Les scandales alimentaires ne datent pas d’hier
Dominique Pinsolle
Dominique Pinsolle
Le 1er août 1905, l'adoption de la loi sur la répression des fraudes en France s'inscrit dans la continuité de multiples polémiques auxquelles la presse a souvent pris part. En janvier 1902, par exemple, le quotidien Le Matin a mené une campagne retentissante contre le « lait frauduleux », et a même lancé une éphémère « Ligue de Défense de la vie humaine » :
Mais le vote de la loi ne suffit évidemment pas à améliorer sur-le-champ la situation. Au sein de la Confédération générale du travail (CGT), le secrétaire de la fédération de l'Alimentation, Amédée Bousquet, dénonce les falsifications les plus courantes à travers une série d'articles publiés dans La Voix du Peuple en août-septembre 1906. Tout y passe : le pain, le vin, le café, les gâteaux, les bonbons...
Henri Géroule, dans L'Humanité, lui emboîte le pas pour dévoiler les pratiques peu ragoûtantes de nombreux restaurants parisiens : restes de fruits de mer laissés par les clients réutilisés dans la prétendue « bisque d'écrevisse », cabillaud ou colin maquillé en barbue... Quant aux bouchées à la reine :
À la même époque, c'est l'industrialisation de la production de viande qui suscite de vifs débats aux États-Unis. En 1906, Upton Sinclair publie La Jungle, roman qui s'inspire de l'enquête qu'il a menée dans les immenses abattoirs de Chicago. Les conditions de travail et d'hygiène qu'il décrit choquent profondément l'opinion. Revenant sur ce best-seller, Le Petit Parisien signale les détails les plus répugnants :
La polémique engendrée par La Jungle alerte jusqu'au président Theodore Roosevelt. Elle contribue à l'adoption du « Pure Food and Drug Act » en 1906, une loi destinée à protéger les consommateurs et à éradiquer les pratiques frauduleuses des « trusts » de l'agroalimentaire.
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L'année suivante, la crise viticole que connaît la France place au cœur de l'actualité la question de la falsification du vin. « Sus à la fraude ! », lance Le Matin en se faisant le porte-voix des vignerons du Midi, le 13 mai 1907.
Un Service de la répression des fraudes vient alors d'être institué au sein du ministère de l'Agriculture, mais la tâche à accomplir est immense. Les astuces permettant de falsifier discrètement le vin sont tellement nombreuses que le chroniqueur Harduin y voit, dans Le Matin du 13 juillet 1907, la seule raison pour laquelle l'eau minérale est davantage conseillée par les médecins :
Dans ces années 1900 où les modes de production, de distribution et de consommation connaissent de profonds bouleversements, se pose finalement une question qui reste toujours d'actualité : ces pratiques doivent-elles être considérées comme des dérives auxquels les pouvoirs publics peuvent mettre fin, ou sont-elles les conséquences inévitables d'un système soumettant l'alimentation à la loi du profit ?

Par Dominique Pinsolle, Maître de conférences en Histoire contemporaine, Université Bordeaux Montaigne
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