La commande comprend 60 locomotives de haute puissance pour le fret, et 25 locomotives de puissance moindre, pour les opérations dans les gares de triage.
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Dans plusieurs pays d'Afrique, le rail est perçu une option stratégique pour désengorger les routes et réduire les coûts de transport. L’Algérie a entamé des réformes de son secteur ferroviaire pour soutenir sa logistique terrestre et son économie.
L’Algérie accélère sa mue ferroviaire. La Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) a récemment lancé un appel d’offres pour la commande ferme de 85 locomotives diesel-électriques. Dans les détails, il s’agit d’un achat de 60 locomotives de haute puissance destinées au transport de marchandises et de 25 locomotives de puissance moindre, dédiées aux opérations de manœuvre dans les gares de triage et les zones industrielles.
Le contrat inclut également la fourniture de pièces de rechange, ainsi que d'outils et d'équipements nécessaires à la maintenance, afin d’assurer la disponibilité et la fiabilité du parc sur le long terme. L’appel d’offres prévoit en outre une option pour l’acquisition de 39 locomotives voyageurs de forte puissance supplémentaires, avec leurs propres lots de pièces de rechange.
Un virage assumé vers le rail
Cette démarche est à mettre en lien avec la réorientation profonde de la politique de transport algérienne. Depuis 2024, les autorités affichent leur volonté de faire du rail l’un des piliers de la restructuration économique du pays, en particulier pour le transport de phosphate, de minerais, d’hydrocarbures et de produits agricoles. Plusieurs grands projets témoignent de ce tournant.
Un projet ferroviaire de 495 km, soutenu en novembre 2025 par un financement de plus de 747 millions d’euros de la Banque africaine de développement (BAD), doit relier Laghouat à Ghardaïa, puis à El Ménéa, au cœur des régions sahariennes. Découpée en deux tronçons, cette ligne comprendra des gares, des viaducs, des tunnels et des ouvrages hydrauliques, avec un double objectif : désenclaver durablement le centresud du pays, et fluidifier l’acheminement de la production agricole et industrielle.
En parallèle, la mise en service de la ligne minière de l’Ouest, reliant Béchar, Tindouf et Gara Djebilet, renforce l’armature ferroviaire dédiée aux matières premières. Ce corridor est destiné à soutenir l’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet, en facilitant le transport du minerai vers les unités de transformation et les ports, avec l’ambition de positionner l’Algérie comme un futur hub métallurgique régional.
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À l’Est, la modernisation et le doublement de la ligne Annaba – Tébessa, longue de 422 km, doivent accompagner le projet intégré de phosphate, centré sur le gisement de Bled El Hadba. Ce corridor logistique est dimensionné pour transporter plus de 10 millions de tonnes par an, et générer jusqu’à 2 milliards USD (environ 1,73 milliard d'euros) de revenus annuels, selon les autorités.
Sur le plan industriel, le pays mise aussi sur la montée en puissance de la production locale de matériel roulant. Un accord a été signé, en juin 2025, entre le groupe belge John Cockerill et la société algérienne Cital SPA, pour transférer des technologies, renforcer les compétences locales, et créer des unités de fabrication dans le pays.
Des enjeux importants
Cet investissement annoncé s’inscrit plus globalement dans le plan de développement ferroviaire présenté par la SNTF en novembre 2024. Ce programme prévoit la mobilisation de 378 milliards de dinars, soit près de 2,45 milliards d'euros, d’ici 2035 pour moderniser les infrastructures, améliorer la qualité des services, étendre les capacités de transport et répondre à la croissance attendue de la demande.
Sur le volet matériel roulant, le plan vise notamment l’acquisition de 400 voitures voyageurs, de nouvelles locomotives et de wagons de plusieurs types, en complément des investissements dans l’électrification, la signalisation et les plateformes logistiques.
Cette ambition de l’entreprise publique s’intègre au programme global qui prévoit de doubler la taille du réseau ferroviaire algérien actuel pour atteindre environ 10 000 km d’ici 2030, avant de monter jusqu’à 15 000 km à plus long terme. Derrière ces chiffres, Alger poursuit aussi plusieurs objectifs stratégiques, dont la réduction de la dépendance au transport routier pour les flux lourds, notamment les minerais, les produits agricoles et certains hydrocarbures.
En renforçant le rail, les autorités espèrent ainsi optimiser les coûts logistiques, réduire les délais, et rendre plus compétitives les filières exportatrices.