Primaires : un débat limité à une surenchère de chiffres

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(Crédits : DR)
Ce qu'on a vu ce jeudi soir avec le débat entre les candidats à la primaire de droite, c'est la politique finement tranchée en matières et sous matières, comme à l'école : maths, français, gym, anglais, SVT. Chômage, temps de travail, impôt, fonctionnaire, retraire, fichés S... Sans aucune vision, aucune pensée. Par Virginie Martin, Kedge Business School

Après le spectacle-pathos-affectif proposé par l'animatrice de l'Amour est dans le pré, après cette aventure du cœur et des tripes, le débat de la primaire a sévi ce jeudi soir 13 octobre. Fini le pathos façon M6, terminé l'émotion, le personnel, l'intime, le canapé où l'on se love, où l'on se sourit...

Hier soir les chiffres, les démonstrations techniques, la froideur des schémas et des algorithmes, tout cela a joyeusement débarqué sur cet immense plateau bleu-glacial. L'aridité, la sècheresse, la froideur. En une semaine les français, ceux qui regardent encore ce type d'émissions de façon sérieuse, ont connu une sorte de chaud et froid sans transition.

 Une énorme question technique

Ce jeudi 13 octobre, nous avons assisté à ce que semble être la politique façon 2016 : Une énorme question technique, un collier de chiffres, une bataille sur les virgules et sur les pourcentages et une occultation absolue de la vision et de la complexité. L'idée d'un « story telling » pour la France n'est pas de mise ; l'idée de raconter un pays, son orientation dans le monde, l'envie qu'il pourrait susciter, le désir... tout cela n'est pas prévu lors de cette bien longue émission qui a décidé de vendre la politique à la découpe.

La politique finement tranchée en matière et sous matière ; comme à l'école : math, français, gym, anglais, SVT. Chômage, temps de travail, impôt, fonctionnaire, retraire, fichés S, assimilation/intégration Et les candidats consentants et acteurs de cette politique à la découpe, offrent des réponses à la « hauteur » de cette primaire :

 « Alors alors les impôts, vous les baissez aussi ? » : « Oui moi de 28 milliards pour les entreprises et les ménages » ; « moi je dis 10 milliards pour les ménages » ; « Moi je veux tout mettre à plat » Qui dit mieux ?

« Alors alors ces fichés S, vous en faites quoi ? » : « Je les mets hors de France » ; « Moi, je les garde mais je réforme » ; « Moi j'interne les plus dangereux de façon préventive »

« Et sur la retraite ? » : « Moi je dis 63 ans » ; « Moi 63 aussi puis 64 » ; « Moi je dis 65 ans »

« Et l'ISF alors on en fait quoi ? » : « Moi je le reforme ! » « Moi je le supprime ! » « Moi je le garde mais différemment ! »

«Et les fonctionnaires ? » : « Moi je supprime 300000 postes de fonctionnaires ! » ; « Moi je fais mieux 500 000 ! »

« ET la Laïcité ? » : « Le burkini est compatible avec 1905 » ; « Oh non ! Totalement incompatible » et puis finalement, « moi je mets le salafisme hors la loi ».

 Où est la vision?

Une absurdité, une pensée simpliste, une surenchère de chiffres, de circonvolutions techniques ; en entreprise on distingue le gestionnaire et le Steeve jobs, celui qui pense, anticipe, crée, innove, propose une vision. Où s'est caché ce Steeve Jobs ce 13 octobre 2016 ?

Enfermés dans ce format d'émission qui ressemblait plus à un corset, les chefs, les leaders, ceux qui pensent global, haut, complexe aurait refusé ce timing et ce découpage.

 Trois choses ont été les plus dommageables

- ne pas être en capacité de proposer une vision, un élan, une histoire à écrire pour la France

-  ne pas saisir à force de découpage la complexité des temps actuels, l'interdépendance des sujets, la connexion inexorable des thématiques.

- ne pas imaginer d'autres pistes que celles ultra mainstream qui sont proposées : et pourquoi ne pas se poser la question de la fin du travail ? Des 3 % qui ne sont peut-être qu'un mythe, comme le dit son créateur lui même?

 Au delà des ces trois fléaux, quelle envie ont suscité ces politiques ? Auront-ils rendu flamboyante cette politique si démonétisée en se prêtant à un exercice qui n'a qu'une chose à dire : que la démonétisation est réelle et qu'elle continuera.

 Et si l'on mettait à penser?

A mi émission NKM a lancé: « Le rôle du politique c'est plutôt de se mettre en retrait » ; les français risquent de répondre : dont acte. « On n'en peut plus de notre politique actuelle » dit Le Maire, on lui confirme en effet. Et Poisson, bien tardivement, de rajouter : « ce soir, nous avons fait de la gestion et peu de politique, je le regrette » ... Nous aussi, nous surtout.

Une idée peut être trop disruptive pour l'avenir : « et si l'on se mettait à penser ? »

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Commentaires
a écrit le 16/10/2016 à 19:06 :
Vous avez raison mais les journalistes eux-mêmes interdisent de faire ce que vous dites. Un temps aussi chronométré de permet pas d'aller au fond. Je pense qu'il faut une émission par candidat excluant tout aspect personnel ou people. En quelque sorte l'inverse de l'émission de Karine Lemarchand. Personne ne veut le faire car tout le monde croit que ça rasera les téléspectateurs surtout si les journalistes sont en retrait. Si on doit entendre du fond, laissez Mélenchon, Montebourg, NKM, Coppé ou Guaino parler pendant 1h30 et vous verrez, ce sera intéressant mais ne lui coupez pas la parole chaque minute comme on le fait maintenant. D'autres sont il est vrai moins intéressants que ceux que j'ai cités (par exemple Macron : pas de fond pour l'instant...et ceux qui ont une bonne chance eux resteront plutôt classiques). Il reste les livres. Il faut les lire...
a écrit le 15/10/2016 à 18:23 :
J'ai fais un grand commentaire il y a quelques jours mais il n'est pas passé et j'ai la flemme de le refaire, je vais donc résumer, c'est une excellente analyse de cette politique que nous font subir ces professionnels su Spectacle. Fadeur, stérilité, ennuie, voilà ce que ce genre de débat suscite.
a écrit le 15/10/2016 à 7:45 :
Il s'agit bien de "l'interdépendance des sujets", en particulier dans le domaine de l'énergie et du travail. Il faut répartir les charges sociales sur le travail et sur l'énergie. Comment aborder cette question et envisager des solutions? C'est sur les choix des solutions que le débat devrait porter.
a écrit le 14/10/2016 à 12:51 :
Les "républicains" n'en sont qu'au balbutiement de la démocratie directe, il faut être indulgents... Néanmoins on ne peut être qu’effaré par la quantité de propositions irréalisables, inutiles voire gravement attentatoires aux principes de la liberté, de l'égalité et ne parlons pas de la fraternité, qui est un concept "sale" pour la droite.

Par comparaison les primaires de gauche en 2012 étaient beaucoup plus vivantes et intéressantes à suivre. Tout d'abord les candidats étaient moins formatés et démontraient des visions de la politique plus variées. La suite a même prouvé que celles de Valls et de Montebourg ou Aubry n'étaient pas miscibles. Les électeurs n'ont pas eu l'impression de devoir choisir entre des clônes. On retiendra quand même les imites de l'exercice, puisque F. Hollande a fini par faire une politique opposée à celle qu'il avait développé pendant sa campagne (et qui lui vaudra une gamelle électorale retentissante en 2017).
a écrit le 14/10/2016 à 12:09 :
Merci.....cela fait 35 ans que je vote par défaut....cette année....j irais voter a la primaire de la droite.....pour exclure Sarkozy d une potentielle candidature...sans etre stricto sensus de droite.....ni de gauche d ailleurs...car les césures sont ailleurs.....mais certainement pas chez Macron, non plus.......celui la est un illusionniste magistral.....
Bref.....je n ai pas envie qu on m enchante...mais qu on me donne envie.....de recréer.....
a écrit le 14/10/2016 à 12:01 :
Derrière les personnalités, le constat est très homogène: il faut baisser la dépense publique, et baisser les taxes sur les sociétés pour relancer l'emploi. chacun à sa recette, mais la base est là. On devrait saluer le consensus, plutôt que de critiquer l'exercice où ceux qui voulaient des comportements acariâtres, ou des plans sur la comète ont été effectivement déçus..Saluons aussi les journalistes qui ont été très professionnels. Les français, je le crois, veulent un esprit positif pour enfin résoudre les problèmes qui nous minent et nous empêchent de faire aussi bien que les autres.. Nul besoin d'être très innovant quand nous sommes entourés par des pays qui font mieux que nous: il suffit de suivre ce qui se fait ailleurs..
Réponse de le 14/10/2016 à 13:08 :
Les politiques qui prétendent faire repartir le pays en commençant par envoyer 300 à 500 000 personnes s'inscrire à Pôle Emploi n'ont aucune crédibilité.

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