Y a-t-il un tournant Macron après 20 ans de réformes sociales ?

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(Crédits : YVES HERMAN)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, y a-t-il un tournant Macron après 20 ans de réformes sociales ?

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La politique sociale depuis 20 ans. On se dit a priori que c'est l'histoire d'un patient détricotage des acquis du programme national de la résistance freiné par quelques grandes mobilisations. Faisons un bref bilan des 20 dernières années. Le système français est un système qui est mis au défi sur deux plans : 1) sa capacité à s'équilibrer sur longue période et 2) sa capacité à affronter le défi pour les entreprises de l'ouverture à la concurrence.

Le système français sous pression financière depuis 20 ans

Le premier constat, c'est que du point de vue des dépenses, il est difficile d'étayer la thèse d'une déconstruction sociale. Car la France consacre une part supérieure de son PIB aujourd'hui à la protection (au sens large, en y intégrant les régimes complémentaires) ou au sens étroit, lorsque l'on resserre l'analyse sur les circuits publics. Idem, lorsque l'on prend  l'indicateur des prestations versées par habitant en euro constant. Là non plus, on n'observe pas de rupture. Voilà pour la volumétrie. D'où vient alors le sentiment d'un moins disant social ? Du fait que l'essentiel des réformes ont visé à canaliser la pente de progression des dépenses, face à des besoins et des coûts croissants. Et ces réformes doivent être pensés au regard de la déformation du ratio entre ceux qui financent et ceux qui bénéficient des prestations.

Avec d'un côté, une augmentation de la dépendance senior, phénomène particulièrement marqué en France depuis 2010. Et simultanément, une stabilité de la dépendance junior, qui singularise la France. Et, au final, un ratio total de dépendance (junior et senior) qui se détériore bien plus qu'ailleurs. Le système français est donc soumis à des tensions financières redoutables, qui expliquent que les 20 dernières années soient jalonnées de réformes paramétriques qui garantissent sa soutenabilité.

Retraite et santé : des réglages pour trouver l'équilibre

Avec au premier rang, la question des retraites, première branche de la protection sociale. Le grand tournant, c'est le rapport Charpin de 99, qui ouvre la voie de la première grande réforme de 2003. Je ne passerai pas en revue la succession des réformes de 2007, 2008, 2010, 2014. Disons qu'elles aboutissent strate après strates :

  • 1. à un allongement significatif de la durée de cotisation avec un objectif de 43 ans à horizon 2030,
  • 2. à une augmentation de l'âge de départ légal à 62 puis 63 ans, ainsi que de l'âge de départ à taux plein à 67 ans,
  • 3. à un rapprochement des différents régimes concernant l'âge, la durée de cotisation ou le taux de cotisation ;
  • 4. à l'indexation des pensions sur l'inflation et non plus les salaires, ce qui désindexe de fait les pensions de la productivité et a pour corollaire à terme un décrochage du niveau de vie des retraités par rapport au restant de la population,
  • 5. à une hausse marginale des taux de cotisation,
  • 6. à une généralisation des complémentaires, pour élargir les droits.


Tout cela étant monnayé par des contreparties sur la pénibilité, les carrières longues, ou le minimum retraite. Ici, il n'y a pas de remise en cause de la philosophie du système. Juste du réglage visant l'équilibrage à long terme.

Autre branche emblématique : la santé. Avec des problématiques voisines à celles de la retraite : un fort impact de la pyramide des âges, une balkanisation des régimes. Là encore la succession des réformes, et des PLFSS a eu vocation à uniformiser et canaliser le système. Le tournant c'est 1996 qui instaure l'objectif national de dépenses d'assurance maladie au sein du PLFSS, et avec lui année après année une cascade de déremboursements, la mise en place de franchises, le développement des génériques. Autre jalon, 2004 qui vise à optimiser le parcours santé. Mais en parallèle, il y'a aussi l'extension de la couverture avec la CMU en 2000, simplifiée en 2016 avec la protection maladie universelle, qui a vocation à inclure les laisser pour compte du système.

Intégrer de l'efficacité dans le social

Ces deux exemples, sont emblématiques de la philosophie d'action des gouvernements successifs. Des réformes incessantes, un chantier de Sisyphe, pour sauvegarder le système, en accroître la robustesse, intégrer de nouveaux risques... tout en modérant la charge du financement sur le travail et l'entreprise. Cette politique fait écho aux efforts successifs pour modérer le coût du travail peu qualifié qui passe par la modération de la hausse du pouvoir d'achat du SMIC et par les dispositifs successifs de baisse des charges au niveau des bas salaires. Le social intègre donc de plus en plus l'enjeu de l'efficacité.

Cette politique sociale prend sa cohérence lorsqu'on la rapproche  des lois successives pour assouplir à petite touche le droit du licenciement au niveau de l'entreprise et favoriser les plans de sauvegarde de l'emploi... Partant d'un point d'orgue en termes de protection de l'emploi, sous Jospin, avec la loi de modernisation du dialogue social de 2002. La rupture, ici, c'est 2007, avec la loi TEPA, qui facilite le recours aux heures sup, puis 2008 avec la loi portant modernisation du marché du travail, qui instaure la rupture conventionnelle, puis la loi i sur la sécurisation de l'emploi de 2013, qui élargit les plans de sauvegarde de l'emploi, réduit les délais de contestation aux prud'hommes, puis la cascade des lois Macron, El Khomri ensuite, avec en contrepartie un renforcement de la parité homme-femme, de l'apprentissage, de l'accès à la formation.

Dernier socle de la politique sociale depuis 20 ans, la fiscalisation de son financement visant à alléger la charge sur le travail et à affaiblir la philosophie assurancielle du système.

Un système de flexisécurité s'est construit

Si je mets bout à bout tous ces éléments : sauvegarde de l'assurance, extension des droits, assouplissement du licenciement, fiscalisation, modération salariale.... C'est un système de flexisécurité qui est bâti pas à pas.

À partir de cela on peut voir Macron :

  • comme l'homme qui transforme l'essai de la flexisécurité française (qui ne disait son nom que dans les cercles avertis),
  • comme l'homme qui sous couvert de réformes systémiques, poursuit l'ajustement paramétrique du système, ni plus ni moins,
  • comme l'homme qui met en place des instruments redoutables pour que tout cela cesse de nous coûter un « pognon de dingue » et que le système s'ouvre à la privatisation de l'assurance...


Je laisse le choix ouvert pour souligner que tant que l'ambiguïté ne sera pas levée, il n'y aura pas de débat serein.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 02/01/2020 à 11:03 :
Ce que l'on voit surtout, c'est l'élimination de la solidarité qui fabrique la cohésion sociale, sans solidarité point de patriotisme et un chacun pour soi que l'UE de Bruxelles promotionne pour mieux éliminer les nations!
a écrit le 01/01/2020 à 14:00 :
Le système de retraite en France est inégalitaire au combien ! Mon exemple est très parlant. J'ai fait une estimation de ma retraite sur le site dédié et je vais avoir droit à 390 euros par mois si je pars à 62 ans. Pour info je suis chômeur non rémunéré de plus de 50 ans et handicapé donc aucune chance de voir ma situation évoluer. Une psychiatre qui me demandait ce que je touchais s'est mis à rire quand je lui ai dit rien. Pourtant une partie non négligeable des seniors va connaître ce que je connais moi. Une fin de vie sans rien. Avec l'automatisation on peut craindre un effondrement économique car qui va consommer ?
a écrit le 31/12/2019 à 16:50 :
Tout est dit dans les derniers mots:
"Privatisation de l'assurance".
Le système par point est LA raison pour évoluer vers la privatisation.
Idéologie néolibérale + profits.
Chacun pour soi et Jupiter pour tous... Misère garantie.
a écrit le 31/12/2019 à 15:10 :
Réformes sociales avec Macron. On le voit déjà avec l'injustice de la réforme sur la retraite. Mais, un exemple que je viens juste de découvrir et que j'ignorai. Baisse de l'impôt sur le revenu pour les deux premières. Ritournelle que l'on entend depuis quelques temps sur les ondes radios, TV. Qu'on lit dans les journaux.
Sauf que l'on se garde bien de dire la suite : Sur les revenus de 2019 on entrera dans la tranche imposée à 30% dès 25405 euros et non plus 25519 euros en 2018.
Réponse de le 01/01/2020 à 9:04 :
Oui et si vous voulez vraiment favoriser les plus modestes des imposés, vous supprimez la première tranche et vous entrez dans l'impôt par la tranche à 30%. L'étape d'après c'est d'appliquer la formule de la tranche à 30% en dessous du seuil d'imposition en remplacement du RUA et des allocations familiales (c'est négatif comme toute allocation). Comme ça tous les français seront dans la tranche à 30% (vers le haut ça marche aussi si vous supprimez les niches et le plafonnement du contributif).
a écrit le 31/12/2019 à 13:39 :
la creation de l'europe devais etre une mise a niveau par le haut pour tous
et que voit on pour l'elite oui
et tous le reste c'est par le bas que bruxelles et les deputes elus vendent leur lachete

leur hypocrisie déjà incapable de former une veritable communaute
une fiscalite identique pour conserver leur privilege
Réponse de le 31/12/2019 à 17:55 :
Ben,oui, c'était le but depuis le début.C'est à peu près 20% à 30% d'individus et leur gosses dans chaque pays européen qui profitent ,les autres regardent ou subissent en attendant des jours meilleurs qui ne viendront pas.
a écrit le 31/12/2019 à 13:06 :
A la vue des Aller-retour de Black Roc à l'Elysée Macron en bon libéral est à la solde de ce fond de pension américain et si il a si généreusement renoncé à sa retraite de président c'est que Black Roc lui a fait de belles promesses bien plus juteuses...voilà comment ça marche dans ce milieu de la finance.
a écrit le 31/12/2019 à 9:53 :
Y a-t-il un tournant Macron après 20 ans de réformes sociales ?

Non Macron c'est la continuité de l'affaiblissement de la France entamé il y a 20 ans sous l'ère Chirac-Raffarin puis Sarkozy-Fillon puis Hollande-Macron-Valls

Plus qu'un virage, l'épingle serait la démission de Macron confronté à la minorité qui le soutient, de surcroit lorsque l'on tient compte que 95 % des adhérents au LREM ont déserté leur dernière assemblée générale.

l'on ne gouverne pas la France depuis l'Elysée avec un micron-cosme réduit à peau de chagrins.
Réponse de le 31/12/2019 à 11:15 :
16 000 adhérents
8% du corps électoral
tous les milliardaires, les banquiers, les financiers, les fonds de pensions à son service
l'ensemble des rentiers, 55 milliards dividendes distribues 2019, qui le soutiennent
une propagande 24/24 télés, radios, presse écrite qui le soutiennent car propriété des très riches
un parti, lrem, soutenu financièrement par les mêmes propriétaires
Le mépris, la violence d'état, le mensonge, l'insulte, le rabaissement de ceux "d'en bas", et l'arrogance de classe.
a écrit le 31/12/2019 à 9:46 :
Non, on a toujours la politique de l' UE, la feuille de route de Bruxelles qui prévaut en amont qui demeure la boussole des néolibéraux dont à Macro et à tous ceux qui l' ont précédé, celle des GOPE.
Il n' y aura pas de solutions sans Frexit, UPR, vite..
Réponse de le 31/12/2019 à 12:36 :
Et oui, avec ce genre de commentaire, le Frexit n'aura jamais lieu et heureusement. Retourne t'occuper de ton poulailler et tu auras peut-etre plus de succès avec ton discours devant les poules
Réponse de le 02/01/2020 à 12:06 :
Je viens en contradiction de votre position.
Qui fait les GOPE?
L'UE demande à la France de présenter son plan de réductinn des déficits. Quelques fonctionnaires de Bercy y mettent leur désirs, la commission valide et ca devient les GOPE.
En réalité les propositions pour les GOPE devraient être validées au parlement et présentées par des politiques responsables devant leurs électeurs. Il y auraient moins de saletées dedans.
a écrit le 31/12/2019 à 9:30 :
Parlons en, du modèle social du programme du CNR. D'abord il n'y a jamais été écrit quel devait être l'âge de la retraite, en 1947 il avait été fixé à 65 ans pour une espérance de vie de 67. Ensuite il n'a jamais codifié les régimes spéciaux. Enfin il n'a jamais dit que les mesures sociales étaient irrévocables au risque de tuer la poule aux oeufs d'or qui permet de les financer.
Réponse de le 31/12/2019 à 17:20 :
La poule aux oeufs d'or c'est les salariés qui engraissent actionnaires et milliardaires, toujours plus riches
Réponse de le 01/01/2020 à 22:46 :
Les salariés n'ont qu'à devenir actionnaires. Et la bonne manière de le faire c'est d'introduire de la retraite par capitalisation investie dans des fonds de pension.
a écrit le 31/12/2019 à 9:26 :
Parlons en, du modèle social du programme du CNR. D'abord il n'y a jamais été écrit quel devait être l'âge de la retraite, en 1947 il avait été fixé à 65 ans pour une espérance de vie de 67. Ensuite il n'a jamais codifié les régimes spéciaux. Enfin il n'a jamais dit que les mesures sociales étaient irrévocables au risque de tuer la poule aux oeufs d'or qui permet de les financer.

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