L'entreprise espagnole qui entend révolutionner le secteur de la billetterie en ligne

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Jorge Diaz, CEO de Hellotickets.
Jorge Diaz, CEO de Hellotickets. (Crédits : DR)
Plateforme mondiale de billetterie rendant chaque voyage unique et inoubliable, Hellotickets continue de se développer, avec notamment une future implantation en Asie. Jorge Diaz, Ceo de l'entreprise, revient sur le parcours, les enjeux et les opportunités pour sa société.

Pouvez-vous nous dire où est situé le siège de l'entreprise et les marchés sur lesquels elle est présente?

Le siège de l'entreprise est situé à Madrid. Les principaux marchés sur lesquels elle est présente sont la France, l'Espagne, l'Italie, le Brésil, l'Allemagne, le Mexique, l'Argentine, la Colombie, le Danemark, le Royaume-Uni, la Norvège, la Finlande, les Etats-Unis, les Pays-Bas et la Suède.

Jorge Diaz, quel a été votre parcours avant de devenir CEO de Hellotickets?

Avant de diriger Hellotickets, j'ai exercé en tant que vice-président de Ticketsbis, une entreprise de billetterie rachetée par eBay en 2016 pour 165 millions d'euros.

Comment vous est venue l'idée de Hellotickets?

Après avoir travaillé quelques années dans l'industrie de la billetterie, j'ai toujours pensé qu'il y avait un vrai trou noir dans le secteur : il n'existait pas vraiment de plateforme mondiale de billetterie où les voyageurs pouvaient trouver des billets pour n'importe quel événement dans le monde, dans leur propre langue, monnaie et mode de paiement. J'ai moi-même voyagé à New-York en 2013, et j'ai eu des difficultés pour trouver un site web de confiance pour acheter des billets pour un match de NBA ou le Broadway show que je recherchais. La seule solution qu'avait ces voyageurs était d'acquérir ces billets sur le marché de la revente, avec tous les risques que cela comporte.

C'est comme ça que l'idée de Hellotickets m'est venue à l'esprit. Nous avons commencé par les principaux événements des Etats-Unis, mais le but final était de mettre en ligne les billets de ces événements sur un site web unique, où nous pourrions offrir une opportunité d'achat localement à nos clients. Désormais, les voyageurs de 15 pays différents peuvent acheter des billets non seulement pour des événements en live, mais également pour des musées, des sites touristiques et autres expériences locales. Nous offrons également un service client dans la langue de chaque marché visé.

Quelle est la taille actuelle du secteur en terme de volume de business ? Quels sont les plus gros marchés en Europe ? Quelles sont les particularités du secteur en termes de de régulations, de compétences, de réglementations ?

Le marché des activités liées au voyage devrait atteindre les 183 milliards USD en 2020. En cela, nous agrégeons toutes les dépenses réalisées par les voyageurs en circuits touristiques, activités, attractions et événements. Ce total équivaut à 10 % des revenus totaux liés au secteur du voyage, soit plus que le secteur ferroviaire, de la location de voiture ou encore des croisières. Ce pourcentage augmente d'ailleurs rapidement d'année en année.

Actuellement, l'un de nos plus gros challenges réside dans le fait que la plupart des voyageurs ont tendance à réserver ces activités "hors-ligne" pendant leur voyage. Toutefois, cette pratique est de plus en plus remplacée par des réservations en ligne réalisées à l'avance mois par mois. La France, par exemple, est l'un de nos plus gros marchés en termes de ventes mais également comme destination. Paris est de loin l'une des villes du monde où les gens sont prêts à dépenser beaucoup d'argent en activités et visites (spécialement dans les musées), en tours guidés et en excursions à la journée (à Versailles notamment).

Combien de billets vend actuellement Hellotickets ? Quelle est la stratégie technologique derrière l'entreprise? Quelles sont les perspectives en termes de marketing et d'investissement?

L'un des principaux chantiers qui nous attend consiste à nous développer sur de nouvelles aires géographiques. Nous allons pénétrer l'Asie avec le lancement de trois pays asiatiques en 2020. Nous entendons également agrandir notre équipe internationale à Madrid avec des recrutements, et notamment avec un nouveau directeur marketing pour la France.

A l'heure où nous parlons, nous venons de boucler une levée de fonds de 2 millions d'euros auprès de www.pillar.vc, une société de capital-risque basée à Boston, de Spanish Faraday Ventures, Lanzame et Successful Ventures. D'autres pointures de l'industrie du divertissement ont également pris part à ce tour d'investissement, tels que le directeur opérationnel de Sony Music à Londres, l'ancien vice-président d'Universal Music Group ou encore James Murphy, du groupe LCD Soundsystem.

Quelles sont les menaces et opportunités pour le secteur ? L'industrie du voyage vit-elle une bonne période ? Comment les nouvelles technologies affectent-elles votre entreprise?

Je pense que les activités de voyage comportent un problème fondamental : la découverte. A la fin de la journée, si nous pensons en tant que consommateurs (et voyageurs), ce n'est pas vraiment la disponibilité ou la possibilité d'annuler une activité qui nous inquiète. La vraie question est : que dois-je faire ? Je fantasme souvent sur la perspective de vivre dans les endroits que je visite, et j'essaie de saisir une partie de cette expérience dans le court temps d'un voyage. Et je pense qu'il s'agit d'une tendance : nous voulons tous échapper aux grands spots touristiques et découvrir des choses dont nous nous rappellerons toute notre vie.

A titre d'exemple, j'adore Paris - ce n'est pas surprenant ! Je vais à Paris au moins deux fois par an, et mes meilleurs souvenirs de la ville ne tournent pas autour de mes visites à la Tour Eiffel. Ne nous méprenons pas: il s'agit d'une visite exceptionnelle, que chacun doit faire une fois dans sa vie. Néanmoins, en réalisant une fois une excursion centrée sur l'architecture de la ville, j'ai été transporté au XIXè siècle. Cela a complètement changé ma manière de voir la ville.

Toutefois, c'est par hasard que je me suis inscrit à ce tour. De fait, il n'y a pas un seul endroit actuellement qui puisse filtrer les bonnes expériences et les médiocres. C'est quelque chose que Booking.com a résolu concernant les hôtels et que nous entendons résoudre pour les activités touristiques. Ce n'est pas si simple, car les chambres d'hôtel peuvent être objectivement comparées, tandis que les activités de voyage sont si différentes les unes des autres qu'il est vraiment difficile de trouver une méthode universelle pour leur attribuer une note.

De même, du fait de la nature des algorithmes qui ont tendance à promouvoir les activités les plus populaires, les nouvelles activités n'ont aucune visibilité, ce qui crée un secteur endogamique où seule une poignée d'acteurs réalise la majorité des transactions. Cela doit également être corrigé.

D'ailleurs, si nous n'arrivons pas à résoudre ce problème fondamental, nous ne pourrons pas être pertinents. Les gros acteurs de l'industrie du voyage et leurs fonds massifs surenchériront quiconque voudra atteindre le public des voyageurs. Nous ne pourrons réussir qu'en étant une entreprise centrée sur le consommateur, même si certains de nos concurrents comme GetYourGuide ou Klook ont opté pour une approche orientée marché, mais en se positionnant plus du côté des fournisseurs. Nous n'avons pas la prétention de faire mieux qu'eux, mais nous pouvons apporter une bien meilleure expérience pour le voyageur.

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Commentaires
a écrit le 23/01/2020 à 18:37 :
Il faudrait une entreprise (franche-aise ?) qui monte une I.A. capable de donner les billets les moins chers en VOYAGES LES PLUS PROPRES (à énergies renouvelables), pour que les voyagistes et constructeurs de moyens de transport suivent enfin cette nécessité planétaire indéniable !§§§!

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