Pourquoi l'inflation a disparu
Olivier Passet, Xerfi

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Les économies développées sont incontestablement dans une trappe à faible inflation, à faible salaire et à faibles taux. Inflation sous-jacente sous la barre des 1% en Europe. Taux longs négatifs. Inflation sous-jacente à 2% aux États-Unis, alors même que le chômage est historiquement bas et que la politique budgétaire accélère artificiellement la cadence. Tout démontre aussi que la cause de ce régime durable n'est pas d'origine monétaire. Les banques centrales ont déployé tous les leviers en leur possession sans parvenir à extraire les économies de ce régime. Exit donc la lecture monétariste de l'équation de Fisher MV = PT.
Il faut donc s'interroger les fondements non monétaires de ce nouveau régime. On peut alors surligner quatre grands blocs d'explication :
Vues à travers ce prisme, les causes de la désinflation sont multiples et s'auto-renforcent :
Comment expliquer cependant, l'approfondissement rampant du phénomène, qui nous mène peu à peu au bord de la déflation, alors même que le tableau structurel semble en partie figé ? C'est bien l'inertie salariale qui apparaît alors comme l'élément le plus saillant. Alors même que certaines compétences se font rares et que le contexte de faible productivité pourrait rapidement induire une dérive des coûts unitaires.
Même s'il ne s'attaque pas frontalement au sujet, le récent ouvrage de Philippe Askénazy offre une piste intéressante. Moins que jamais, la formation des salaires se conforme à la fiction d'une indexation à la productivité de chacun. Le marché du travail est traversé de phénomènes de rente, qui permettent à certains salariés de capter plus de valeur que les autres. Il ne s'agit pas seulement des 1% ou 0,1% les plus riches. Mais de tous ceux que l'on rémunère, non au regard de leur apport direct à la production, mais bien plus au regard de la nuisance et de la sinistralité qu'ils préviennent ou que leur départ occasionne : la confidentialité des informations détenues, la maîtrise de systèmes complexes, la protection des data, la réputation, etc... Ces rentes se multiplient avec l'économie digitale, au détriment des fantassins de la production, plus substituables, et à moindre pouvoir de négociation. Et l'extension de ces rentes limite le gâteau à partager et participe ainsi à la modération du plus grand nombre.
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Bref, il existe pléthore d'explications à la faible inflation. Mais l'absence d'institutions correctrices visibles ou invisibles, adaptée à notre époque, est sans doute la clé de l'explication.
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Olivier Passet, Xerfi