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Zone euro : ouvrir le champ des possibles

Photo de Ivan Best

Stéphanie Villers

Publié le 17 octobre 2016 à 06:35 - Mis à jour le 17 octobre 2016 à 07:16

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Qu'est-il possible de faire pour que l'Europe reparte? Par Stéphanie Villers, économiste, Humanis

Au moment de l'avènement de l'euro, les membres de la zone euro avaient laissé volontiers filer leur finance à la City qui était déjà la place financière la plus dynamique d'Europe. A cette époque, les européens restaient intimement persuadés que le Royaume-Uni, après une phase d'observation, allait finalement céder au chant des sirènes de l'euro.

A peine deux décennies plus tard, le réveil est brutal. Non seulement la Grande-Bretagne n'a pas l'intention de faire partie de la zone euro mais elle vient, de surcroît, de décider de quitter l'Union européenne. Face à cette situation inédite, la zone euro a un problème. La monnaie unique, en tant que monnaie de paiement, devient bancale. La zone euro peut-elle en effet déléguer la gestion de l'euro à un pays tiers qui vient de rejeter le projet de construction européenne ? Rappelons que 40% des transactions effectuées en euros sur le marché des changes sont effectuées depuis la City de Londres.

La BCE doit assurer la surveillance de sa monnaie et le contrôle de ses institutions. Elle est garante de sa monnaie vis-à-vis des épargnants notamment. Avec la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, des décisions devront être prises. En revanche, c'est une réelle occasion pour la zone euro de se renforcer. A charge ensuite, aux Etats-membres de s'entendre. Mais les événements récents sont d'ores et déjà rassurants. Depuis l'annonce du Brexit, la monnaie unique est restée stable contre l'ensemble des devises internationales. Seule la livre Sterling a été chahutée. C'est une première preuve tangible qu'avec ou sans le Royaume-Uni dans l'Union européenne, la perception du reste du monde vis-à-vis de la zone euro ne change pas. A l'instar de sa monnaie, elle est crédible.

Résorber les déséquilibres intra-zone

Mais, il ne suffira pas de récupérer une partie de la finance délocalisée à Londres pour que les différents Etats membres se portent mieux. L'économie européenne doit chercher un meilleur rééquilibrage entre ses flux, qu'ils soient réels (biens et services), financiers ou monétaires. Sachant que les déficits des uns font les excédents des autres, les Etats membres doivent arrêter le jeu des critiques et des accusations inutiles pour trouver un terrain d'entente visant une croissance commune plus saine et équilibrée en cherchant à résorber les déséquilibres intra-zone.

En effet, rien ne sert de dénoncer les déficits publics excessifs des uns si, en face, se concentrent des excédents courants démesurés ou inversement. En d'autres termes, l'Allemagne exhorte les pays du Sud, incluant la France, à davantage de discipline budgétaire. A contrario, ces derniers réclament une réduction de l'épargne allemande qui traduit un empilement des excédents commerciaux. Les deux ont raison mais ils devraient davantage avancer de conserve plutôt que de se concentrer sur les travers de l'autre. En agissant ainsi, la zone euro se tire toute seule une balle dans le pied.

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L'épargne excessive allemande, les premières mesures en vue

L'Allemagne se considère le bon élève de la zone euro. Pour autant, force est de constater que le pays accumule depuis 2007 des excédents de comptes courants supérieurs à 6% - soit le plafond maximum octroyé par la Commission européenne. Selon l'institut Ifo, ce surplus devrait même atteindre un nouveau record en 2016 de 278 milliards d'euros, dépassant ainsi celui de la Chine atteignant près de 9% du PIB allemand. Si ces excédents traduisent le fait que les allemands exportent beaucoup plus qu'ils n'importent, ils induisent aussi que les allemands épargnent plus qu'ils n'investissent localement. Le solde des comptes courants permet de savoir si un pays est débiteur ou créditeur vis-à-vis de l'étranger. Un excédent traduit une situation de prêteur net vis-à-vis de l'extérieur. Ainsi, comme le niveau d'investissement demeure particulièrement faible outre-Rhin, les allemands placent leur épargne à l'étranger en achetant des actifs (dettes publiques, dettes privés, actions, etc.). Ils vont chercher du rendement au-delà de leurs frontières, accompagnés par des banques qui prennent de plus en plus de risques. Les derniers déboires de la deutsche Bank dans le dossier « des subprimes » le démontrent.

Alors que l'Allemagne aurait besoin de rénover ses infrastructures et œuvrer pour limiter les conséquences du vieillissement de sa population, elle affiche une invariable préférence pour l'épargne. Néanmoins, récemment des efforts ont été réalisés et doivent être soulignés. D'une part, avec l'introduction d'un salaire minimum en janvier 2015 qui devrait à terme stimuler la demande interne, ensuite avec l'accueil des migrants qui nécessite de nouvelles dépenses publiques. Même si l'équilibre budgétaire reste la priorité, des actions ont été engagées pour dynamiser la consommation des ménages en Allemagne. Angela Merkel a même annoncé, dernièrement, un petit allègement fiscal de 6,3 milliards d'euros étalé entre 2017 et 2018, ciblé sur les revenus les moins aisés et les PME.

En France, des points d'amélioration à ne pas annuler

En France, alors que les promesses électorales battent leur plein, reste à ne pas effacer les efforts réalisés. Le déficit public devrait atteindre cette année 3,3% du PIB pour revenir l'année prochaine sous la barre des 3%. Par ailleurs, des mesures ont été prises pour « libéraliser » le marché du travail et améliorer la compétitivité des entreprises avec la loi El Khomri et le CICE. Certes, elles restent insuffisantes pour créer les conditions d'une reprise pérenne mais force est d'admettre qu'elles vont dans le bon sens.

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Revenir sur le programme de stabilité dans lequel la France s'est engagé, comme le préconisent nombre de candidats à l'élection présidentielle, adresserait un signal contre-productif à l'Allemagne. Renoncer à structurer nos dépenses publiques et nos déficits entraînerait, de facto, une réponse adverse en Allemagne. Chaque partenaire doit avancer vers le même objectif, même si le rythme est lent, afin de résorber peu à peu ses déséquilibres et permettre ainsi un meilleur rééquilibrage de la zone euro dans son ensemble. Au final, il faut prendre en compte les interactions intra-zone. Certaines sont nocives et doivent être résorbées pour construire une zone monétaire solide et créatrice d'emplois.

Stéphanie Villers

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