A Cameroun, le ministère des Finances estime à 700 000 le nombre de téléphones irréguliers introduits sur le marché entre le 1e et le 25 avril 2026.
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Cameroun : la guerre des téléphones non-dédouanés tourne au bras de fer entre l’État et les opérateurs
Près de 700 000 téléphones portables pourraient être privés de réseau au Cameroun. Derrière cette mesure spectaculaire, le gouvernement veut récupérer des milliards de francs CFA de recettes perdues à cause de la contrebande. Mais les opérateurs télécoms alertent sur les risques techniques et les conséquences pour les consommateurs.
Imaginez acheter un smartphone dans une boutique, y insérer votre carte SIM et découvrir quelques semaines plus tard que l’appareil ne peut plus se connecter au réseau mobile. C’est le scénario auquel pourraient être confrontés des centaines de milliers d’utilisateurs au Cameroun.
Depuis plusieurs semaines, le gouvernement camerounais mène une offensive contre les téléphones portables introduits sur le marché sans paiement des droits de douane. Selon les autorités, près de 700 000 appareils se seraient connectés pour la première fois au réseau local entre le 1er et le 25 avril dernier sans avoir été dédouanés. Un chiffre qui illustre l’ampleur d’un phénomène que Yaoundé considère désormais comme une menace pour les finances publiques.
Une facture fiscale devenue insoutenable
Pour l’État, l’enjeu est colossal. Alors que le marché du smartphone ne cesse de croître, les recettes douanières associées ont suivi la trajectoire inverse.
Les autorités expliquent qu’elles percevaient environ 2 milliards de FCFA par mois sur ces équipements dans les années 2000. Aujourd’hui, ce montant serait tombé à près de 100 millions de FCFA mensuels, malgré l’explosion du nombre d’appareils en circulation. Face à cette érosion, la Direction générale des douanes vise désormais un objectif de 25 milliards de FCFA de recettes annuelles. Pour y parvenir, le gouvernement a choisi une arme radicale : empêcher les téléphones non déclarés d’accéder aux réseaux mobiles du pays.
Concrètement, le dispositif repose sur l’identifiant unique de chaque téléphone, appelé IMEI. Les autorités assurent que ce sont les appareils non enregistrés dans la plateforme douanière qui seront visés, et non les numéros de téléphone ou les cartes SIM des utilisateurs.
L’objectif est simple : rendre inutilisable sur le territoire tout smartphone importé en dehors des circuits officiels, afin de décourager la fraude et d’inciter les importateurs à se mettre en règle. Mais entre la théorie et la pratique, la route s’annonce plus complexe.
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MTN et Orange tirent le sonnette d’alarme
Les deux principaux opérateurs mobiles du pays ne contestent pas la nécessité de lutter contre la contrebande. Ils soutiennent même les objectifs de la réforme. Leur inquiétude porte sur la manière et la rapidité avec lesquelles le dispositif est déployé.
Premier problème : l’application uniforme de la mesure. Selon MTN et Orange, tous les acteurs du marché ne disposent pas encore des mêmes capacités techniques pour procéder au blocage automatique des appareils. Une situation qui pourrait créer des distorsions de concurrence et pousser certains utilisateurs vers les réseaux les moins contraignants.
Les opérateurs soulignent également plusieurs défis techniques : téléphones possédant plusieurs IMEI, identifiants falsifiés, gestion des réclamations ou encore traitement des cas particuliers comme ceux des touristes entrant temporairement dans le pays.
Mais au-delà de la technique, c’est la question de l’expérience utilisateur qui préoccupe les opérateurs. Que se passera-t-il si un téléphone acheté de bonne foi est bloqué par erreur ? Comment un usager pourra-t-il contester la décision ? Quels seront les délais de réactivation ?
MTN et Orange demandent la mise en place d’outils dédiés, notamment un canal USSD, un numéro vert accessible à tous et des mécanismes de traitement efficaces des plaintes.
Pour les opérateurs, une mise en œuvre précipitée pourrait provoquer une vague de mécontentement et fragiliser l’adhésion du public à une réforme pourtant jugée légitime sur le fond.
Un défi qui dépasse le Cameroun
L’affaire camerounaise illustre une tendance plus large observée dans plusieurs pays africains. Face à la montée du commerce informel et à la pression sur les finances publiques, les États cherchent de nouveaux moyens de sécuriser leurs recettes dans l’économie numérique. Mais le contrôle des smartphones pose une équation délicate. Les gouvernements doivent trouver un équilibre entre impératif fiscal, lutte contre la fraude, protection des consommateurs et continuité des services numériques.
Au Cameroun, ce débat est désormais ouvert. Car derrière les 700 000 téléphones potentiellement concernés se cache une question plus vaste : comment taxer efficacement l’économie numérique sans pénaliser les citoyens qui en sont devenus les premiers utilisateurs ? C’est probablement sur ce terrain que se jouera, au final, le succès ou l’échec de cette réforme.