Les 4 grandes impasses du capitalisme mondial

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Dix ans après la crise de 2007-2008, le capitalisme contemporain n'a toujours pas retrouvé un régime stable de croissance. Je ne veux pas parler ici des stigmates persistants de la crise. Mais plutôt des problèmes irrésolus. Si la crise de 2008 pouvait faire figure de crise du régime de croissance mondialisé initié dans les années 80, force est de constater que les grandes nations du monde échouent à mettre en place un régime stabilisant.
Chacun s'accorde sur le constat que la courbe de Phillips a fait son temps : les salaires demeurent inertes, y compris dans les pays qui se rapprochent du plein emploi. Fruit d'une concurrence interrégionale de plus en plus âpre et d'une levée des protections des salariés, d'origine réglementaire mais aussi technologique, les salaires demeurent sous pression... notamment ceux de la classe moyenne, la plus exposée à la révolution numérique.
Et dans un monde où le rapport de force pénalise structurellement les salariés, le cycle est de moins en moins produit par l'oscillation du pouvoir d'achat. La croissance se traduit instantanément en profits supplémentaires, que les marchés convertissent en surcroît de valorisation des actifs. In fine ce sont les effets de richesse qui règlent le tempo des économies. Et la croissance, dont a été extirpé le moindre souffle inflationniste, court, aujourd'hui comme hier de bulles en bulles, qui grossissent puis éclatent.... Avec des banques centrales qui oublient leur mission originelle et deviennent malgré elles, les principales instances de réglage de la croissance, et notamment les grands amortisseurs de crise quand les bulles éclatent.
Les gouvernements ne parviennent pas à asseoir la fiscalité sur des bases stables et non délocalisables, que ce soit pour financer la composante socialisée de l'économie, ou pour mieux répartir les revenus.
Or les effets de richesse induisent par nature de gros biais de distribution des fruits de la croissance en faveur des détenteurs de patrimoine, et notamment des plus gros détenteurs (autrement dit sur une infime minorité la plus riche). Il suffit d'avoir en tête le fait que 1% de la population la plus riche à travers le monde détient la richesse des 99% restants. Et l'on prend la mesure du biais de distribution qu'induit ce régime de croissance que Michel Aglietta a qualifié de patrimonial en son temps. Un biais de distribution qui anémie les débouchés et qui exacerbe la concurrence par les coûts à chaque récession, et l'incitation à robotiser les process.
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On la retrouve partout dans les économies développées. Elle creuse la fracture entre une élite mobile, et un essaim de petits jobs de services. Cette fracture a cassé l'espoir de l'ascenseur social et la narration heureuse du capitalisme.
Nos comptables nationaux peinent de plus en plus à mesurer la croissance, confrontés à de nouveaux systèmes d'échange via les plateformes, à de nouveaux modes de tarification, à une informalité grandissante du travail. Et surtout, si l'on sait que cette grandeur fétiche de l'après-guerre n'est plus l'alpha et l'oméga du bonheur, n'émerge toujours pas un indicateur aussi fédérateur qui internaliserait les préoccupations environnementales et qualitatives de nos sociétés.
Bref, dix ans après la crise, force est de constater que peinent à éclore de nouvelles conventions qui stabiliseraient le capitalisme, et qu'à défaut d'un nouveau régime de croissance, nous demeurons dans un régime de gestion à vue de l'après-crise.
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Olivier Passet, Xerfi
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