Pourquoi l'inflation a disparu

 |   |  817  mots
(Crédits : DR)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi l'inflation a disparu

VIDEO

Les économies développées sont incontestablement dans une trappe à faible inflation, à faible salaire et à faibles taux. Inflation sous-jacente sous la barre des 1% en Europe. Taux longs négatifs. Inflation sous-jacente à 2% aux États-Unis, alors même que le chômage est historiquement bas et que la politique budgétaire accélère artificiellement la cadence. Tout démontre aussi que la cause de ce régime durable n'est pas d'origine monétaire. Les banques centrales ont déployé tous les leviers en leur possession sans parvenir à extraire les économies de ce régime. Exit donc la lecture monétariste de l'équation de Fisher MV = PT.

Les fondements monétaires de ce nouveau régime

Il faut donc s'interroger les fondements non monétaires de ce nouveau régime. On peut alors surligner quatre grands blocs d'explication :

  • 1. La faiblesse des coûts, notamment salariaux, qui combine des facteurs institutionnels (mécanismes de désindexation par exemple), et le déséquilibrage du rapport de force, entre travail et capital et entre salariés eux-mêmes.
  • 2. La moindre rigidité de l'offre, qui modère les pénuries transitoires et donc les tensions sur les prix.
  • 3. Les facteurs externes, notamment une plus grande stabilité du régime monétaire et tout ce qui a trait à l'inflation importée sur les matières premières.
  • 4. Enfin, la faiblesse des débouchés, qui pèse négativement sur les prix.

Les causes de la désinflation

Vues à travers ce prisme, les causes de la désinflation sont multiples et s'auto-renforcent :

  • 1. Côté coût du travail, nombre de facteurs participent à la modération salariale : désindexation, individualisation des rémunérations, affaiblissement des syndicats, pour des raisons politiques ou plus structurelles (la monté des emplois de service plus fractionnés notamment). On peut encore évoquer la montée de la gouvernance actionnariale, la mise en concurrence des salariés les moins qualifiés avec la main-d'œuvre des pays à bas coûts... Tout cela a contribué a diminué le pouvoir de négociation des salariés.
  • 2. Du côté de l'efficacité productive, tout l'appareillage de la déréglemention (sur le marché du travail ou des capitaux) mais aussi l'extension de la lean production, des modèles de production à coûts fixes, et la légèreté des immobilisations dans certains services.... Tout cela participe à l'accroissement de la vitesse d'ajustement de la production.
  • 3. Au plan international, il est clair que la fin de la balkanisation monétaire européenne a éradiqué la récurrence des dévaluations en cascade qui alimentaient les boucles inflationnistes. Sur le plan commercial, l'ouverture croissante à la concurrence avec les pays à faibles coûts, a intensifié la pression sur les prix. Et sur le champ des matières premières, la grande perspective du peak oil a laissé la place à l'eldorado des gaz et pétrole de schiste.
  • 4. Côté demande, la forte propension à l'épargne des pays vieillissants, et celle de précaution des populations émergentes, en mal d'institutions sociales, participent structurellement à la faiblesse des débouchés mondiaux.

Extension des rentes de salariés et inertie salariale

Comment expliquer cependant, l'approfondissement rampant du phénomène, qui nous mène peu à peu au bord de la déflation, alors même que le tableau structurel semble en partie figé ? C'est bien l'inertie salariale qui apparaît alors comme l'élément le plus saillant. Alors même que certaines compétences se font rares et  que le contexte de faible productivité pourrait rapidement induire une dérive des coûts unitaires.

Même s'il ne s'attaque pas frontalement au sujet, le récent ouvrage de Philippe Askénazy  offre une piste intéressante. Moins que jamais, la formation des salaires se conforme à la fiction d'une indexation à la productivité de chacun. Le marché du travail est traversé de phénomènes de rente, qui permettent à certains salariés de capter plus de valeur que les autres. Il ne s'agit pas seulement des 1% ou 0,1% les plus riches. Mais de tous ceux que l'on rémunère, non au regard de leur apport direct à la production, mais bien plus au regard de la nuisance et de la sinistralité qu'ils préviennent ou que leur départ occasionne : la confidentialité des informations détenues, la maîtrise de systèmes complexes, la protection des data, la réputation, etc... Ces rentes se multiplient avec l'économie digitale, au détriment des fantassins de la production, plus substituables, et à moindre pouvoir de négociation. Et l'extension de ces rentes limite le gâteau à partager et participe ainsi à la modération du plus grand nombre.

Bref, il existe pléthore d'explications à la faible inflation. Mais l'absence d'institutions correctrices visibles ou invisibles, adaptée à notre époque, est sans doute la clé de l'explication.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/07/2019 à 18:28 :
La mesure de l'inflation n'est plus adaptée a notre epoque.
La chercher dans le panier de la menagere alors que cela fait belle lurette que la satisfaction de la menagere n 'est plus l'alpha et l'omega de l'economie est une premiere erreur, la manipuler, je pense là a la ligne Loyers, eau et enlèvement des ordures ménagères de l'insee a 7.64% des depenses du premier quintile (même pas 200 euros pour un couple au smic; mais il est vrai que le premier quintile comprend les sdf et tanguys qui eux ont peu de frais de ce coté là)
Que dire de la deflation technologique? les premiers smartphones 4 pouces sont sortis en 2013, combien vaudraient ils aujourd'hui, combien aurai valu un drone avec video en direct il y a 10 ans, il y a 40 ans les voitures duraient difficilement 10 ans, aujourd'hui a 10 ans elles sont a mi vie.

Si l'on defini l'inflation comme une perte de pouvoir d'achat de la monnaie, pourquoi ne pas mettre les taux negatifs dedans, les obligs sont une quasi monnaie. Pour la france 2300 Mds maturité moyenne a 8 ans, -0.27% actuellement.6.21 Mds de part des anges.28.5 millions de menages a 34000 euros de depenses (chiffres insee même si je trouve que 34000 ça fait beaucoup) ça nous fait deja 0.64 d'inflation. Avec la mesurée insee on peut donc dire que Mario a fait le job.

On peut quand même s'interroger sur l'interet de cibler la politique de la banque centrale sur un objectif aussi indefinissable que l'inflation. Les ""responsables"" qui ont décrété cela sont ils souillons ou calops? Je serais tenté de dire les 2 mon capitaine.
a écrit le 05/07/2019 à 13:24 :
l'inflation n'a pas du tout disparue
de quoi parle t on?
l'inflation endogene est un peu moins forte qu'avant, ce qui est normal vu les gains de productivite ( quoique la france a augmente les salaires largement plus que la productivite les 50 dernieres annees, d'ou son chomage structurel a 10%)
reste l'inflation exeogene; y a de la deflation quand le prix du petrole baisse et de l'inflation sinon; pareil pour les produits en provenance de chine
last but not least, tous les economistes vous diront que les politiques monetaires incencees ont mene a l'inflation, mais a la difference des cas avant, pas a l'inflation salariale en economie keynesienne fermee, mais en inflation sur les actifs
tout est relatif comme on dit
a écrit le 05/07/2019 à 11:52 :
1, le pétrole va baisser pour au moins 5 ans!
2, l'immobilier explose encore et l'on en consomme tous les jours et c'est bel et bien de l'inflation avec l'augmentation des taxes et des impôts, supportables dans un cycle de prix baissiers, mais qui vont tout exploser dès la tendance s'inversera!
Conclusion: Les économistes sont à schtroumpfer!
a écrit le 05/07/2019 à 10:07 :
L'inflation est de 2 à 6 % mais le thermomètre pour la mesurer est cassé donc on fait croire qu'il n'ya pas d'inflation pour justifié des taux bas mais en réalité il suffit de comparer tous les prix: loyers,voitures, assurances,supermarché,artisans,pour voir que les prix flambent .
Réponse de le 05/07/2019 à 10:30 :
Tout à fait D accord ! Le calcul est faux . Immo électricité et alimentaire sont à la hausse , les principales dépenses ... Faire un calcul en intégrant des biens non nécessaires ne sert à rien ,
a écrit le 05/07/2019 à 10:01 :
On peut également en conclure, avec des taux négatifs, avec ces dizaine de milliers de milliards de dollars s'entassant dans les paradis fiscaux et donc argent soustrait à l'activité économique mondiale, bref avec tout ces cadeaux offerts à leurs uniques propriétaires, que nous assistons à une dévalorisation totale de la valeur argent non ?

Que finalement toutes ces politiques qui ne font que concentrer l'argent et les outils de production de capitaux dans les mains de quelques uns est en train d'anéantir ce modèle économique dont ils profitent si bien ?
a écrit le 05/07/2019 à 9:59 :
Contrairement a ce que nous annoncent "les progressistes", le manque d'inflation ou sa disparition corresponde a une régression. Transformé en progrès par un dogme quasi religieux,elle impose ses réformes! Nous ne savons pas où nous allons, mais on y va, ayez la Foi!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :