Crise sanitaire et crise climatique, même combat !

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(Crédits : Bat Energie)
A l'heure où le monde connaît une crise sanitaire grave, une autre crise, climatique, cette fois-ci, semble escamotée. Et si les deux entraient en résonance ?

Que les gouvernements n'hésitent pas à mettre l'économie quasiment à l'arrêt pour protéger la santé des citoyens en cette période d'épidémie de coronavirus, nous nous en félicitons. Mais que les mêmes gouvernements déclarent que l'économie aurait du mal à être freinée pour limiter les conséquences du réchauffement climatique, alors là, nous disons non ! Les bourses s'effondrent, certes, mais quid du capital environnemental, lui aussi détruit ? Et la baisse des émissions de C02 dans le monde depuis la crise sanitaire laisse penser que les humains, de gré ou de force, peuvent réduire significativement ces émissions. Reste à inventer un nouveau modèle ...

Tandis que certaines mesures, et notamment le confinement, se généralisent en Europe, d'autres, en faveur du climat, gagneraient elles aussi à s'étendre. C'est vrai pour le marché du carbone, ce système d'échange de droits d'émissions de gaz à effet de serre, lancé en Europe dès 2005, et de nature à inciter les industriels émetteurs à investir pour réduire leurs émissions, sous peine de payer ces droits au prix fort à l'avenir. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, de juin 2019, quelque 57 initiatives pour donner un prix au carbone ont été ou sont en passe d'être lancées à l'échelle de la planète. Encore trop peu, certes, puisqu'elles ne couvrent que 20% des émissions. Pis, les cours sur ces marchés sont encore trop bas pour réellement inciter les industriels au changement ...

C'est vrai aussi des Certificats d'économies d'énergie (CEE), lancés en 2006 en France, et qui reposent sur une obligation faite par les pouvoirs publics aux vendeurs d'énergie de financer des économies d'énergies. Ces derniers doivent ainsi promouvoir activement l'efficacité énergétique auprès des consommateurs d'énergie que sont les ménages, les collectivités territoriales et les professionnels. Au 1er janvier 2018, le dispositif est entré dans sa 4è période d'obligation, pour une durée de 3 ans.

Mis en place dans l'Hexagone, de même qu'en Italie, au Royaume-Uni, en Irlande et au Danemark, les CEE relèvent de la transposition d'une directive européenne. Alors pourquoi ne pas les étendre à tout le continent grâce à l'Union européenne - et même au-delà ? Pour l'heure, en Italie, le dispositif a été entaché de fraudes dans le secteur des particuliers. Résultat, le pays ne dispose plus de fiches d'opérations standardisées. Toutefois, des certificats ont été émis en direction du secteur industriel, pour créer là aussi une incitation. En Irlande, si une première analyse a montré que le dispositif portait ses fruits, en embarquant les « pollueurs » sur la route des économies d'énergie et qu'il s'est avéré efficace en termes de coûts par rapport à une action directe de la part des autorités, les observateurs regrettent qu'il ait peu fait en matière de conscientisation du public sur la nécessité de faire des économies d'énergie. Et il n'a pas non plus dynamisé l'innovation. Au Danemark, des taux élevés d'économies d'énergie ont été constatés chez les particuliers (sur l'éclairage, notamment) entre 2007 et 2009. Mais après la révision d'une partie du dispositif, le rendant moins attrayant, ces taux ont baissé... Seuls les Britanniques, largement en avance, puisqu'ils ont lancé dès 2002 et sur le même principe leur « engagement pour l'efficacité énergétique », affichent des résultats probants. A titre d'exemple, la part de marché des chaudières condensation au gaz est passée de 36% en 2005 à 97% en 2008.

Des devis à zéro euro

En France, les CEE sont encore mal connus, sous-utilisés et ont parfois fait l'objet de mauvaise presse concernant l'isolation à 1 euro. Mal connus, « d'autant qu'il y a une certaine réticence, notamment de la part des associations de co-propriétaires, à s'intéresser à un dispositif gratuit, considéré sans doute comme trop beau ! », relève Anthony Taïeb, co-fondateur et directeur de la filiale Bat Energie de la société Iratek.

Pourtant, c'est vrai, le dispositif, financé intégralement par les fournisseurs d'énergie, génère des devis à 0 euro pour les bénéficiaires professionnels, puisque le coût des travaux - isolation des combles, des planchers bas et des canalisations d'eau chaude et de chauffage, par exemple, est pris en charge par les entreprises qui tombent sous le coup des obligations dictées par l'État - fournisseurs d'électricité, de gaz, de fioul domestique, de chaleur et de froid, comme EDF et Engie, et des distributeurs de carburant comme Total et BP, de même qu'Auchan, Leclerc, Carrefour... « Ce dispositif vertueux d'Etat, certes une obligation légale, fait sens car il permet de financer la rénovation des travaux d'économie d'énergies. C'est une opportunité pour les fournisseurs d'énergies de mettre en place des partenariats privilégiés avec des experts comme Bat Energie, qui propose des solutions clés en main et qui s'intègre dans la politique de responsabilité sociétale des entreprises et dans les démarches engagées en faveur de la transition », commente Anthony Taïeb.

Sans oublier que ces actions font ensuite économiser de fortes sommes d'argent aux propriétaires, puisque les factures d'énergie peuvent baisser de 30 %.

Sous-utilisés, parce que le parcours est quelque peu contraignant. Audit des besoins, dossier à remplir, par des professionnels tels que les experts de Bat Energie, convention de principe à signer entre le pôle national chargé de faire vivre le dispositif et le « pollueur », réalisation des travaux, contrôle, attestation du client, devis final en direction de l'entreprise qui va prendre en charge le coût du chantier...
« Certains bailleurs sociaux, par exemple, veulent entreprendre la démarche eux-mêmes, note Anthony Taïeb. Pourtant, une simple erreur peut la bloquer ». Il précise que Bat Energie se charge de tout, et en particulier d'avancer les fonds pour les travaux, puis de les récupérer auprès des grandes entreprises soumises au dispositif.

Malgré ces difficultés, ce spécialiste a de beaux projets à mettre en avant. Ainsi, Bat Energie a convaincu le syndic de copropriété d'un ensemble de cinq tours (1400 logements) du 13è arrondissement de Paris, et réalisé 4 223 mètres d'isolation des tuyaux d'eau chaude sanitaire et de chauffage à la fin de l'an dernier, et lancé l'installation d'un éco-régulateur, dans l'objectif de réaliser 25 % d'économies d'énergie. Bat Energie a récupéré près de 100 000 euros de subventions, et s'apprête à poursuivre des travaux d'isolation thermique par l'extérieur, grâce à une subvention additionnelle de 130 000 euros. Au début de cette année, de concert avec un bailleur public de la région Bourgogne-Franche-Comté, la société a audité six bâtiments (316 logements), et effectué le réglage des organes d'équilibrage des installations de chauffage à eau chaude pour optimiser la consommation. En outre, l'isolation des planchers bas des parkings par flocage est en cours. Le tout pour un montant de subventions de 150 000 euros.

La société travaille également pour des Ehpad, des hôpitaux, des bâtiments classés et tout autre institution qui souhaite réaliser des économies d'énergie.

Passoires énergétiques

L'enjeu est de taille. « En France, le bâtiment est, après le transport, le plus fort émetteur de gaz à effet de serre, indique le professionnel de Bat Energie. Pis, sur un total de 30 millions d'édifices en France, 7 millions, construits avant les années 70, sont des passoires à énergie ! », souligne Anthony Taïeb. Une situation qu'il faut absolument changer. D'autant que la pollution de l'air induit nombre de maladies respiratoires. Et, selon une récente étude de la Société italienne de médecine environnementale, avec les universités de Bari et de Bologne, des chercheurs ont constaté une corrélation entre les dépassements des limites réglementaires et la rapidité des contaminations, les particules en suspension dans l'air accéléreraient la diffusion du coronavirus. Signe que, décidément, les deux crises sont en résonance ...

La France, si elle n'est pas mal placée en matière de dispositif CEE, a tout intérêt à poursuivre ses efforts, sous forme d'évangélisation et de formation. Avec, à la clé, nombre d'avantages. A commencer par la bonne santé de la planète, bien sûr, mais aussi de l'économie. La filière économies d'énergie crée des emplois, non délocalisables, et l'expertise qui y est attachée est reconnue. A l'heure où l'économie entre en récession avec la crise du coronavirus, une autre crise, de plus en plus présente, celle du climat, pourrait être porteuse de promesses pour la relance de l'activité, sous forme d'innovation et de création d'emplois. A condition que les Etats redoublent d'efforts et de solidarité, de même que les citoyens, pour conjurer le réchauffement climatique - comme ils le font actuellement pour contrer l'épidémie.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2020 à 12:03 :
"LesActivacteurs de la transition"

Ne vous inquiétez pas, si on parle moins de votre business c'est seulement parce que les gens voient que la pollution ça va bien mieux tout d'un coup, vous feriez d'ailleurs d'établir des stratégies de communication là dessus que si votre refrain habituel.

SI tous les "pros" et les "antis" pouvaient prendre un minimum de recul sur leur business et donc leur profonde dépendance envers ce qu'ils combattent cela ne serait pas du luxe.

"A trop combattre les monstres on fini monstre soi-même" Nietzsche
Réponse de le 31/03/2020 à 15:02 :
Nos enfants n’auront pas le temps de débattre des changements climatiques. Ils devront vivre avec les effets. De simplement nier le problème trahit l’esprit de notre pays.
Discours d'adieu du mardi 10 janvier 2017 -

Barack Obama

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