des forces et faiblesses de la Chine

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(Crédits : Reuters)
OPINION. Lorsque la crise sanitaire du Coronavirus a débuté en Chine, nombre de réactions en Occident ont manifesté de la condescendance à l'égard du développement économique chinois. C'est sous-estimer l'avancée technologique du pays qui repose sur l'alliance entre libre échange commercial et protectionnisme sur les savoirs et savoir-faire. Libéralisme et souverainisme sont complémentaires. Et la crise du Coronavirus pourrait bien confirmer la puissance de la Chine. Par Marc Rameaux, directeur de projet dans une grande entreprise industrielle et auteur de "Le Tao de l’économie. Du bon usage de l’économie de marché" (éditions L’Harmattan, février 2020).

La crise sanitaire dans laquelle nous sommes maintenant plongés a révélé d'étranges comportements et des pensées enfouies. Aux tous débuts de la pandémie, lorsque celle-ci était limitée presque exclusivement au territoire chinois, l'on s'aperçut à quel point le développement de la Chine pouvait gêner nombre d'Occidentaux.

« Irresponsabilité », « dissimulation et mensonge », « pratiques détestables de développement et de consommation animale au mépris de l'environnement », les commentaires mêlaient allègrement la condamnation - justifiée - du gouvernement chinois et un blâme s'étendant à tout un peuple. Il y avait presque une jubilation accompagnant cette condamnation.

Ces réactions montrèrent un peu plus tard leur vrai visage : la crise sanitaire était l'occasion de rabaisser l'ensemble du développement économique chinois. Leur succès économique et technologique ne pouvait être que factice, leurs réalisations en trompe-l'œil, leur développement dû à des pratiques plus « singées » de l'Occident que véritablement comprises.

Une forme plus ou moins larvée de xénophobie

Très loin de moi l'idée de défendre le gouvernement chinois, aux pratiques déléres apparaissant dans tout gouvernement communiste. Mais les propos précédents vont bien au-delà de la simple critique d'une équipe dirigeante ou d'un régime politique. Ils sont une forme plus ou moins larvée de xénophobie, un mépris traduisant la crainte des « petits hommes jaunes », dont on se persuade qu'ils ne peuvent faire aussi bien que nous. Comme toujours, le complexe de supériorité et le dénigrement sont la peur déguisée de celui qui est en train de se voir dépassé.

Dans la xénophobie anti-asiatique (elle s'étend dans ce cas à la Chine, au Japon et à la Corée), on retrouve souvent l'idée tenace (et totalement fausse) qu'ils seraient incapables de pensée conceptuelle. Curieuse interprétation de l'universalisme par une partie de l'Occident, célébrant l'universel à condition qu'il en soit le seul détenteur, sans voir là aucune contradiction. Jouer véritablement le jeu de l'universalisme suppose que d'autres civilisations puissent l'atteindre et faire mieux que nous dans certaines phases de l'Histoire, et ne pas y voir une menace mais une émulation.

Désolé pour les tenants de ces discours agressifs et douteux, mais ils manquent singulièrement de recul. Le COVID-19 est une catastrophe sanitaire incontestable. Mais elle sera surmontée, elle causera souffrance, morts et déflagrations économiques mais elle n'est pas « l'armée des douze singes ».

Lorsque la pandémie sera vaincue, l'on s'apercevra que les faits sont têtus :

- la construction navale chinoise est devenue leader de son marché, pas seulement par une compétitivité sur les prix et les volumes, mais par une qualité technologique qui n'a plus rien à envier à la nôtre. Il en est de même pour l'aéronautique et l'aérospatiale, où la Chine devient concepteur de premier plan et non plus sous-traitant de pièces low-cost.

- dans les domaines à très forte valeur ajoutée que sont l'IA et la Data Science, notamment dans l'application de ces technologies complexes à la voiture autonome, la pharmacologie ou l'e-commerce, les Etats-Unis considèrent depuis longtemps que la Chine est son seul rival crédible, loin devant l'Europe.

- concernant l'énergie nucléaire, n'insistons pas sur la réalité douloureuse à laquelle nous avons fait face récemment, d'une industrie chinoise capable de faire fonctionner notre propre technologie - l'EPR - tandis que nous accumulions les retards. La Chine pourrait même réussir là où toutes les autres grandes puissances énergétiques ont échoué, la réalisation d'un réacteur thermonucléaire avec leur « soleil artificiel » : l'année 2020 doit le confirmer.

- la Chine est arrivée première aux olympiades des mathématiques 14 fois sur les 20 dernières années. Elle propulse également des joueurs d'échecs au plus haut niveau (Liren Ding, Hao Wang), jeu pourtant non issu de leur propre culture. Il peut être objecté à ce point que l'URSS entretenait un excellent niveau académique, ce qui n'empêchait pas sa médiocrité économique. La comparaison s'arrête là : l'excellence académique chinoise est à mettre en rapport avec les points précédents, car ils forment un tout.

- n'insistons pas sur la prédominance de la Chine dans la compétition de la 5G, poussant ses rivaux, Etats-Unis en tête, à employer des prétextes légaux en lieu et place de compétitivité.

Les traits dictatoriaux du gouvernement chinois

Si la gestion de la crise a montré les travers dictatoriaux du gouvernement chinois, leur aptitude à surmonter rapidement la crise a fait taire les discours de dénigrement. Il ne s'agit pas d'idéaliser la Chine économique. Mais la sous-estimer est une erreur aussi grave. L'imagerie d'une Chine usine low-cost du monde et inondant les marchés de produits bas de gamme est maintenant archaïque. La Chine est certes encore cette usine low-cost peu regardante sur la qualité mais aussi - et de plus en plus - un acteur de premier plan dans des secteurs à haute valeur ajoutée, gardant entièrement la main sur sa conception.

Cette alliance entre libre échange commercial mais protectionnisme sur les savoirs et savoir-faire est le propre de toutes les économies compétitives, Etats-Unis en tête, et la grande faillite de l'UE qui n'y a rien compris : libéralisme et souverainisme ne sont que d'apparents ennemis, en réalité contraires complémentaires indispensables l'un à l'autre, le Yin et le Yang de l'économie. Je développe ce point dans mon dernier livre, « Le Tao de l'économie - Du bon usage de l'économie de marché ».

Au passage, la crise du Coronavirus a également réveillé des fascinations douteuses pour les régimes dictatoriaux, certains prétendant que l'autoritarisme du régime chinois leur a permis une sortie de crise, tandis que nos démocraties libérales ne sauraient y faire face.

encore, les lieux communs sont mis à bas : tous les facteurs de résolution de la crise en Chine ont été ceux qui les tirent vers la liberté. Le gouvernement chinois n'aurait pas demandé mieux que de prolonger ses mensonges et ses dissimulations. Mais ce sont les forces du commerce qui l'ont obligé à la transparence. En annonçant une fin de crise, les autorités chinoises ne pouvaient se permettre de mentir, non par vertu, mais par la pression de leurs exportations.

Soit ils redémarraient leur économie, notamment leur formidable force de frappe à l'export. Auquel cas tout mensonge se serait vu immédiatement, sur des produits exportés encore infectés par le virus. Soit ils ne redémarraient par leurs flux extérieurs, ce qui eût été l'aveu d'une fausse information. Etre responsable et comptable de millions de produits à l'export et de leur réception par des clients encourage bien plus le parler vrai que tout autoritarisme.

Missions régaliennes de l'Etat

La faillite de mesures de contention n'a rien à voir avec la nature libérale ou dictatoriale d'un régime politique, car ces mesures relèvent des missions régaliennes de l'Etat, condition indispensable d'une société libérale. L'expansion du virus en Europe ne trahit pas une faillite du libéralisme, mais la faillite de gouvernements ponctionnant de plus en plus leurs citoyens mais assurant de moins en moins leurs missions régaliennes. La France est l'illustration la plus criante d'un Etat en faisant toujours moins tout en ponctionnant toujours plus.

Il ne peut y avoir de jugement catégorique sur la Chine face à cette crise, car la Chine contemporaine est une source de contradictions maintenues en tension permanente :

La Chine souffre d'un gouvernement communiste des plus durs, écrasant ses citoyens sous un réglementation et une surveillance constantes. Mais elle développe un capitalisme de conquête, des technopoles faisant passer nos capitales occidentales pour des bourgades de province, s''impose devant les géants américains dans les domaines de l'e-commerce ou de la voiture connectée.

Son gouvernement a étouffé Li Wenliang, le médecin et premier lanceur d'alerte du COVID-19 par une odieuse loi du silence, au point de le faire mourir en héros. Mais des contre-pouvoirs se sont élevés de toutes parts de la société civile, inondant leurs réseaux sociaux de critiques lapidaires, obligeant les mensonges étatiques à battre en retraite. La contestation chinoise au sein du réseau WeChat peut prendre des formes aussi déterminées que courageuses. "Que tous ces fonctionnaires qui s'engraissent avec l'argent public périssent sous la neige", écrivit ainsi un internaute chinois, avant de voir son message effacé par la censure.

A Hong Kong, de nouvelles formes de contestation

Leur Etat policier a réprimé la révolte de Hong-Kong avec une violence faisant passer notre état policier français pour tendre (encore que des similitudes ont pu être relevées...), mais les révoltés libres de Hong-Kong se sont montrés particulièrement imaginatifs et audacieux dans l'invention de nouvelles formes de contestation. Des personnalités exceptionnelles - telles celle de Joshua Wong, chef de file de la « révolution des parapluies » - ont émergé à cette occasion, bien loin des lieux communs d'un peuple uniforme et terne. Malgré la férocité de la répression, ce sont les forces libres qui finirent par l'emporter, obligeant Carrie Lam à retirer le projet de loi liberticide, elle-même soumise à la pression de Beijing.

A noter la réactivité et l'inventivité de la population de Hong-Kong dans la crise du Coronavirus, celle-ci s'étant souvenue de la menace représentée par la propagation par les canalisations d'eau lors de l'épisode du SRAS. Pour le COVID-19, une menace similaire a plané, incitant les populations à sagement se rabattre sur les eaux minérales en bouteilles, seules eaux dont l'innocuité était assuré. Ce type d'action collective spontanée n'est pas le fait d'un gouvernement autoritaire mais de l'entente de chaque volonté individuelle : les dirigeants chinois sont intelligents et pragmatiques, ayant compris que la subsidiarité et la liberté individuelle sont des forces sans égales dans la résolution de problèmes.

Certains minimisent les réussites économiques chinoises en rappelant que l'URSS maintenait volontairement des bulles de liberté, leurs dirigeants sachant très bien en leur for intérieur que seule l'économie de marché permettait d'atteindre les plus hauts niveaux de l'excellence. Le père de l'aérospatiale soviétique, l'extraordinaire Sergueï Korolev, bénéficia ainsi pendant longtemps d'une liberté d'action totalement atypique dans l'empire soviétique, expliquant l'avance que les Soviétiques maintinrent pendant longtemps sur les Etats-Unis dans la conquête spatiale.

Mais la Chine contemporaine va beaucoup plus loin que ces quelques cas d'exception. Elle entretient une schizophrénie générale, développant une économie en contradiction totale avec son idéologie politique. Les soubresauts qu'ils connaissent sont ceux que toutes nos démocraties ont rencontrés lors de leurs révolutions industrielles, avec leurs lots de catastrophes économiques et sociales alternant avec les plus brillantes percées. S'arrêter à chacun de leurs faux pas est un grand manque de vision : ce sont les contractions d'une grande puissance en gestation.

Je ne sais ce qui sortira de ce monstre de contradictions, à la fois magnifique et effrayant. Il ne faut pas l'idéaliser, son chaos schizophrène peut le faire chuter comme réussir remarquablement. La seule certitude que nous avons est que c'est une grave erreur que de sous-estimer la Chine. La crise du Coronavirus n'est en rien l'infirmation de sa puissance, mais sa confirmation.

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Commentaires
a écrit le 27/03/2020 à 17:06 :
Hallucinante fascination malsaine envers la dictature communiste Chinoise, réminiscente de l'amour malsain des intellectuels français de la seconde moitié du XXème siècle envers l'URSS.
Oui la Chine fait des percées économiques et technologiques extrêmement rapides. Non, leur modèle n'est pas viable, comme tous les monolithes totalitaires il est totalement dépendant d'un appareil censeur extrêmement efficace et d'un régime de terreur écrasant toute dissension avec une sauvagerie inouïe. La Chine marche dans les pas de l'URSS, la surveillance de masse lui accordera une longévité et une stabilité dont ne pouvait rêver cette dernière, mais cet empire est construit sur les mêmes axiomes : dictature, censure, terreur.
a écrit le 21/03/2020 à 12:21 :
Les plus gros investisseurs du monde sont en Chine , donc ils vont profiter de la reprise pendant que l’Europe va encore plonger.
Oui c’est une guerre ... mais une guerre calculée ... sauf qu’ils ont oublié un détail ...
Réponse de le 26/03/2020 à 17:29 :
Qui nous dit que le gouvernement chinois - méprisant totalement sa population- n est pas l initiateur ou partie pour responsable de la propagation du Covid 19 en pleine guerre commerciale avec trump et voulant forcer la main aux européens?... le reste étant une mascarade.... sentiment et réflexion conforte son par l attitude des ambassadeurs et appareil politique chinois D’ oublier d ou vient le virus,, d accuser l Italie d’en être l origine et de dénigrement les démocraties occidentales auprès de ses partenaires commerciaux.
Consommateurs européens réfléchissaient à vos actes d achats pouvant soutenir un système totalitaire en compétition avec nous et qui ne rêve que de dormi et le monde.
La chine ses habitants ont une histoire civilisation elle et culturelle brillante et très intéressante qui mérite considération et respect .
Le gouvernement chinois n est que l avatar du stalinisme d autrefois...
a écrit le 19/03/2020 à 12:11 :
Cette pandémie qu'ils nous ont servie, vient elle à point pour régler leurs affaires intérieures, ont ils craint une révolution ? un soupçon me vient
a écrit le 19/03/2020 à 9:37 :
"Libéralisme et souverainisme sont complémentaires"

Non, cela se traduit en un pouvoir centrale qui ne fait que servir les intérêts de la classe dirigeante c'est donc du néolibéralisme.

Libéralisme:
Sens 1
Doctrine centrée autour des libertés individuelles.

Sens 2
Doctrine économique qui défend la libre entreprise, la non intervention de l'Etat dans le secteur économique.

Changer le sens des mots c'est de l'obscurantisme par contre, si si...
a écrit le 19/03/2020 à 8:31 :
Conseil de lecture : pour comprendre comment cette situation a pu se produire, il faut lire "Mémoires chinoises" de Jean Tuan, chez C.L.C. Editions. L'auteur évoque l’évolution à marche forcée de la Chine dont il a été témoin depuis 1980. Marie Holzman, sinologue de renom, a préfacé le récit. Les derniers exemplaires sont disponibles en librairies et sur les sites de ventes internet. / A ne pas manquer...
a écrit le 18/03/2020 à 19:34 :
Le problème ce n’est ni la Chine et ni les Chinois .
Ni des Chinoiseries.
Le problème c’est «  l’autorisation «  Que le monde sanitaire et scientifique donne à un laboratoire ( institut Pasteur )Franco- Chinois qui utilisent des « bactéries hautement pathogènes » sur des chauves - souris et autres animaux vivants ( expérimentation hasardeuses et suspectes )
Au risque d’être un danger pour la «  planète entière )
C’est une question d’éthique mondiale
Nous «  vivons une pandémie «  sans précédent , le but n’est pas de culpabiliser mais le but est d’interdire ces procédés «  dangereuses «  dans tous les pays du monde sur cette planète .
Je ne vois pas ,ce que vous ne comprenez pas!
Réponse de le 19/03/2020 à 8:32 :
Que croyez-vous donc ? Que notre epoque est precurseuse dans le domaine de l'horreur et de l'innommable?
Le camp 731, ca vous parle ? Les "recherches" medicales de mengele et de tous les malades qui l'on precede.

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