Pour un rééquilibrage des relations franco-chinoises
Anne Genetet

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Nous célébrons le 60e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos pays. Mais l'ambiance est plus sombre qu'en 2014, sans illusion. Nos relations sont trop asymétriques. Les rapports de force ont changé depuis 1964 et l'initiative du général de Gaulle en quête d'indépendance. La Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale.
Or, un État fait toujours la politique de sa puissance. Les circonstances aussi ne sont plus les mêmes. La rivalité sino-américaine rebat les cartes de la géopolitique mondiale. Le ressentiment monte contre l'Occident et "son" ordre international. Le grand jeu des zones d'influence se joue en Indopacifique et en Afrique. La vie internationale est marquée par un unilatéralisme sans foi ni loi. Enfin, la Chine soutient l'effort de guerre russe contre l'Ukraine.
Ces dernières années, les espaces de discussion entre la France et la Chine se sont réduits. Ceux qui demeurent exigent beaucoup de vigilance. Commerce, nouvelles technologies, droits humains, Taïwan, Indopacifique, mers de Chine orientale et méridionale : les échanges sont plus vigoureux, les désaccords plus lourds, les divergences plus profondes. La relation est désormais moins souvent un partenariat qu'une concurrence, voire une rivalité. La Chine est en effet un concurrent systématique dans tous les secteurs industriels et d'innovation. Des campagnes y ont été conduites contre des entreprises étrangères accusées de représenter une menace pour la sécurité nationale. Certaines hésitent à rester. Les investissements directs étrangers sont à un bas niveau inédit. Les milieux d'affaires occidentaux sont en panne de confiance.
Aujourd'hui, nulle coopération franco-chinoise ne se déploie sur la zone indopacifique alors que nous y aurions des intérêts communs, autour du climat, de la biodiversité ou des océans. Paris s'efforce pourtant de cultiver vis-à-vis de Pékin une position bilatérale singulière qui se veut moins dans la confrontation que celle de la commission européenne, du G7 ou de l'OTAN. Mais, même sur les enjeux globaux tels que le développement durable ou la santé, coopérer reste difficile.
Comme députée des Français établis en Chine, je me suis encore rendue sur place fin 2023, ainsi qu'à Hong Kong début 2024. La communauté française y est en diminution depuis plusieurs années. Elle a été durement affectée par la fermeture du pays pendant la pandémie de Covid. La gestion de la crise a participé à la dégradation de l'image du pays auprès de nos compatriotes. Or, la confiance et la réputation se détruisent plus rapidement qu'elles ne se (re)construisent. En dépit des difficultés et des incertitudes, la communauté française reprend toutefois doucement confiance en l'avenir. Il y a un an, en avril 2023, j'avais pu constater que le régime de Pékin avait particulièrement bien reçu le Président français. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps, et le rééquilibrage de nos relations bilatérales demeure un chemin long et abrupt. Le champ des coopérations potentielles est pourtant vaste puisqu'il peut porter sur tout ou partie des enjeux permettant de répondre à nos besoins nationaux, bilatéraux et globaux communs : réforme de la gouvernance mondiale, lutte contre le dérèglement climatique, amélioration des relations commerciales, suivi des coopérations industrielles, relance des échanges humains, etc. Sans oublier la culture. "L'Année franco-chinoise du tourisme culturel" lancée en janvier fait la promotion croisée de la France et de la Chine comme destinations touristiques et culturelles auprès des publics chinois et français.
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La satisfaction par la Chine de trois prérequis rendrait possible l'amorce de ce rééquilibrage. D'abord, cesser de rechercher l'hégémonie dans sa zone d'influence et d'intimider. Ensuite, sécuriser l'environnement des affaires pour faciliter le développement des entreprises européennes et la vie de nos compatriotes sur place. Enfin, exercer une pression sur la Russie pour sortir par le haut de la guerre en Ukraine. Si le 60e anniversaire symbolise dans la culture chinoise l'ouverture d'un nouveau cycle de vie, la visite du président Xi nous administre aussi une piqûre de rappel opportune : la France, tout en relevant ses propres défis, doit pouvoir proposer une nouvelle coopération avec la Chine fondée sur la réciprocité et une confiance retrouvée. Comme le dit le proverbe chinois : "un ami, c'est une route, un ennemi, c'est un mur".
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(*) Anne Genetet, Députée de la 11e circonscription des Français établis hors de France (Renaissance), Vice-présidente du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale, Secrétaire de la Commission de la défense nationale et des forces armées et Présidente de la délégation française à l'Assemblée parlementaire de l'OTAN
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