Les classes moyennes des émergents : le temps des désillusions

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le temps des désillusions pour les classes moyennes des émergents

La montée des classes moyennes dans les pays émergents devait constituer le socle de la croissance mondiale. Les chiffres avancés avaient de quoi donner le tournis. En 2010, McKinsey évaluait les dépenses annuelles des classes moyennes émergentes à 6 900 milliards de dollars et les prévoyaient à 20 000 milliards en 2020, soit quasiment le double de la consommation actuelle des ménages aux États-Unis.

Une formidable opportunité pour les entreprises occidentales qui devaient trouver là un nouvel Eldorado à conquérir. Depuis le vent a tourné. Il faut partir des 3 facteurs qui sous-tendent l'évolution des classes moyennes : 1- la démographie. 2- Le PIB par habitant comme marqueur du niveau et de l'évolution de la richesse produite par une nation une fois enlevée l'impact purement démographique de la croissance. 3- Les inégalités, sous-entendu leur réduction à un effet favorable à l'augmentation des classes moyennes. A contrario, si elles augmentent alors « le milieu se vide » et la classe moyenne s'érode.

La démographie sur un temps aussi cours varie finalement assez peu et son évolution est parfaitement prévisible : en prenant comme étalon les 10 pays émergents les plus peuplés, la population concernée progresse de 1% l'an en moyenne depuis 2010 et dépasse aujourd'hui 4 milliards de personnes et représente 55% de la population mondiale. Ce n'est donc pas ce facteur qui a fait déjouer les pronostics.

Une histoire de croissance

En fait, c'est d'abord une histoire de croissance. Plus de croissance c'est plus de revenus distribués. Or, il y a un avant et un après récession. Selon les données du FMI, le PIB en volume par habitant des pays émergents a progressé au rythme exceptionnel de 5% du début des années 2000 jusqu'en 2007. Puis la cadence est tombée à 3,5% de 2010 à 2017, avec d'énormes disparités géographiques. La croissance par habitant reste très forte en Asie émergente, très solide du côté des PECO, affaiblie en Afrique et du Moyen-Orient et réduite à trois fois rien en Amérique Latine. C'est un premier indice de l'expansion ou pas des classes moyennes par grande zone.

Mais cela donne aussi une première conclusion forte : même là où la croissance reste suffisante pour qu'émerge une classe moyenne son développement est plus lent que par le passé. A partir de là, il faut aller un peu plus loin dans le détail des grandes zones.

Asie, seule vraie zone d'émergence d'une grande classe moyenne

Coté Asie émergente le tir est groupé : parmi les principales économies de la région toutes progressent rapidement, Chine en tête. Pas de doutes, les classes moyennes continuent de s'élargir dans cette partie du monde même si l'importance des inégalités, en Inde principalement, reste un frein : les 10% des indiens les plus aisés captent 55% du revenu national et la tendance est à une hausse graduelle. Les évolutions sont beaucoup plus modérées en Chine et la part de revenu national allant aux 10% des plus gros revenus s'est stabilisée à 41%.

Côté PECO, la croissance est géographiquement bien partagée et favorable au développement d'une classe moyenne avec ce très grand bémol : la démographie dans ces pays est en baisse depuis le début des années 90. La base sur laquelle une classe moyenne peut s'ancrer s'atrophie. Un peu plus à l'Est, beaucoup d'espoirs étaient placés dans la Russie. Ils ont été en partis douchés.

Mais que dire de l'Amérique Latine, notamment du Brésil. C'est un fiasco. La croissance c'est dérobée et le PIB par tête a reculé de plus de 3% sur la période 2010 -2017, le tout dans l'un des pays les inégalitaires au monde : 10% des plus gros revenus s'accaparent 55% du revenu national, comme en Inde. On assiste donc bien à un décrochage d'une partie de la classe moyenne brésilienne pas à son développement. Même tendance bien entendu au Vénézuela, mais aussi en Argentine.

Il faut aller sur le continent africain pour voir émerger et se développer une classe moyenne mais dans une poignée de pays seulement et surtout cela reste concentrée sur des économies de petite taille ou de taille intermédiaire comme, l'Ethiopie, le Kenya, la Tanzanie, la Côte d'Ivoire ou le Cameroun. Nous sommes donc loin du grand boum Africain. Bref, exceptée en Asie, la montée d'une grande classe moyenne émergente mondiale est davantage un fantasme qu'une réalité.

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Commentaires
a écrit le 26/12/2018 à 12:15 :
pour mémoire, voir cet article du New York Times sur les Chinois qui veulent ralentir sur la consommation et ne pas avoir d'enfants :
https://www.nytimes.com/2018/08/22/business/china-consumer-downgrade.html
notamment parce-que le logement revient trop cher ou parce-qu'il faut soutenir financièrement les parents retraités.
le taux de fécondité chinois n'est en fait que de 1,05, d'après cet article Financial Times de novembre 2016 : https://www.ft.com/content/d4b5325c-abad-11e6-ba7d-76378e4fef24

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