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Pourquoi l'inflation a disparu

Olivier Passet, Xerfi

Publié le 05 juillet 2019 à 07:01

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi l'inflation a disparu

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Les économies développées sont incontestablement dans une trappe à faible inflation, à faible salaire et à faibles taux. Inflation sous-jacente sous la barre des 1% en Europe. Taux longs négatifs. Inflation sous-jacente à 2% aux États-Unis, alors même que le chômage est historiquement bas et que la politique budgétaire accélère artificiellement la cadence. Tout démontre aussi que la cause de ce régime durable n'est pas d'origine monétaire. Les banques centrales ont déployé tous les leviers en leur possession sans parvenir à extraire les économies de ce régime. Exit donc la lecture monétariste de l'équation de Fisher MV = PT.

Les fondements monétaires de ce nouveau régime

Il faut donc s'interroger les fondements non monétaires de ce nouveau régime. On peut alors surligner quatre grands blocs d'explication :

  • 1. La faiblesse des coûts, notamment salariaux, qui combine des facteurs institutionnels (mécanismes de désindexation par exemple), et le déséquilibrage du rapport de force, entre travail et capital et entre salariés eux-mêmes.
  • 2. La moindre rigidité de l'offre, qui modère les pénuries transitoires et donc les tensions sur les prix.
  • 3. Les facteurs externes, notamment une plus grande stabilité du régime monétaire et tout ce qui a trait à l'inflation importée sur les matières premières.
  • 4. Enfin, la faiblesse des débouchés, qui pèse négativement sur les prix.

Les causes de la désinflation

Vues à travers ce prisme, les causes de la désinflation sont multiples et s'auto-renforcent :

  • 1. Côté coût du travail, nombre de facteurs participent à la modération salariale : désindexation, individualisation des rémunérations, affaiblissement des syndicats, pour des raisons politiques ou plus structurelles (la monté des emplois de service plus fractionnés notamment). On peut encore évoquer la montée de la gouvernance actionnariale, la mise en concurrence des salariés les moins qualifiés avec la main-d'œuvre des pays à bas coûts... Tout cela a contribué a diminué le pouvoir de négociation des salariés.
  • 2. Du côté de l'efficacité productive, tout l'appareillage de la déréglemention (sur le marché du travail ou des capitaux) mais aussi l'extension de la lean production, des modèles de production à coûts fixes, et la légèreté des immobilisations dans certains services.... Tout cela participe à l'accroissement de la vitesse d'ajustement de la production.
  • 3. Au plan international, il est clair que la fin de la balkanisation monétaire européenne a éradiqué la récurrence des dévaluations en cascade qui alimentaient les boucles inflationnistes. Sur le plan commercial, l'ouverture croissante à la concurrence avec les pays à faibles coûts, a intensifié la pression sur les prix. Et sur le champ des matières premières, la grande perspective du peak oil a laissé la place à l'eldorado des gaz et pétrole de schiste.
  • 4. Côté demande, la forte propension à l'épargne des pays vieillissants, et celle de précaution des populations émergentes, en mal d'institutions sociales, participent structurellement à la faiblesse des débouchés mondiaux.

Extension des rentes de salariés et inertie salariale

Comment expliquer cependant, l'approfondissement rampant du phénomène, qui nous mène peu à peu au bord de la déflation, alors même que le tableau structurel semble en partie figé ? C'est bien l'inertie salariale qui apparaît alors comme l'élément le plus saillant. Alors même que certaines compétences se font rares et  que le contexte de faible productivité pourrait rapidement induire une dérive des coûts unitaires.

Même s'il ne s'attaque pas frontalement au sujet, le récent ouvrage de Philippe Askénazy  offre une piste intéressante. Moins que jamais, la formation des salaires se conforme à la fiction d'une indexation à la productivité de chacun. Le marché du travail est traversé de phénomènes de rente, qui permettent à certains salariés de capter plus de valeur que les autres. Il ne s'agit pas seulement des 1% ou 0,1% les plus riches. Mais de tous ceux que l'on rémunère, non au regard de leur apport direct à la production, mais bien plus au regard de la nuisance et de la sinistralité qu'ils préviennent ou que leur départ occasionne : la confidentialité des informations détenues, la maîtrise de systèmes complexes, la protection des data, la réputation, etc... Ces rentes se multiplient avec l'économie digitale, au détriment des fantassins de la production, plus substituables, et à moindre pouvoir de négociation. Et l'extension de ces rentes limite le gâteau à partager et participe ainsi à la modération du plus grand nombre.

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Bref, il existe pléthore d'explications à la faible inflation. Mais l'absence d'institutions correctrices visibles ou invisibles, adaptée à notre époque, est sans doute la clé de l'explication.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Olivier Passet, Xerfi

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