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Populisme vs réformisme, la lumière vient d'Argentine

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 03 décembre 2015 à 06:00 - Mis à jour le 03 décembre 2015 à 10:18

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Après des années de gouvernements populistes, le redressement va être difficile en Argentine, même si la ligne réformiste est la bonne. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'Essec

Une bonne nouvelle, espérée par les institutions internationales et saluée par les marchés financiers nous est parvenue d'Argentine. Le peuple argentin vient (de justesse) de mettre un terme au gouvernement populiste Kirschner après 12 ans et a passé le flambeau à un réformiste de centre-droit, Mauricio Macri. La Grèce fait depuis un an l'expérience douloureuse de populistes au pouvoir et le Portugal devrait également expérimenter le retour des populistes. Dans ce contexte, il est heureux qu'un rayon de lumière vienne d'Argentine.

Les résultats catastrophiques des gouvernements populistes

L'héritage des trois gouvernements Kirchner, mari et femme, est révélateur des performances catastrophiques de ce type de gouvernement populiste. Qu'on en juge, la corruption est endémique, l'inflation est à 20%, le déficit public devrait être à 4,1% du PIB en 2015, les réserves de change du pays s'effondrent et il existe deux cours différents du peso, 9,6 pesos pour un dollar US au cours officiel et 15 pesos au marché noir. Face au ralentissement économique, le gouvernement populiste a choisi de compenser par un fort accroissement des dépenses publiques, un déficit public structurel, le contrôle des prix, le protectionnisme et depuis 2011, le contrôle des changes pour éviter un effondrement de sa monnaie. La dette publique devrait passer de 33% du PIB en 2011 à 49,5% en 2015.

Inflation puis....déflation

Les Kirchner avaient hérité d'une crise économique essentiellement due à l'entêtement du précédent gouvernement à préserver un système de change fixe avec le dollar alors même que ses partenaires commerciaux comme le Brésil avaient fortement dévalué la leur face au dollar. Ce régime de change avait permis de surmonter l'hyperinflation (5000% en 1989) et de procurer 8 années de forte croissance au pays. Cependant, face à la hausse du dollar, il était devenu complètement inadapté à l'évolution du contexte macroéconomique argentin.

Son maintien, envers et contre tout, a provoqué une forte déflation entrainant une sévère crise économique (25% de chômage en 2002). A son tour, la crise a entrainé la fuite des capitaux étrangers et le défaut sur la dette souveraine argentine de 100 milliards de dollars, elle-même suivie d'une crise de change.

Accroissement du poids de l'État

Initialement, la venue des populistes au pouvoir s'est accompagnée d'une forte reprise de l'économie tirée par les exportations, dopées par la forte dévaluation de 75% de la monnaie argentine. Cet excédent extérieur a libéré le pays de la nécessité de recourir au marché financier international dont son défaut et l'absence d'un règlement satisfaisant avec ses créditeurs l'avaient exclu.

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Cette expansion économique tirée par les exportations a permis aux Kirchner de mener une large politique d'accroissement du poids de l'État dans l'économie, de contrôle des prix et de redistribution. C'est à cette dernière politique que les populistes de tout bord attribuent la croissance économique retrouvée alors qu'elle était la conséquence d'un bonus provisoire provenant du gain de compétitivité venant de la dévaluation et de la forte demande mondiale en matières premières. La fête s'est terminée avec les fluctuations des marchés internationaux de matière premières.

Pour compenser le manque à gagner, le gouvernement argentin a essayé les vieilles lunes habituelles des années 70 comme des nationalisations, des subventions à l'industrie nationale et du protectionnisme. Ce type de politique ne marche jamais et n'a pas plus marché en Argentine qu'ailleurs. La compensation de ces échecs par des subventions et un niveau de redistribution inadéquat avec la croissance et les recettes du pays ont conduit à la situation actuelle d'une économie sinistrée et peu compétitive, d'une forte inflation et d'un gouvernement en endettement croissant.

Un redressement difficile

Redresser la situation va être difficile pour le nouveau gouvernement qui n'évitera pas une nouvelle dépréciation du peso, une contraction des dépenses publiques ainsi qu'un resserrement monétaire. Cet assainissement conjoncturel, bien qu'indispensable, va rendre plus difficile la mise en place des réformes structurelles indispensables à un bon fonctionnement de l'économie. Espérons qu'une réussite de cette politique d'assainissement ne ramène pas les péronistes au pouvoir avant la mise en place des réformes structurelles.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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