OPINION. « Commerce mondial : l’IA à l’heure du retour sur investissement »

Aylin Somersan Coqui
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Aylin Somersan Coqui
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Par Aylin Somersan Coqui, CEO d’Allianz Trade (*)
L'IA a dépassé le stade de l'expérimentation chez les exportateurs et s'intègre désormais à leurs activités quotidiennes. Comme l’indique notre enquête « Allianz Trade Global Survey » 2026[1], moins de 1 % des exportateurs déclarent ne pas utiliser du tout l'IA. La question n'est donc plus de savoir « qui va l'adopter ? », mais « qui saura transformer cette adoption en avantage » ?
Les données de notre enquête révèlent un paradoxe frappant. Près de la moitié des entreprises (43 %) ont déjà déployé l’IA à grande échelle, mais seulement un tiers (32 %) affirment qu’elle est pleinement intégrée à leur stratégie principale. Cet écart est significatif : automatiser des tâches est un progrès mais l’avantage concurrentiel réside dans son utilisation pour redéfinir les décisions, les produits et les voies d’accès au marché.
Les exportateurs des marchés émergents prennent une longueur d’avance. La Chine (41 %), les Émirats arabes unis (40 %) et le Brésil (36 %) figurent en tête, plaçant l’IA au cœur de leur stratégie. A l’inverse, certaines économies avancées restent plus prudentes : seules 22 % des entreprises au Royaume-Uni et 21 % à Singapour considèrent l’IA comme un élément central. Le déploiement opérationnel révèle lui aussi une forte dispersion : le Vietnam domine au niveau mondial (53 %), suivi par Singapour (51 %). La géographie de l’IA gagne ainsi en imprévisibilité.
Le véritable fossé ne réside pas dans l'adoption de l’IA mais dans la conviction. Les exportateurs des marchés émergents sont plus optimistes ce qui alimente les investissements. En Inde, 61 % des entreprises prévoient une hausse de leur chiffre d'affaires à l’export de 10 % ou plus dans les 12 mois, contre 18 à 24 % en Europe.L’IA n’est pas perçue comme un simple gain d’efficacité, mais comme un levier de dépassement concurrentiel.
Cet optimisme se lit aussi dans les dépenses : en Inde, 65 % des exportateurs consacrent plus de 20 % de leur budget IT à l’IA, 51 % au Brésil et 41 % aux Émirats arabes unis. À l’inverse, l’Europe reste plus modérée : l’Espagne (25 %), le Royaume-Uni (26 %) et l’Italie (28 %) se situent en bas de l’échelle en matière d’intensité d’investissement.
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A l’échelle mondiale, le principal frein n’est ni l’enthousiasme ni le coût initial, mais la preuve du retour sur investissement. D’ailleurs, l’incertitude sur ce point est citée par 35 % des entreprises aux Émirats arabes unis, 31 % à Singapour et en Allemagne, et 30 % aux États-Unis. Ailleurs, le facteur limitant reste le talent : la pénurie de compétences est citée par 31 % des entreprises en Chine et en Inde, 30 % au Vietnam et 28 % en France, illustrant une véritable course mondiale aux experts de l’IA.
Ces indicateurs dessinent un paysage mondial à deux vitesses. En Inde, au Brésil et aux Émirats arabes unis, les exportateurs adoptent l’IA, y investissent, l’intègrent et en attendent des résultats rapides et tangibles. À l’inverse, l’Europe et l’Amérique du Nord progressent avec davantage de prudence, encadrés par des exigences de rentabilité plus strictes.
Cette divergence tient aussi à des points de départ différents : pressions concurrentielles moindres, niveaux de productivité plus élevés et aversion au risque plus marquée peuvent freiner des déploiements ambitieux de l’IA dans les économies avancées. Pour les investisseurs et les décideurs publics, l’enjeu est clair : des investissements élevés peuvent générer des gains importants — ou des déceptions si les résultats ne suivent pas. Les douze prochains mois seront déterminants pour mesurer si cet élan se traduit effectivement en gains en exportations, marges et productivité.
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[1] 6 000 entreprises interrogées dans 13 pays entre février et mars 2026
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(*) Aylin Somersan Coqui est titulaire d'une licence du Davidson College et d'un MBA de la Harvard Business School. Elle a commencé sa carrière comme analyste financier chez Morgan Stanley en 1998, avant de rejoindre le groupe Allianz en 2002. Elle a occupé différents postes chez Allianz Global Investors et PIMCO, avant de prendre de nombreuses responsabilités au sein du Groupe, à l'international : Directrice financière (2013-2015) et directrice générale (2016-2018) d'Allianz Turquie, directrice des ressources humaines d'Allianz SE (2019) et membre du conseil d'administration et directrice du travail d'Allianz Deutschland AG (2019-2020). Depuis 2020, Aylin Somersan Coqui est Group Risk Chief Officer d'Allianz SE. Elle est désormais PDG et présidente du conseil d'administration d'Allianz Trade.