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Réforme du Code du travail : la France est-elle prête à reproduire le modèle allemand ?

Photo de Michel Santi

Michel Santi

Publié le 04 septembre 2017 à 07:52 - Mis à jour le 07 novembre 2017 à 18:20

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La réforme du code du travail dépasse largement le cadre de la réglementation concernant le marché de l'emploi. Elle a des implications quasiment philosophiques dans le sens où elle remet en question l'identité même de la France et ce qui la différencie fondamentalement de l'Allemagne. Plus précisément du point de vue monétaire, c'est-à-dire de ce qui constitue l'essence - au propre et au figuré - de sa spécificité économique. Par Michel Santi, économiste (*).

Jusqu'au virage «social démocrate» - en réalité néo-libéral - de François Hollande fin 2012, la France et l'Allemagne avaient deux compréhensions radicalement différentes - et même antagonistes - de ce qu'une union monétaire se devait d'être.

Pour la France, un pays souverain capable de battre sa propre monnaie ne saurait faire faillite. Cet État - qui délègue cette faculté de création monétaire à sa banque centrale- reste maître de sa monnaie qu'il est en capacité d'imprimer à volonté. Cette lecture chartaliste française perçoit donc la monnaie comme une sorte de papier valeur ou d'obligation, au service de la nation.

À l'opposé de la vision allemande pour qui la monnaie est un médium d'échanges destiné aux entités privées qui peuvent mettre l'État en banqueroute. Partant de là, cette interprétation allemande de la monnaie - sur laquelle le politique n'est pas censé avoir prise et qui ne doit pas être utilisée selon son bon vouloir - induit des comportements économiques radicalement différents.

Si la monnaie ne peut nous sauver, laissons donc le marché arbitrer qui - dans son infinie prescience - finira bien par rétablir l'équilibre. Mais quel équilibre en fait, et aux dépens de qui ou de quelle classe ? C'est à cette aune qu'il convient ainsi de revisiter l'indifférence allemande vis-à-vis du chômage, parfois massif, en vigueur dans nombre de pays européens périphériques. S'il faut en croire leur thèse, il convient de s'en remettre au marché - certainement pas à l'État - pour y remédier. Sinon, pas de chance, circulez, il n'y a rien à voir : tel est le message adressé aux chômeurs...

Jusque là - en tout cas jusqu'au Pacte de responsabilité de l'ancien Président-, les mécanismes conjugués de l'offre et de la demande faisaient partie intégrante de la gestion macro-économique du pays. Partant de là, l'endettement public était une contrainte acceptable pour soutenir l'emploi et pour relancer la consommation. Pour la France, la dette était une donnée incontournable - voire un élément constitutif- de l'équilibre et de la croissance, qui se devait d'être actionnée si elle était susceptible de profiter à la vie quotidienne des citoyens. Lecture qui indiquait - en creux - une méfiance vis-à-vis des marchés dont il ne fallait pas attendre le bonheur public.

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Cette Loi travail - combinée à une rigueur budgétaire visant à restreindre la marge de manœuvre de l'État - représente donc un authentique tournant de la philosophie française en vigueur, non depuis la Ve République, mais depuis Colbert. Serions-nous prêts à ranger le chartalisme au rayon des antiquités, à ne plus rien attendre du politique (qui, il est vrai, ne nous donne plus que des os à ronger), et à calquer notre comportement sur celui des Allemands ? Pour ma part, j'en doute, car je fais encore plus confiance à un État - même défaillant - qu'aux marchés.

___

(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : «Pour un capitalisme entre adultes consentants», préface de Philippe Bilger.

Sa page Facebook et Twitter.

Michel Santi

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