Les conséquences de l'effondrement de la bourse chinoise

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(Crédits : DR)
La chute de la bourse de Shangai fait suite à un engouement exagéré, notamment de la part des particuliers (100 millions d'investisseurs privés). Elle a été largement provoquée par les autorités, qui ont pris de nouvelles mesures. Par John Plassard, directeur adjoint de Mirabaud Securities

 Après une hausse de plus de 100% des indices de Shanghai et de Shenzhen entre novembre 2014 et début juin 2015, les indices chinois se sont effondrés pour revenir à leurs niveaux d'il y a cinq mois et laissent craindre un mouvement de panique irrationnel comme le confirme le gouvernement chinois. D'où vient cette volatilité et y a-t-il un risque systémique comme certains investisseurs semblent le penser ? Analyse sous forme de questions-réponses.

1. Quel est l'historique de l'ouverture des marchés financiers chinois ?

Le lundi 17 novembre 2014, un pas important avait été fait vers l'une des plus grandes intégrations du marché financier chinois à l'international. S'il est vrai que le gouvernement chinois en parlait depuis 2007, c'est bien à cette date que tout a débuté.
Les Bourses de Shanghai et de Hong Kong ont commencé à travailler conjointement. Tous les investisseurs étrangers ont pu, depuis cette date et pour la première fois, acheter des actions de sociétés cotées uniquement en Chine, via la plateforme Connect.
En parallèle, les fonds institutionnels de Chine continentale ont aussi pu directement investir sur le marché financier de Hong Kong. Cependant, seul un nombre restreint de banques et fonds étrangers pouvaient investir en yuan à la Bourse de Shanghai. Cependant, ils devaient être présélectionnés par le régulateur chinois et leurs investissements étaient limités par un quota individuel défini par Pékin : un programme baptisé « Investisseurs institutionnels étrangers qualifiés » (ou QFII en anglais).

2. Que recherchent les autorités avec le développement de la Bourse ?

Si la Chine a récemment accéléré l'accès et le développement de son marché boursier, c'est dans trois buts bien précis. Considéré comme un élément central de son programme de réformes économiques, le gouvernement chinois a tout d'abord la volonté de libéraliser ses marchés de capitaux. Ensuite, le deuxième but est d'amener certaines grandes entreprises chinoises à dépendre moins de l'endettement public, mais davantage des capitaux privés.

En effet, le poids de la dette des sociétés qui se finançaient surtout en empruntant de l'argent aux banques nationales commençait à se faire sentir dans les finances publiques. L'État espérait (et espère toujours) donc, avec cette nouvelle liaison boursière entre Shanghai et Hong Kong, assainir quelque peu ses comptes. Et finalement, il y a aussi une volonté non-dissimulée de concurrencer les deux premières places financières mondiales, soit le New York Stock Exchange et la Nasdaq.

3. Quel est le problème des effets de levier ?

On estime aujourd'hui qu'environ 8,5% des actions cotées à Shanghai ou à Shenzhen (non détenues par l'Etat) ont été achetées à crédit. À titre de comparaison, aux États-Unis, c'est moins de 3%. Depuis que la bourse s'est « démocratisée » en Chine, les sociétés de brokerage et les banques proposent des effets de leviers très importants aux nouveaux investisseurs, dans le but de les attirer (certaines entreprises financières permettent aux emprunteurs d'investir jusqu'à dix fois leur capital de départ). Les investissements financés par effet de levier auprès des sociétés de courtage représenteraient 2.200 milliards de yuans (320 milliards d'euros) fin juin, mais le montant global lié au marché gris pourrait être plus élevé encore.

Généralement, les banques coopèrent avec des sociétés d'investissements et des sociétés de Bourse pour lever des capitaux en émettant des "produits de gestion de patrimoine" (WMP) vendus aux clients des banques. Ces produits permettent de lever des capitaux souvent consacrés au financement d'investissements boursiers avec un important effet de levier. On compte environ 100 millions d'investisseurs privés en Chine qui se ruent (ou se ruaient) sur les actions cotées et sur les nouvelles introductions en Bourse. Une bonne partie de la baisse des indices est donc imputée à ce phénomène et notamment les appels de marge.

4. Quelles sont les classes d'actions principales ?

Il y a plusieurs types de classe d'actions en Chine. Les titres des sociétés chinoises cotés sur le continent (classes A) et à Hong Kong (classes H). Début novembre 2014, les classes A et H traitaient à peu près à parité mais, dès les baisses des taux directeurs de la banque centrale chinois, les actions de classe A se sont envolées et valent désormais entre 20 et 40% de plus que leurs homologues de classe H.

5. Quelles sont les mesures adoptées ?

Le dégonflement des indices chinois s'est fait en deux mouvements. Le premier tout d'abord, oublié par les investisseurs, s'est fait le 12 juin 2015, lorsque le gendarme de la bourse chinoise a voulu calmer la hausse vertigineuse des indices en freinant l'explosion des comptes sur marge. Ce mouvement fut quelque peu dévastateur et marqua le début de la correction. Pour inverser la tendance, et calmer la baisse cette fois-ci, la banque centrale chinoise a alors pris plusieurs mesures (sur plusieurs jours) :

- Assouplissement des restrictions sur les opérations de marge, alors que celles-ci donnent lieu ces jours-ci à des appels de marge importants qui accélèrent mécaniquement la baisse.

- Mise en place d'un comité d'enquête pour scruter le marché et combattre toute manipulation des cours.

- Nouvelles réductions des taux directeur à 4.85% tout en abaissant le taux de réserves obligatoires que la banque centrale impose aux banques commerciales pour les inciter à maintenir le crédit à leurs clients.

- Nouvelles injections de liquidité ciblées pour les banques commerciales.

- Interdiction aux fonds de pensions de vendre des titres « short » (le fameux shortban).

- Interdiction aux actionnaires détenant des participations supérieures 5% dans des sociétés chinoises cotées en Bourse de vendre leurs titres pendant une période de six mois.

- Suspension de 1.249 titres des bourses de Shanghai et de Shenzhen, soit 43% des sociétés cotées et environ un tiers de la capitalisation du marché des cotations

6. Quels secteurs impactés?

Si la majeure partie des secteurs peuvent être impactés par un potentiel ralentissement de la vigueur économique chinoise, la baisse des indices a une influence directe sur trois secteurs en particuliers :

a. L'automobile

Un phénomène récent, mais évident, a pris place en Chine : la sensibilité du consommateur à l'évolution de la bourse lorsqu'il s'agit d'acheter un véhicule. On l'a constaté récemment : d'une part, l'acheteur chinois préfère investir en bourse plutôt que de remplacer son véhicule et d'autre part, en cas de baisse de l'indice, il est enclin à annuler sa commande. Il faut rappeler ici que le leasing en Chine est très faible par rapport aux paiements cash, largement privilégiés par les consommateurs.

Si le lien peut faire sourire, il se traduit cependant par des ventes de véhicules en baisse depuis deux mois. En janvier 2015, la Fédération des constructeurs automobiles s'attendait à voir progresser les ventes de voitures de tourisme et de véhicules commerciaux en Chine de 7% à 25,1 millions d'unités au cours de l'année. En mai, la production de véhicules avait en réalité chuté de 4,4 % avec en base mensuelle 1,98 million d'unités, tandis que les ventes avaient reculé de 4,6 % à 1,91 million d'unités. Au mois de juin 2015, les immatriculations de voitures neuves ont reculé de 3,2%. Une situation qui constitue la pire performance mensuelle dans le pays depuis plus de deux ans, soit février 2013 et marquant le troisième déclin en base mensuelle consécutif.

b. Les semi-conducteurs

La baisse des ventes de voitures en Chine a bien évidemment une influence importante sur des sociétés de semi-conducteurs qui produisent des composants dédiés à l'automobile.

c. Les matières premières

Le secteur des matières premières a été fortement impacté ces dernières semaines par les inquiétudes sur les conséquences de l'essoufflement économique de la Chine. Le minerai de fer par exemple s'est littéralement effondré en atteignant ses niveaux de 2009. Rappelons cependant ici, que c'est un faux débat, car les bourses chinoises sont largement déconnectées de l'économie réelle. Finalement, le secteur du luxe pourrait aussi en souffrir, mais le lien direct avec les évolutions des indices boursiers est encore à confirmer.

7. Quels impacts sur le secteur financier?

S'il est trop tôt aujourd'hui pour conclure que nous sommes en train d'assister au dégonflement dramatique d'une bulle, nous pouvons tout même confirmer que cette baisse a déjà des impacts financiers. Tout d'abord, la société MSCI, au mois de juin 2015, a remis à plus tard l'inclusion des valeurs cotées en Chine continentale dans l'un de ses indices internationaux de référence, en raison de « difficultés persistantes ». Ensuite, plus 3000 milliards de dollars (3.200 pour être précis) en valeur ont déjà fondu à cause de la récente baisse des indices asiatiques.

Enfin, potentiellement, les appels de marges et resserrements de liquidité pourraient coûter très cher aux investisseurs chinois et aux entreprises financières ayant des expositions aux bourses chinoises. La banque centrale chinoise fait actuellement face à une certaine limite de son pouvoir face à un marché ouvert au public. S'il est possible d'influencer le moral des investisseurs, il est difficile de contrôler la direction du marché. Rappelons finalement, ce qui constitue le point positif, que les bourses chinoises sont déconnectées de l'économie réelle et donc qu'une baisse des indices ne signifie pas une baisse de la vigueur économique du pays.

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Commentaires
a écrit le 11/07/2015 à 10:36 :
Le Yuan va baisser et désormais le gouvernement chinois ne va plus pouvoir maitriser sa monnaie via le contrôle des changes. Le marché noir des changes va commencer à se développer et comme en Russie, le Yuan va commencer sa descente au Tatare ?
En vue, une hyperinflation en Chine ?
a écrit le 10/07/2015 à 15:14 :
Il y a erreur. La bulle n'a pas eclatee et peut etre est elle en devenir. La chine est un pays au nombreux desequilibres fruit elle meme d'un desequilibre mondial. le pays regorge de cash, acteurs publics et prives sont surendettes, les indicateurs sont pipes, le secteur de l'immobilier euphorique etc. En resume le jour ou la bulle eclatera si elle eclate il aura des reactions en chaine que les quelque 3000 milliards de dollars don't dispose le gvt ne reussira pas a endiguer. L'autre scenario c'est que les desequilibres s'estompent au fur et a mesure. aujourd'hui il est difficile de dire quelle tendance prendra l'avantage.
Réponse de le 11/07/2015 à 9:58 :
Ah bon, le secteur de l'immobilier euphorique ???

Et moi qui croyais que l'immobilier en Chine est dans le marasme profond depuis déjà quelques années maintenant.
a écrit le 10/07/2015 à 15:06 :
L’interventionnisme... Dire que c'est ceux qui en demandent le moins qui en bénéficie le plus...

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