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Pourquoi la "rigueur douce" de Macron passe si mal

Photo de Xerfi Canal

Olivier Passet, Xerfi

Publié le 14 décembre 2018 à 14:58 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:10

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi la "rigueur douce" de Macron passe si mal

Avec Macron peut-on parler de rigueur ? Le mot est flou bien entendu. Et il faut déjà s'entendre sur son sens. La rigueur, ce n'est pas la purge, comme on l'a vu en Grèce, en Espagne ou au Portugal. C'est lorsque l'État se met à prélever plus qu'il ne dépense, ou baisse plus vite ses dépenses qu'il ne diminue les prélèvements. C'est donc un moment où l'ajustement financier des acteurs publics pèse négativement sur la richesse des agents privés. Et cette rigueur est d'autant plus ressentie que l'ajustement pèse directement sur les ménages et sur un grand nombre de ménages. La répartition de l'effort est donc à prendre en compte.

Pour commencer, donc, quelle est l'intensité de l'ajustement des comptes publics sous Macron ? Pour cela, il faut scruter l'évolution du déficit budgétaire et se centrer plus spécifiquement sur sa composante structurelle. En effet, la réduction du déficit qui est imputable aux meilleures rentrées fiscales ou aux moindres dépenses sociales en phases haute conjoncture, ne relèvent pas de la rigueur. Et puis l'effet positif de la décrue des taux d'intérêt sur la charge de la dette ne peut pas non plus être assimilé à de la rigueur. In fine, pour cerner la véritable ponction de l'État sur les agents privés, c'est la variation de ce que l'on appelle le solde primaire structurel qu'il faut observer. Le problème, c'est que le déficit structurel, celui qui témoigne des inflexions permanentes de dépenses ou de recettes, n'est pas directement observable. Il relève d'une petite tambouille de macro-économiste et comporte de ce fait une certaine dose d'incertitude. Je vais me référer ici aux calculs opérés par la commission européenne et ceux de l'OCDE. Que nous disent-ils ?

2019, plutôt une année de rigueur

D'abord d'une source à l'autre, à peu près la même chose. Ce qui est rassurant. Et d'abord, que la rigueur se serait plutôt relâchée sous Macron, après s'être déjà atténuée depuis 2014. Le résultat est cependant trompeur, car il intègre le double versement du CICE ancienne version et du CICE transformé en 2019. C'est pourquoi, l'OCDE calcul un déficit dit « sous-jacent » qui élimine l'impact des mesures transitoires, qui ne jouent que sur une année. En l'occurrence, ici, en 2019, le CICE va directement alimenter la trésorerie des entreprises, mais son effet s'évaporera l'année suivante. Qu'en est-il alors lorsque l'on resserre l'analyse sur les mesures pérennes ?

Eh bien, que 2019, est plutôt une année de rigueur, rigueur douce, dans le prolongement des années Hollande. Je parle de rigueur douce, car on est loin de l'ajustement d'un demi-point de PIB par an, exigé par la commission européenne. Et qui succède à une année de détente, 2018, mais principalement dédiée au revenus les plus élevés.

La rigueur pèse sur un grand nombre d'individus

Pourquoi, maintenant, cette rigueur douce est-elle moins bien tolérée. D'abord, parce que depuis 2010, la France connaît un épisode de rigueur cumulée, conséquente, inégalée dans son histoire, même elle n'est pas en position extrême en Europe. Ensuite, parce que la France ayant choisi l'option de l'ajustement gradué, l'effort s'étire plus qu'ailleurs. Si l'on regarde la ponction nette de l'État depuis 2014, on observe que certaines économies, quelle qu'ait été la violence de l'ajustement global, parviennent à jouer depuis 5 ans une partition expansive, à l'instar de l'Espagne, de l'Italie, ou de l'Allemagne.

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Enfin et surtout, parce que la répartition de l'effort est essaimée sous Macron, et pèse sur un grand nombre d'individus. Notamment les retraités, mais pas seulement. Le quasi-gel des APL, des allocations familiales et des pensions de retraite exerce une ponction de 7 milliards sur les ménages. La hausse de la fiscalité indirecte (énergie, tabac, notamment) touche tout le monde, sans distinction de revenu. La rupture est là. Alors que son prédécesseur avait davantage concentré l'ajustement sur les hauts revenus. Bref, Macron, c'est de la petite rigueur, peu lisible et bien mal répartie.

 >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Olivier Passet, Xerfi

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