Biocontrôle, biostimulants : l'agriculture version 21è siècle est arrivée !

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(Crédits : DR)
De quoi DEMAIN sera-t-il fait ? Bpifrance s'est lancé le défi de mener une réflexion sur les sujets d'innovation qui révolutionneront notre quotidien dans les années à venir, du point de vue de notre transport, notre alimentation, notre santé, notre façon de commercer et de travailler. Pour cela, Bpifrance anime une démarche collective en mode projet, pilotée par les collaborateurs Bpifrance et associant les acteurs des écosystèmes concernés. L’un des enjeux majeurs est le biocontrôle. Des sociétés de l'agtech offrent désormais des produits efficaces - et plus sains pour l'environnement - fondés sur des innovations parfois uniques au monde. Reste à la filière à les adopter pleinement.

Enjeux économiques, sociaux, environnementaux : l'agriculture d'aujourd'hui doit se réinventer pour demain. Mais pour cela, il faut assembler toutes les pièces d'un grand puzzle. Ainsi, souligne Thibaut Malausa, directeur de recherches à INRAE (Institut national de recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement), « il s'agit notamment de combiner le biocontrôle ou les biostimulants, avec d'autres méthodes et pratiques, pour réduire l'usage des substances pesticides modifiées par la chimie ». Des pratiques qui vont du travail du sol à la rotation des cultures, par exemple.

L'autre défi est « d'articuler ces méthodes pour privilégier la prophylaxie, c'est-à-dire pour prévenir l'arrivée des ravageurs et ainsi ne pas avoir systématiquement à utiliser massivement des intrants pour les contrôler ». Pour cela, rien de tel que l'intelligence collective. Avec d'une part le transfert de technologie d'INRAE vers le marché, par le biais d'entreprises et de start-up de l'agtech, et d'autre part, « l'organisation collective au niveau des territoires, de la part des acteurs comme les groupements d'agriculteurs ou les coopératives agricoles, pour apprendre à organiser la prophylaxie et à utiliser les nouveaux produits à leur plein potentiel », dit-il.

Nombreuses sont les sociétés qui travaillent aux produits et aux techniques. Il s'agira ensuite de générer une « masse critique », pour faire la différence. Parmi ces entreprises de l'agtech, Kapsera et Biovitis.

La microfluidique de Kapsera, un procédé unique au monde

La première, une start-up, se fonde sur une innovation microfluidique, un procédé qui permet de produire des capsules d'alginates (à base d'algues brunes) biodégradables, dont le coeur, liquide, est optimisé pour protéger les principes actifs naturels. Leur taille, minuscule, ainsi que leur régularité, les rendent compatibles avec les équipements agricoles. Le but ? Stabiliser les intrants naturels, et éviter par là même le recours aux produits chimiques, engrais et pesticides de synthèse. « L'ESPCI (École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris), y travaille depuis 2008. Aujourd'hui, nous maîtrisons ce procédé d'encapsulation unique et breveté, sans équivalent sur le marché. Nos capsules permettent de stabiliser les intrants naturels et d'améliorer leurs performances », indique Antoine Drevelle, président de Kapsera, une start-up qu'il a lancée en 2018, pour transférer vers le marché cette technologie élaborée en laboratoire. A l'heure où les producteurs agricoles sont à la peine dans de nombreuses régions et préfèrent encore les produits chimiques industriels, dont les prix restent compétitifs, « l'objectif est de donner aux agriculteurs les moyens de sécuriser leur revenu, de préserver leur santé, de protéger leurs terres et de nourrir l'humanité », précise ce biochimiste.

Les premiers essais ont été concluants. Les suivants, en plein champ, devraient intervenir cette année. Ils permettront de valider le concept, pour une commercialisation prévue en 2022. Pour ce faire, Kapsera a obtenu en janvier 2020 le soutien financier de Bpifrance (à hauteur d'1 million d'euros). Fertilisation et protection des grandes cultures contre les maladies fongiques, vignes, la technologie de Kapsera a un caractère universel... « Elle n'a pas de limite ! » s'enthousiasme d'ailleurs Antoine Drevelle. A condition que les producteurs l'adoptent...

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Pour y parvenir, Kapsera mise sur les grands industriels qui fournissent conseils et produits aux agriculteurs. « Ces grandes sociétés sont demandeuses et très conscientes des enjeux stratégiques », assure le dirigeant de la start-up agtech. Et les investisseurs y croient. Outre Bpifrance, la dizaine de spécialistes qui composent l'équipe de la société ont convaincu un fonds de capital-risque, Demeter, d'investir 700 000 euros dans le projet, tandis que Wilco, le plus grand accélérateur de France, qui accompagne les start-up de Paris et sa région sans prise de participation au capital, a consenti un prêt. « De quoi poursuivre nos essais, monter un pilote industriel et lancer les premières actions commerciales », résume Antoine Drevelle. Lauréate du challenge InVivo Quest 2019, que la plus grande union de coopératives agricoles françaises offre aux jeunes pousses innovantes pour présenter leur technologie, notamment dans le cadre du CES de Las Vegas, en janvier 2020, Kapsera compte bien en profiter pour accélérer son développement, en particulier par le biais de partenariats. Avec une ambition : se déployer partout dans le monde agricole, en France comme à l'international. Car il n'y a pas que sa technologie qui est sans limite...

Biovitis cultive... le microbiote

Autre entreprise du secteur de l'agtech, Biovitis, qui se concentre sur les sols. Créée en 2000 par le groupe Greentech, pionnier de la biotechnologie végétale, la société travaille à la production de biomasses bactériennes et fongiques pures et d'ingrédients issus de cette biomasse. Son ambition ? Offrir, entre autres, des alternatives aux intrants chimiques grâce aux micro-organismes isolés dans le sol. « Le microbiote est, comme pour l'intestin, ce qui détermine la santé de la plante, car elle échange avec le sol. On le redécouvre aujourd'hui », explique Jonathan Gerbore, directeur Recherche et Développement de Biovitis. Ce docteur en microbiologie veut redonner force à la nature, « alors qu'on a 'gavé' les plantes », dit-il, en leur administrant nombre de produits chimiques. Biovitis, au contraire, parie sur la gestion des ressources naturelles présentes dans le sol, et qui n'ont rien de génétiquement modifié, en les rééquilibrants. Comment ? Avec des bactéries, des levures et des champignons filamenteux, qui, couplés à des itinéraires techniques adaptés, optimiseront les processus naturels de nutrition et protection de la plante. La société dispose et crible des milliers de microorganismes qu'elle met au service de l'agronomie, mais aussi de l'agroalimentaire (pour un meilleur affinage des fromages), de la santé (probiotiques) et de l'environnement (compostage, traitement des polluants...). L'an dernier, Biovitis a annoncé l'ouverture d'un deuxième site de production à Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme), pour un investissement de 7 millions d'euros. La nouvelle unité va multiplier par six sa capacité de production.

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Concernant l'agronomie, Biovitis a homologué, en 2014, le premier biostimulant microbien associant une bactérie et un champignon tellurique, destiné aux grandes cultures et au maraîchage.

Elle a depuis étendu sa gamme avec des nouvelles formulations destinées à des cultures différentes - du gazon à la vigne en passant par le traitement de semences. Mais la commercialisation reste un défi.
« Historiquement, les premiers produits alternatifs mis en marché par des pionniers il y a plus de 20 ans n'ont pas réussi à tenir leurs promesses en matière d'efficacité, laissant quelque part une mauvaise image de ces approches. Pour les adopter, il faut évaluer les bénéfices sur du long terme et à différents niveaux », déclare Jonathan Gerbore.

Or les agriculteurs, pressés par des contraintes financières, ont parfois du mal à se lancer dans une telle transition... Mais le chercheur reste confiant. « Le premier produit lancé et homologué par Biovitis, le Cérès®, a tenu, lui, toutes ses promesses, en montrant des bénéfices dès la première année d'application et a obtenu la satisfaction des agriculteurs et ainsi sa réutilisation les années suivantes par ceux qui ont testé le produit. D'autant que la proposition de Biovitis est compétitive au niveau prix. « L'un des principaux objectifs, dans notre cahier des charges, est de proposer des technologies à des prix équivalant aux produits chimiques traditionnels », dit-il.

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Aujourd'hui, les produits agricoles et maraîchers sont parfois tristes, sans goût. Demain, grâce aux biostimulants complexes de la gamme Biovitis, la qualité des fruits sera meilleure et le goût sera au rendez-vous. De même, les produits Biovitis permettront d'améliorer la qualité biologique, nutritionnelle et physique (texture) du sol, de stimuler le développement de la plante et d'augmenter la résistance aux stress abiotiques tels que la sécheresse. Un atout de taille face au réchauffement climatique. Autant dire que demain, fruits et légumes seront gais et pleins de saveur...

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Commentaires
a écrit le 24/02/2020 à 13:50 :
Banques et agro-industrie unies main dans la main depuis des décennies générant cancers, pollutions réchauffement climatique gaspillage massif d'eau t-c... et ils sont contents d'eux en plus visiblement et veulent encore plus tuer. C'est bien d'avoir de l'ambition !

Vu la situation d’urgence écologique dans laquelle nous nous trouvons cet article est profondément indécent.

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