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Pourquoi si peu de réactions face à la pollution de l’air ?

Monique Hirschhorn

Publié le 02 janvier 2017 à 16:41 - Mis à jour le 02 janvier 2017 à 16:50

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Par Monique Hirschhorn, Professeur émérite de sociologie, Université Paris Descartes – USPC

Après avoir eu « un bel et épouvantable été » au cours duquel tous les records de chaleur, depuis que l'on enregistre les températures, ont été battus, faut-il nous attendre maintenant à « un bel et épouvantable hiver », avec ce ciel bleu, cette absence de pluie et de vent, cette température relativement clémente qui viennent de nous valoir, dans une grande partie de la France, l'épisode de pollution de l'air le plus long et le plus intense depuis dix ans ?

Une si discrète invasion

Comment supportons-nous cela ? Il faut oser le dire : plutôt bien. Un été où le soleil est toujours au rendez-vous, un hiver sans vent, ni pluie, que souhaiter de mieux ? Nos réactions seraient assurément différentes si le changement climatique prenait la forme d'un « petit âge glaciaire » comme celui que connut de façon intermittente l'Europe entre 1280 et 1850 ou si la pollution de l'air se manifestait par un smog brunâtre et épais comme celui que Londres a connu en 1952 et qui avait rendu l'air à proprement parler irrespirable.

Par Monique Hirschhorn

Professeur émérite de sociologie, Université Paris Descartes - USPC

Si nous restons si passifs face à la pollution de l'air au point même de respecter de moins en moins les consignes de circulation alternée, c'est d'abord parce que, sauf à avoir une pathologie respiratoire spécifique, nous ne la ressentons que fort peu.

Sans des observatoires disposant d'instruments techniques de plus en plus perfectionnés pour mesurer les taux de particules fines et de polluants contenus dans l'atmosphère, nous n'aurions pas connaissance de la pollution actuelle. Et le problème se pose de façon identique quand il s'agit d'appréhender les effets catastrophiques de la pollution.

Les risques et la raison

Autour de nous, on ne meurt pas de la pollution, mais d'un cancer, d'un accident cardio-vasculaire, d'un accident de la route... Les 48 000 décès par an qui lui sont imputables (la pollution chronique d'assez faible intensité étant encore plus redoutable que les pics de pollution) ne sont comptabilisés que par les épidémiologues qui raisonnent en termes de risques.

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Ce qui suppose de substituer au modèle causal qui fait partie de nos instruments ordinaires de pensée un modèle probabiliste fondé sur la corrélation statistique et dans lequel il n'y a plus de cause unique, ni de cause nécessaire et suffisante.

Bien que cette démarche soit scientifiquement validée, elle demeure contre-intuitive comme le montre, à propos du risque que fait courir le tabac, l'usage récurrent de l'argument dirimant que semble constituer l'existence d'individus qui ont fumé toute leur vie et dont la santé n'a pas été affectée.

Le déni face aux risques globaux

On l'aura compris, la contradiction entre ce que nous ressentons, ce que nous observons, ce que nous analysons et un discours scientifique alarmiste sur la pollution nous incite au déni ou tout au moins à minimiser le risque encouru ; d'autant qu'il y a une autre raison majeure à notre passivité, qui vaut même pour ceux d'entre nous qui sont convaincus du danger que représente la pollution de l'air, c'est le sentiment aigu de notre impuissance.

Car, à l'inverse par exemple de l'alcool et du tabac qui sont des risques individualisés dont on peut se protéger sans d'autre coût que le renoncement à leur consommation, la pollution de l'air fait partie de ces risques globaux qu'a produit la modernité. On ne peut lutter contre elle que par un engagement collectif et des choix drastiques qui ont des coûts élevés, car ils impliquent des changements de modes de vie, voire de modèle de société.

L'obstacle ne serait toutefois pas insurmontable si, dans un contexte de doute sur la maîtrise politique de notre destin collectif, les hommes politiques qui se font le mieux entendre, n'étaient pas ceux qui s'emparent des problèmes les plus visibles, en donnent des explications simples et prétendent y apporter des réponses efficaces.

Peu de chances donc dans ces conditions, en dépit de l'action volontariste de militants associatifs convaincus de l'urgence d'agir et de quelques politiques ayant un peu plus que d'autres le sens de l'intérêt général à long terme, de ne pas avoir de nouveau « un temps à craindre le pire ».

The Conversation
The Conversation (Crédits : Photo DR)

Par Monique Hirschhorn, Professeur émérite de sociologie, Université Paris Descartes - USPC.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Monique Hirschhorn

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